Jeunes Miroir du Djôrô : Emmanuel Poodah, le maître-soudeur qui transforme les défis en réussite et façonne la jeunesse par la discipline

À Gaoua, certains bâtissent des ouvrages en métal. D’autres bâtissent des hommes. Emmanuel Poodah fait les deux. Derrière son atelier de soudure se cache une véritable école de la vie où se transmettent non seulement un métier, mais aussi des valeurs de discipline, de respect, de partage et de persévérance. Son parcours, jalonné d’obstacles, prouve qu’avec de la détermination, l’absence de diplôme ne peut empêcher l’excellence.

​Il aurait pu abandonner. Les refus se sont pourtant accumulés au fil des années. En 2003, puis en 2004, sa candidature à une formation professionnelle n’aboutit pas, faute d’un nombre suffisant de participants. En 2008, le même scénario se répète après son inscription à une formation organisée par l’ANPE. Beaucoup auraient baissé les bras. Lui a choisi une autre voie : apprendre directement sur le terrain. « Si la porte de l’école ne s’ouvre pas, je réussirai par la pratique », s’était-il promis.

​Des années plus tard, cette décision est devenue le socle d’une réussite qui inspire aujourd’hui de nombreux jeunes.

​Un destin forgé par le travail

​Pour Emmanuel Poodah, le goût du travail manuel ne date pas d’hier. Bien avant de devenir soudeur, il fabriquait déjà des tabourets traditionnels et même des balafons. Très jeune, il savait qu’il serait artisan.

​Son rêve initial était pourtant de devenir mécanicien. Mais son père l’oriente vers la soudure. Un choix qu’il accepte par respect, sans imaginer qu’il y trouverait sa véritable vocation.

​Aujourd’hui, il ne nourrit aucun regret. « Je suis né avec cette capacité de créer. Quel que soit le métier manuel que j’aurais appris, je serais allé loin », a-t-il affirmé avec conviction.

​Une réussite qui se mesure autrement

​À ceux qui pensent que la réussite se résume aux diplômes, Emmanuel Poodah oppose son propre parcours. Il reconnaît n’avoir ni CQP ni qualification officielle, mais son atelier témoigne de son savoir-faire.

​Sa plus grande fierté ne réside pas seulement dans son métier. « Je suis fier parce que je peux prendre soin de ma famille. Je suis aussi fier de mon métier », a-t-il confié avec émotion.

​Pour lui, la véritable réussite consiste à devenir autonome, à subvenir aux besoins des siens et à vivre dignement grâce à son travail.

​Un atelier où l’on apprend d’abord à devenir un homme

​Chez Emmanuel Poodah, l’apprentissage dépasse largement la simple maîtrise de la soudure. ​La discipline est une règle absolue ; le respect des aînés est non négociable ; le partage est une valeur quotidienne.

​Tous les apprentis prennent leurs repas ensemble avec leur maître. Personne ne cherche à se servir avant les autres. Chacun apprend à vivre en communauté, à respecter son prochain et à développer l’esprit de solidarité.

​Pour lui, un bon artisan doit d’abord être un homme bien éduqué. « Ici, on ne vient pas pour s’amuser. On vient apprendre un métier, mais aussi apprendre la discipline et le respect », a-t-il insisté.

​Cette méthode exigeante pousse certains apprentis à abandonner en cours de route. Ceux qui restent repartent avec un métier, mais surtout avec des valeurs qui les accompagneront toute leur vie.

​L’argent ne doit jamais être le premier objectif

​Le regard qu’il porte sur la jeunesse est à la fois lucide et bienveillant. Selon lui, beaucoup de jeunes recherchent aujourd’hui l’argent avant même d’acquérir des compétences.

​Un choix qu’il regrette profondément. « L’argent est bon, mais il ne faut pas mettre l’argent devant. Il faut d’abord apprendre un métier, devenir quelqu’un et l’argent viendra après », a-t-il conseillé.

​Pour lui, les métiers manuels ne doivent plus être considérés comme des solutions de dernier recours. Ils constituent au contraire une véritable voie vers l’autonomie et l’entrepreneuriat.

​École et métier : deux chemins qui peuvent se compléter

​Son message s’adresse également aux parents. Il les encourage à initier leurs enfants à un métier pendant les vacances scolaires.

​Selon lui, tous les élèves ne connaîtront pas forcément une brillante réussite scolaire. En revanche, posséder un savoir-faire manuel peut offrir une seconde chance et ouvrir les portes d’une vie professionnelle épanouie. « Même si l’école ne marche pas, le métier peut sauver un enfant », a-t-il résumé.

​Un appel lancé aux autorités

​Au-delà de son activité, Emmanuel Poodah nourrit une ambition : mettre son expérience au service de la formation professionnelle.

​Il lance un appel aux autorités publiques, aux centres de formation et aux établissements techniques afin qu’ils lui confient des jeunes pour les stages pratiques.

​Son objectif n’est pas seulement de leur apprendre à souder. Il souhaite surtout leur transmettre la discipline, le respect, le sens du travail bien fait et l’esprit de famille qui règnent dans son atelier. Il se dit prêt à accomplir cette mission avec passion et sans réserve.

​Un miroir pour toute une génération

​L’histoire d’Emmanuel Poodah rappelle une vérité essentielle : la réussite ne dépend pas uniquement des diplômes ou des opportunités que la vie nous offre. Elle naît aussi de la volonté, du courage et de la capacité à transformer les obstacles en tremplins.

​Refusé dans des centres de formation, il n’a jamais laissé les échecs définir son avenir. Il a choisi le travail, la persévérance et la transmission.

​Aujourd’hui, son atelier est devenu un lieu où l’on fabrique des ouvrages métalliques, mais surtout des femmes et des hommes responsables.

​À travers son parcours, Emmanuel Poodah adresse un message fort à toute la jeunesse du Djôrô et du Burkina Faso : un métier appris avec sérieux, de la discipline et de la persévérance peuvent changer une vie, construire une famille et contribuer au développement de toute une communauté.

​Wonomana DA

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