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Les Echos du Sud-Ouest

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Région du sud-ouest : Le métal jaune une menace pour la sécurité alimentaire


L’occupation des terres pour l’orpaillage  au Burkina en général et particulièrement au sud-ouest est un phénomène qui inquiète les populations. Cette situation menace la sécurité alimentaire car le secteur agricole occupe  plus de 80% de la population.

448 sites de production artisanale d’or fonctionnels ont été recensés au pays en 2017. C’est ce qui ressort de l’enquête nationale sur le secteur de l’orpaillage (ENSO) organisée par l’Institut National de la Statistique et de la Démographie en collaboration avec le Ministère en charge des mines et le Ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation. Et la région du  sud-ouest fait partie des zones les plus touchée par cette exploitation artisanale de l’or avec plus de 61 sites répertoriés. Dans toutes les quatre provinces que compte la région on assiste à un développement exponentiel de l’activité d’orpaillage. Une situation qui n’est pas sans répercussion sur l’activité  agricole moteur de développement économique et pratiquée par plus de 80% de la population active.

A Dano dans la province du Ioba le constat n’est pas reluisant. « L’orpaillage joue négativement sur les cultures. Vous voyez ce site où nous sommes, nous avions des aménagements notamment des cordons pierreux, mais tout a été détruit par les chercheurs d’or. Ne pouvant pas travailler pendant la saison pluvieuse les orpailleurs se rabattent aux pierres que nous avons utilisé pour l’aménagement.  Ce qui fait que les estimations agricoles sont en dessous des attentes […] » a laissé entendre  Placide HIEN directeur provincial de l’agriculture du Ioba.

Des trous béants, des superficies dévastées, C’est le triste constat dans ces zones conquises par des milliers d’orpailleurs à la recherche du métal jaune .

 A loto village situé à 5  km de la ville de Diébougou dans la province de la Bougouriba, on compte plus de trois sites d’extraction de l’or tous implantés sur des terres jadis exploitées par les paysans pour l’agriculture familiale. Une implantation faite le plus souvent sous le regard impuissant des populations.

Des propriétaires terriens envahis par les orpailleurs

Sanwnayir KAMBIRE propriétaire terrien déclare en ces termes : « c’est un beau matin que nous avons constaté la présence des orpailleurs sur nos terres. Nous avions cultivé du mil qui était à l’étape d’épiaison mais à leur arrivé tout a été détruit. Nous avons donc  exigé  un dédommagement. Certains nous ont écouté, d’autres nous ont toujours répété qu’ils n’ont rien. Aujourd’hui nous sommes sans terres et personne n’est prête pour nous prêter sa terre pour cultiver »

L’installation anarchique des sites d’exploitation artisanale de l’or dans la région du sud-ouest se présente comme une véritable équation qui pose de nos jours une série d’inquiétude sur l’avenir de l’agriculture.

Sur des superficies où plusieurs spéculations étaient cultivées avec de bons rendements, aujourd’hui elles sont vendues par les propriétaires terriens aux chercheurs d’or. Pour eux l’agriculture ne répond plus à leurs attentes.

Sam KAMBIRE  a loué son terrain aux chasseurs de trésors moyennant  une grosse contrepartie. « Quand j’ai su qu’il avait de l’or dans  mon champ, j’ai autorisé l’extraction. L’argent que j’ai eu n’est pas à comparer avec le mil que je récoltais. Je trouve l’orpaillage plus rentable. »a-t-il argumenté pour se justifier. Mais pendant combien de temps pourra-t-il gérer cet argent pour prendre en charge sa famille ? M. Kambiré s’en remet à la providence divine.

Autre lieu autre réalité. A KONKERA dans la province du Noumbiel, où la principale activité des populations est l’agriculture, les habitants ne savent plus à quel sein se vouer. La raison, une société minière veut s’y implantée. D’où l’inquiétude de certains producteurs à l’image de Tiolonté Jean HIEN producteur de maïs « j’exploite plus de 20 hectares pour la production du maïs et des semences.  J’ai même  de grandes plantations d’anacarde dans ce village. Mais à ma grande surprise, une société minière a délimité nos maisons ainsi que les champs. Elle nous a fait savoir que c’est un espace qui sera utilisé pour extraire l’or et que l’année prochaine elle va nous trouver un autre terrain pour nos activités agricoles ». « Nous ne sommes pas vraiment contents de cette décision » a-il ajouté avant de conclure « si ce n’était pas une affaire de gouvernement on refuserait toute occupation à des fins d’exploitation aurifère mais comme on n’est pas fort on attend de voir… »

La main d’œuvre dans les sites d’or

Autre menace du secteur agricole c’est le manque de bras valide. A loto, les jeunes et femmes principaux acteurs de la scène agricole s’y détournent au profit de l’extraction minière. L’agriculture devient dès lors  l’affaire des personnes du troisième âge. Une situation qui affecte le taux de rendement et met en recul les politiques d’accompagnements du secteur agricole : « L’Etat avait aménagé des espaces au profit des jeunes pour la pratique de la maraicher culture mais beaucoup ont abandonné et ont rejoint les sites d’or. Ils pensent obtenir tout là-bas en un temps record » dixit Galilou SIBALO ingénieure en statistique agricole en service à la direction provinciale de l’agriculture de la Bougouriba.

Face à la menace de l’insécurité alimentaire et à la hausse du prix des denrées que connait la région, la jeunesse n’éprouve aucune inquiétude. L’extraction de l’or les occupe, pour cette jeunesse l’or fait l’affaire.

Vrai soit-il que la région du sud-ouest dispose d’énormes potentialités agricoles, mais face au développement vertigineux de l’activité d’orpaillage, le secteur agricole reste fortement menacé. C’est pourquoi il est urgent d’appliquer les textes qui encadrent le secteur minier et développer des politiques pour mieux valoriser le secteur  de l’agriculture. Elle qui occupe une place prépondérante dans l’économie nationale quand on sait que l’or est une ressource non renouvelable..

Sié Mickael Da



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