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Les Echos du Sud-Ouest

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La fonderie artisanale : ce métier qui nourrit plus que son homme


Aboubakar Traoré est un artisan implanté au secteur n°4 de Gaoua. Ce forgeron travaille l’aluminium pour sortir des marmites de toute taille au grand bonheur des femmes de la ville. Le métier de la forge, Aboubakar Traoré l’a appris très jeune. Aujourd’hui, il lui permet de gagner sa vie. Bafujiinfos est allé à la rencontre de cet artisan dans son atelier.

Il est 08h 27mn ce mercredi 04 décembre 2019, dans la forge de Aboubakar Traoré sise au secteur 4 de Gaoua. Le petit serge nettoie le sol et apprête le matériel de travail. Il s’agit d’outils composés de marteaux, d’enclumes, de cisailles, de pinces, de limes, de  gants. Tout est bien parti pour une journée de dur labeur. Monsieur Traoré et ses deux apprentis s’apprêtent à fabriquer une marmite no 30 d’une capacité de près de 200 litres.
Tout commence par la fonte de l’aluminium. Elle prend  plus de 2 heures de temps. Toute sorte de métaux en aluminium est plongée dans la cuve posée sur du charbon ardent attisé par une soufflerie motorisée. Quand tout le mélange devient liquide, les impuretés sont extraites. Pendant que le patron des lieux s’active à la fonte, les apprentis s’occupent à monter l’équipement qui va servir au moulage de l’aluminium fondu. Du sable légèrement mouillé et  des planches de bois savamment montés seront utilisés.

Quand tout est fin prêt, Aboubacar Traoré aidé par ses apprentis verse l’aluminium dans la moule. L’attente dure à peine deux minutes. Le démontage de la moule laisse apparaitre une grosse marmite prête pour la vente. Les clients n’attendent que cela. Bien avant cette période, des femmes sont venues négocier la fabrication ou la réparation de leurs marmites.

Mawourata Traoré est la toute première cliente à arriver à la forge de monsieur Traoré ce matin. Elle est là juste pour acheter une marmite no4, d’une capacité d’environs 4 litres. Elle engage la discussion et tombe d’accord avec monsieur Traoré à 2250f. « Je trouve que le prix est acceptable vue que c’est de bonne qualité » nous confie Mawourata.

Odette Da arrive avec une marmite no4 trouée. Elle souhaite que monsieur Traoré fasse la soudure. Mais à la fin de la discussion, elle comprend qu’il lui faut une autre solution à son problème. Elle doit abandonner sa marmite qu’elle souhaite  réparer et débourser 1000f CFA en plus pour espérer une marmite toute neuve.

Pour monsieur Traoré, ce métier nourrit bien son homme. Il a apprit ce travail à Mangodara dans la province de la Comoé quand il était encore tout petit. Il a ouvert sa forge en 2012. Aujourd’hui, il a quatre apprentis.  Deux apprentis sont présents à l’appel ce matin. Il ne regrette pas son choix. Monsieur Traoré est bien connu des femmes du quartier voire de la ville de Gaoua. Positivement apprécié, la plupart de ses clients sont des femmes, mais il y a aussi des hommes. Ces derniers viennent acheter les productions au prix en gros pour aller revendre en détail.

Des difficultés, Traoré Aboubacar en rencontre. Il s’agit essentiellement des problèmes d’approvisionnement de la matière première. Il fait appel à des partenaires depuis le Ghana. L’irrégularité dans la livraison de la matière première et surtout les prix qui grimpent lui posent des peaux de banane sous les pieds. Il y a également la hausse incessante du prix de charbon de bois.

Cependant, tout va pour le mieux. Avec le fruit de son travail, il nourrit sa famille composée de 9 bouches. Il a même pu   construire 3 maisons : deux dans sa cour à Gaoua, une pour sa mère au village. Selon les propos d’Aboubacar empreint de modestie, chaque mois après les dépenses il peut accumuler un intérêt minimum de 50.000f CFA.

Aboubacar Traoré dénonce l’attitude des plus jeunes qui pensent qu’il n’y a pas de travail au Burkina Faso. Selon lui la plupart des jeunes de nos jours s’adonnent à la facilité. « L’état ne peut pas tout faire pour les jeunes. Il faut que les jeunes comprennent qu’il y a assez d’opportunités dans notre pays. Malheureusement beaucoup ne comprennent pas. J’ai eu des apprentis, mais la plupart ont fuit, parce qu’ils n’ont pas le courage d’apprendre le métier » s’insurge monsieur Traoré.

Des projections, monsieur Traoré en a. Son souhait est d’agrandir sa forge. Il aimerait surtout acquérir une moule moderne qui l’aiderait à améliorer sa forge. Mais celle-ci coûte très cher. Alors toute aide serait la bienvenue selon monsieur Traoré.

Lassina Coulibaly dit Lasscoul



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