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Les Echos du Sud-Ouest

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Dr BRICE WILFRIED BICABA, A PROPOS DE LA MENINGITE : « En 2017, nous avons enregistré 2 593 cas suspects dont 205 décès » En savoir plus sur http://lepays.bf/dr-brice-wilfried-bicaba-a-propos-de-meningite-2017-avons-enregistre-2-593-cas-suspects-dont-205-deces


Elle fait partie des maladies qui causent le plus de décès au Burkina Faso. Elle peut   entraîner des séquelles de type de surdité, mutité, de troubles mentaux et  de langage. La méningite, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, touche beaucoup les enfants et les personnes âgées. Dans cette interview que nous a accordée le directeur de lutte contre les maladies, Dr Brice Wilfried Bicaba, le 19 décembre 2017, celui-ci donne des précautions à prendre en cette période d’harmattan, pour éviter de contracter cette maladie. Lisez !

 Comment peut-on définir la méningite ?

Dr Bicaba : La méningite est une inflammation des méninges qui peut être d’origine infectieuse liée à un virus ou une bactérie ou encore des champignons. Pour ce qui nous concerne, ce sont les méningites bactériennes qui sont les plus fréquentes et sujettes à des épidémies. Ce sont des maladies contagieuses et graves, car mettant en jeu le pronostic vital des patients qui sont atteints.

Quelles sont ses causes ?

La méningite sévit dans une partie de l’Afrique qui est la ceinture méningitidique de Lapeyssonnie qui est une zone s’étendant du Sénégal à l’Ethiopie, avec environ 250 millions d’habitants. Les germes en cause dans les méningites bactériennes sont le plus souvent : les méningocoques, les streptocoques, Haemophilus influenzae… Pour le cas des méningocoques qui sont la cause fréquente d’épidémie, car c’est la plus épidémiogène, nous en avons plusieurs sous-groupes : le méningocoque A, le C, le W135 et plus récemment nous avons un certain nombre de méningocoques tels que le X, qui font leur apparition. Avant l’introduction de Men Afrivac, se sont les méningites à méningocoque A qui étaient les plus fréquentes ; en témoigne l’épidémie que nous avons connue en 1996 qui avait fait près de 40 000 cas avec 4 000 décès. En 1997, nous avons eu autour de 20 000 cas dans notre pays, avec 2 000 décès. Et ce n’est qu’à partir de 2002 que nous avons eu l’introduction du méningocoque W135 et qui a progressivement changé le profil épidémiologique de notre pays en ce qui concerne la méningite.

Y a-t-il des périodes spécifiques pour le déclenchement de cette maladie ?

La méningite est une maladie contagieuse qui se transmet par voie aérienne à travers les secrétions qu’on émet, notamment la toux, les éternuements. Il faut un certain nombre de facteurs favorables et comme vous le savez, dans notre pays, l’harmattan souffle au mois de novembre jusqu’en juin, et c’est pendant cette période que nous remarquons une augmentation du nombre de cas de méningite, car les conditions atmosphériques et climatiques y sont favorables. Avec le vent sec et le froid qui souffle, cela constitue un facteur pour entraîner un certain nombre de lésions au niveau des muqueuses nasales et respiratoires, toute chose qui est propice à la pénétration des germes qui peuvent aller à continuité et entraîner une méningite.

Qui peut en être malade ?

Toutes les personnes vivant au Burkina sont à risque d’être malades, mais ce risque est accru chez certains groupes spécifiques du fait de leur vulnérabilité sur le plan immunitaire, notamment les enfants de moins de 5 ans et les personnes âgées.

A quel moment dit-on qu’on est atteint de la méningite ?

La méningite est une maladie grave, mais qui se caractérise par l’apparition d’un certain nombre de signes, notamment la fièvre élevée, de violentes céphalées, des vomissements, une raideur de la nuque et des troubles de la conscience allant souvent jusqu’au coma. Chez l’enfant, on peut avoir le bombement de la fontanelle. Donc il ne faut pas attendre que tous ces signes apparaissent avant d’aller consulter. Dès l’apparition des premiers signes, il faut aller en consultation.

Quel type de méningite est le plus dangereux ?

Parmi les méningites bactériennes, celles entraînant le plus de décès et probablement la plus sévère est la méningite à streptocoque pneumoniae.

Comment peut-on évaluer l’ampleur de cette maladie au Burkina Faso ?

C’est une maladie qui sévit au Burkina Faso sur toute l’année, mais avec des périodes où nous notons une augmentation des cas. Ce que nous pouvons noter, c’est que depuis 2010, nous enregistrons une diminution de cas. Avant cette période, nous avons connu une épidémie avec 40 000 cas et on a noté que le cycle des épidémies tournait autour des 5 à 7 ans. Mais depuis l’introduction du vaccin Men Afrivac en 2010, nous avons noté que les épidémies ont diminué, surtout le méningocoque A qui était le pourvoyeur de l’épidémie.

Comment la soigne-t-on ?

