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Les Echos du Sud-Ouest

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Entrepreneuriat à Gaoua : Ces jeunes qui bravent le regard des autres


A Gaoua ils sont de plus en plus nombreux les jeunes garçons à exercer des activités autrefois dévolues aux femmes. Noël OUSSE et Ibrahim KABRE font figure de pionniers. Ils bravent le regard des autres et font de la restauration leur activité. Ils vendent de l’Atiéké, des frites, du poisson braisé, du Yaourt et du Dèguè. Une activité qui leur permet de joindre les deux bouts.

Il est 12h25mn dans la cité de Bafuji lorsque nous avions rencontré Ibrahim KABRE vendeur de yaourt et Déguè. Habillé d’une tenue blanche de la tête au pied, il pousse sa charrette contenant sa marchandise et qui lui sert en même temps de table de vente. Après quelques mètres de marche, une cliente exprime son besoin. « Ibra, je veux du déguè bien glacé pour 500 francs ». Sous un soleil de plomb, le jeune Ibra la trentaine sonnée marque un arrêt. « Ma chérie tu dis que tu veux déguè glacé, viens c’est servi » a-t-il répondu à sa cliente. 2mn, 5mn 10 minutes passent mais difficile pour nous d’arracher un mot à notre jeune entrepreneur. Comme si les clients s’étaient donnés un rendez-vous. « Mon gars, j’attends depuis là, je veux dègué pour 250franc, je suis là avant lui hein » réclamaient les clients. D’un geste de va et vient il manie avec dextérité louche et pot pour servir ses clients. Une demi-heure après, Ibra est un peu dégagé pour se prêter à nos questions.

« Ah boss, c’est comme çà hein, chaque jour à cette heure je suis super sollicité par la clientèle » a-t-il laissé entendre s’adressant à l’équipe de reportage. C’est dans cette ambiance qu’Ibrahim KABRE accueille ses clients.

Une idée entrepreneuriale

Ibrahim Kabré est venu de Ouagadougou pour mettre en œuvre son projet. « A vrai dire quand je venais à Gaoua, c’était pour faire du fast food, vendre les pains anglais, hamburgers, chawarman etc. Mais quand je suis venu j’ai vu qu’il y’avait déjà deux fast food qui ne fonctionnaient pas. J’ai tiré la conclusion suivante : soit les gens ne s’y intéressent pas, soit c’est ceux qui les gèrent qui n’ont pas les qualités requises. C’est ainsi que je me suis résolu à observer toujours le terrain. Mais en attendant cette phase d’étude du milieu j’ai vu que m’asseoir comme çà, ne rapporte pas. Je me suis fait confectionner une charrette et c’est ainsi que j’ai commencé à faire le déguè et le yaourt. » a expliqué Ibrahim KABRE.

Bien qu’exerçant un métier traditionnellement réservé aux femmes, la vente du yaourt et du déguè n’a plus de secret pour lui. Son activité attire la curiosité de certaines personnes. D’autres par contre ne peuvent passer une journée sans faire un tour au deguédromme. Au nombre de ses fidèles clients dame OUEDRAOGO et Alex.

« La première fois quand je l’ai vu, c’est son accoutrement qui m’a attiré. Par curiosité je suis venue acheter juste un plat pour voir. Depuis ce jour, je me ravitaille chaque midi pour la famille. Il fait du bon boulot. C’est vraiment rare à Gaoua de voir ça, un homme qui pousse charrette pour vendre. » a apprécié dame OUEDRAOGO.

Même son de cloche chez Alex avec son plat de déguè en main. « Nous même nous vendons du yaourt mais ce que le grand frère là fait est trop bon. Quand je ne bois pas çà je me sens bizarre. Aussi il sait accueillir les gens. Quand tu es découragé et tu viens ici tu repars tranquille. »

Noël OUSSE le vendeur d’attiéké

Noël OUSSE, ce jeune est lui, spécialisé dans la vente d’atiéké, des frites, du poisson braisé et de la salade. Une activité qu’il exerce avec amour et détermination tout en gardant sa masculinité. Pour Noël sa présence dans le domaine de la restauration ne relève pas d’un fait anodin. « J’ai pris goût de ce travail avec une dame. Je l’aidais à laver les assiettes et couper les condiments puisqu’elle vendait elle aussi de l’atiéké. Au fur et à mesure que je travaillais avec elle je regardais comment elle faisait. C’est comme ça que j’ai appris et j’ai décidé de travailler à mon propre compte ».

A Gaoua, bien que la restauration soit vue comme un domaine réservé aux femmes, les quelques jeunes garçons qui s’y lancent ne regrettent pas.

«Avant de faire ce boulot, j’ai eu à gérer un maquis de la place. Le salaire que j’avais ne me permettait pas de répondre à mes besoins. Aujourd’hui dans la vente d’atiéké j’ai pu faire appel à 2 jeunes et une fille qui m’aident à travailler et ils sont payés à la fin du mois. J’ai même agrandi mon commerce, donc je me sens à l’aise. » s’est réjoui Noël OUSSE.

Ibrahim KABRE quant à lui, veut s’imposer comme une référence dans la cité de Bafuji voire dans la région du sud-ouest. Avec un début timide, aujourd’hui KABRE n’inscrit plus un temps de repos dans son agenda. Ce qui lui a permis de passer d’une utilisation de 03 kg de sucre à 11 kg par jour.

Par leur activité, ces jeunes participent à la réduction du chômage. Seulement tout n’est pas rose nous confient-ils. Certainement que l’audace de Noël  et Ibrahim vont inspirer d’autres jeunes de la région.

Sié Michael DAH



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