De journaliste à combattant volontaire, il n’y a eu qu’un pas que LC le Patrouilleur a franchi par patriotisme. Journaliste de profession à la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB), il a volontairement rejoint les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) en avril 2023 afin de participer à la reconquête des territoires occupés par les groupes armés terroristes dans la région des Tannnouyan. Dans un entretien exclusif, il revient sur les motivations de son engagement, son quotidien sur le théâtre des opérations, les sacrifices consentis, les enseignements tirés de cette expérience et son regard sur la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso.

Pour de nombreux Gaouavillois et Burkinabè, LC le Patrouilleur est avant tout un journaliste de terrain. Mais derrière le professionnel des médias se cache également un volontaire qui a passé quatorze mois sur le théâtre des opérations.
Son engagement est né au contact des réalités qu’il couvrait et des informations qu’il recevait quotidiennement en tant que journaliste. À travers les opérations militaires et les témoignages des combattants engagés dans les différentes régions du pays, il nourrit progressivement le désir de participer, lui aussi, à l’effort de guerre. « Je me suis dit que je pouvais, moi aussi, apporter ma contribution à la défense de la patrie », a-t-il déclaré.
Le déclic : voir sa commune tomber
Originaire d’un village des Tannouyan durement frappée par le terrorisme, LC le Patrouilleur raconte avoir vécu avec douleur le déplacement des populations et l’occupation progressive de son territoire.
Avant même de devenir officiellement VDP, il côtoyait déjà les Forces de défense et de sécurité (FDS) en transmettant des renseignements recueillis auprès des habitants.

De passage dans son village, il profite de l’occasion pour mener une mission d’encouragement auprès des premiers VDP de son village. Cet acte va définitivement changer le cours de sa vie. Alors qu’il emprunte un axe particulièrement dangereux, il échappe de peu à une attaque terroriste.
Cette nuit-là, sans aucune formation militaire, il assure la garde avec les combattants, armé d’un simple morceau de bois. « C’est cette expérience qui m’a donné la détermination d’aller combattre réellement », a-t-il confie.
Une formation suivie dans la discrétion
En avril 2023, il est appelé pour suivre une formation militaire à Bobo-Dioulasso. Malgré des moyens financiers très limités, il réussit à effectuer le déplacement. Pendant cette période de formation, il continue discrètement d’assurer son travail de journaliste en enregistrant ses journaux radio à distance.
À son retour, il informe sa hiérarchie de son intention de rejoindre le front. Après des échanges avec la Direction des ressources humaines, l’autorisation lui est accordée. Quelques jours plus tard, il rejoint officiellement les autres VDP sur le théâtre des opérations.
Quatorze mois de combat
D’avril 2023 à juin 2024, LC le Patrouilleur participe à plusieurs opérations de sécurisation. Sa mission principale consistait à effectuer des patrouilles offensives. Pour lui, il était préférable d’aller au-devant de l’ennemi plutôt que de subir et d’attendre une attaque.

Chef de poste à un moment de son engagement, il dirige une quarantaine de combattants et affirme avoir développé, avec ses hommes, des techniques adaptées aux réalités du terrain car, fils de la zone. Selon lui, la discipline, le respect du commandement et la parfaite connaissance du terrain ont constitué les principaux atouts de son unité.
Conseiller, sensibiliser et reconstruire
Son niveau d’instruction fait également de lui un relais important auprès des autres VDP. Il explique les consignes militaires, sensibilise ses camarades au respect de la hiérarchie et œuvre quotidiennement au maintien de la cohésion au sein des unités.
Au-delà des opérations militaires, il contribue aussi à la reprise des activités économiques. Dans les villages reconquis, il organise des équipes composées de VDP et de civils afin de sécuriser et de nettoyer les plantations d’anacardiers, permettant ainsi aux producteurs de reprendre progressivement leurs activités.
Une fraternité née dans l’épreuve
Pour LC le Patrouilleur, la guerre a profondément renforcé les liens entre les populations, les FDS et les VDP. Il évoque une solidarité permanente sur le terrain, où militaires et volontaires partageaient aussi bien les missions que les repas.
Les populations, quant à elles, sont devenues des acteurs essentiels du renseignement. Selon lui, femmes, hommes et même enfants participaient spontanément à l’alerte en signalant tout mouvement suspect.
Les blessures invisibles de la guerre
Si son retour à la vie civile dû à un concours professionnel marque la fin de son engagement comme VDP, certaines habitudes acquises au front demeurent. Il raconte notamment qu’à son retour auprès de sa famille, le moindre bruit de moto le faisait instinctivement sursauter, persuadé de devoir répondre à une attaque.

Pour lui, cette réaction illustre l’importance d’un véritable accompagnement psychologique des combattants. « Il ne faut pas attendre qu’un combattant développe des troubles avant de penser à son suivi psychologique », a lancé LC le Patrouilleur.
Une expérience qui change une vie
Au-delà des combats, LC le Patrouilleur affirme être revenu transformé. Il dit avoir développé davantage de discipline, un profond respect de la hiérarchie, un rejet de la fraude et de la corruption, ainsi qu’un sens encore plus élevé du devoir envers la nation.
Son message aux VDP
Avant de clore l’entretien, il lance un appel à ses anciens compagnons d’armes. Il les invite à rester disciplinés, à respecter les consignes du commandement et à préserver les valeurs pour lesquelles ils se sont engagés. « On ne doit pas défendre sa patrie pour finir ensuite en conflit avec la loi », a-t-il martelé.
Enfin, il exhorte les autorités à renforcer le suivi psychologique des combattants, convaincu que les séquelles de la guerre ne sont pas toujours visibles.
À travers son parcours singulier, LC le Patrouilleur rappelle que, derrière chaque combattant engagé pour la défense du Burkina Faso, se cache avant tout un citoyen animé par le sens du devoir, du sacrifice et de l’amour de la patrie.
Wonomana DA