Quand on est malade, la première des choses, c’est de se rendre dans une formation sanitaire. En ce qui concerne la méningite, il y a des directives de prise en charge que nous mettons à la disposition des agents de santé à tous les niveaux, dont la prise en charge est gratuite dans les différentes formations sanitaires. Avant que nous rentrions dans la période à risque, (de novembre à juin) il y a un certain nombre de dispositifs que nous prenons. Nous élaborons un plan de préparation à une éventuelle  épidémie de méningite, qui est un document de préparation et qui permet de tester le dispositif du ministère de la Santé par rapport à une épidémie de méningite. Au-delà de ce plan, nous préposons dans tous les districts un certain nombre de médicaments de prise en charge de la méningite, notamment les antibiotiques, les différents intrants  de prise en charge et les intrants pour prélever le liquide céphalo-rachidien. Au niveau des laboratoires, nous prépositionnons aussi les réactifs pour que les prélèvements soient gratuits. Nous suivons aussi l’évolution des cas chaque semaine, en faisant des investigations pour confirmer les cas. Nous avons un stock de vaccins qui nous permet d’agir promptement avant de faire appel à l’aide internationale.

Y a-t-il des patients qui résistent au traitement lié à la maladie ?

Non, nous n’observons pas une résistance au traitement de la méningite. Ce qu’on peut noter, ce sont les retards à la consultation liés à l’automédication et à l’itinéraire thérapeutique des patients qui, comme vous le savez, peuvent aller utiliser d’autres itinéraires ; ce qui peut allonger le délai de consultation, car les patients peuvent parfois consulter à un stade tardif.

Quelles sont les conséquences de la méningite non traitée, mal traitée ou traitée de façon partielle ?

La méningite peut entraîner des séquelles de type de surdité, de troubles mentaux, de mutité et conduire à la mort. Ces séquelles ont plus de chances d’apparaître  lorsque la prise en charge est faite de manière tardive ou si elle n’est pas adéquate.

Comment peut-on prévenir cette maladie ?

Il y a plusieurs stratégies. Au niveau du programme élargie de vaccination de routine, il y a eu l’introduction du Men Afrivac qui est une vaccination contre le méningocoque A depuis 2010, avec la grande campagne de vaccination de la population de 1 à 29 ans.  En 2016, nous avons fait une campagne de vaccination de rattrapage chez les enfants de 1 à 6 ans. Et depuis mars 2017, nous avons introduit ce vaccin dans la vaccination de routine. Pour les enfants qui sont en âge d’être vaccinés, ils reçoivent cette vaccination contre le méningocoque A. Depuis 2010 que nous avons vacciné contre le méningocoque A, nous n’avons eu que 5 cas de méningite à méningocoque A. Cela veut dire que c’est une stratégie qui est très efficace et qui permet de contrôler cette maladie. En plus, nous avons le vaccin contre l’hémophilus influenzae qui est dans la vaccination de routine. Donc, les enfants en âge de vaccination en reçoivent. Ce qu’on peut demander aux parents, c’est de respecter le calendrier vaccinal parce qu’il prend en compte leurs préoccupations et la protection des enfants contre la méningite. Par ailleurs, nous sommes à une période où l’harmattan souffle avec un vent fort et sec et aussi chargé de poussière. Il convient de prendre les mesures pour se protéger en portant des masques contre la poussière et prendre les précautions dans les différentes concessions lorsqu’on balaie, pour éviter qu’il y ait de la poussière. Egalement, il faut protéger les muqueuses nasales des différentes lésions en utilisant un certain nombre de beurres végétaux, notamment le beurre de karité. Lorsqu’on a certains signes comme la fièvre, les céphalées, les douleurs au niveau du cou, il faut immédiatement consulter dans une formation sanitaire pour éviter que la maladie ne se complique. Plus la maladie est diagnostiquée tôt, plus la prise en charge est adéquate et mieux on est à l’abri des séquelles, parce que la méningite peut entraîner des séquelles graves et handicapantes.

Connaît-on actuellement le nombre de décès liés à cette maladie ?

En 2017, nous avons notifié 2 593 cas suspects de méningite dont 205 décès avec un taux de létalité de 7,9% qui est en baisse par rapport aux années antérieures. Nous notons d’année en année que le nombre de cas diminue et aussi la létalité. Chose qui traduit le fait que les agents de santé sont de plus en plus performants en termes de prise en charge. Cela traduit aussi le fait que les patients consultent beaucoup plus tôt, lorsqu’ils sont malades.

Autre chose ?

Merci de me donner l’opportunité de rappeler ce que c’est que la méningite. C’est une maladie qui est présente dans nos tropiques et qui sévit toute l’année, mais avec une période dangereuse comme l’harmattan, allant de novembre à juin, qui est grave  et qui  peut mettre en jeu le pronostic vital. Nous recommandons à la population d’adhérer à la vaccination de routine en faisant vacciner les enfants, car il y a un certain nombre de vaccins qui sont pris en compte. Au-delà de cela, il faut se protéger contre la poussière en utilisant des masques, en mettant du beurre de karité dans les narines et surtout en cas de signes, se rendre dans une formation sanitaire.

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