Jeune miroir du Djôrô : Alexis Noufé, le miroir d’une jeunesse qui ose

De quelques poussins élevés dans une cour commune à une entreprise qui ambitionne de produire 5 000 poulets par mois, Alexis Noufé trace progressivement son sillon dans l’aviculture. À la tête de Continental Terminal Group SARL, ce jeune entrepreneur du Djôrô mise sur la persévérance, l’apprentissage et la structuration de son activité pour faire de la volaille un véritable levier économique dans la région.

À Gaoua, son nom commence à se faire une place dans le paysage entrepreneurial. Noufé Alexis est le gérant de Continental Terminal Group SARL, une entreprise agro-pastorale principalement spécialisée dans l’aviculture. En parallèle de ses responsabilités professionnelles, le jeune entrepreneur poursuit un Master en entrepreneuriat et gestion des organisations à l’Université Thomas-Sankara.

Derrière cette entreprise se cache pourtant une histoire faite de petits moyens, d’opportunités saisies et surtout d’une volonté de ne pas rester spectateur. Le nom « Continental Terminal » est d’ailleurs intimement lié à son parcours. Passionné de géographie durant ses années d’études, Alexis avait retenu ce terme géographique. Ses camarades ont fini par le surnommer « Continental ». Quelques années plus tard, le sobriquet devient le nom de son entreprise.

Une passion née presque par hasard

Rien ne prédestinait véritablement le jeune étudiant à devenir entrepreneur avicole. C’est une expérience banale, au départ, qui va pourtant changer le cours de son parcours.

Alors qu’il donnait des cours à domicile à Ouaga 2000, il découvre l’élevage de volailles dans la cour d’une famille où il intervenait. Un matin, en arrivant pour dispenser son cours, il voit les enfants nourrir les poulets.

« Je suis arrivé, j’ai trouvé que les enfants ont commencé à donner à manger aux poulets », se souvient-il.

Cette scène simple éveille sa curiosité. Il commence à s’intéresser à l’activité et nourrit progressivement l’idée de se lancer dans l’élevage. Après l’obtention de sa licence en 2018, il suit une formation de trois mois en élevage à Ouagadougou. L’idée n’est plus seulement une curiosité : elle commence à prendre la forme d’un projet.

De 75 000 à 250 000 francs CFA : le pari de l’entrepreneuriat

Comme beaucoup de jeunes entrepreneurs, Alexis Noufé ne commence pas avec un important capital. Il avance avec les ressources dont il dispose et les opportunités qui se présentent.

Il fut d’emblée vigile à l’université Joseph Ki Zerbo. Trois mois sans salaire, après une grève, il perçoit trois mois d’arriérés de salaire, soit environ 75 000 francs CFA. Cette somme lui permet notamment de financer sa formation. Il multiplie ensuite les petits boulots et participe notamment à des missions d’enrôlement dans le cadre des élections de 2020. À force d’économies, il parvient à réunir environ 250 000 francs CFA. L’argent devient le premier véritable levier de son projet.

Former pour transmettre

Avant de se consacrer pleinement à l’élevage, Alexis Noufé s’est également investi dans la formation.

Conscient de ne pas être lui-même technicien en élevage, il collabore avec un professionnel du domaine pour proposer des formations. Les premières sessions sont organisées à l’Université de Ouagadougou, où l’initiative suscite l’intérêt des étudiants.

L’expérience s’étend ensuite à Koudougou, puis à Gaoua, Dédougou, Dissin, Dano et Bobo-Dioulasso. À Gaoua, une session rassemble notamment plus de 60 participants.

Cette activité prend finalement fin lorsque le technicien avec lequel il travaillait est intégré dans la fonction publique et affecté à Nouna. Alexis Noufé décide alors de concentrer ses efforts sur son activité avicole.

En 2022, les revenus issus de ses activités de formation lui permettent de réunir près de 500 000 francs CFA. Avec cette somme, il construit un premier bâtiment rudimentaire en briques de banco et acquiert ses premiers poussins. Les débuts sont modestes, mais l’ambition, elle, ne l’est pas.

Une entreprise qui grandit par étapes

Au fil des années, l’activité prend de l’ampleur. Une première ferme est installée à Konkéra, avec une capacité d’environ 700 poulets. Les bâtiments sont progressivement renforcés et l’entrepreneur commence à accueillir des étudiants en stage.

Pour répondre à la demande, d’autres sites sont ensuite loués, notamment à Tonkar, sur l’axe Ouagadougou-Gaoua, Loropéni et Niobini. Aujourd’hui, Continental Terminal Group fonctionne avec plusieurs sites de production, pour une moyenne estimée à environ 2 000 poulets par mois et par site selon les périodes.

Mais Alexis Noufé comprend rapidement qu’élever des poulets ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir les vendre dans de bonnes conditions.

C’est ainsi que l’entreprise s’oriente également vers la transformation. Une partie des volailles est abattue puis conservée dans des congélateurs lorsque la commercialisation des poulets vivants devient difficile.

Cette stratégie permet de limiter les pertes et de mieux gérer les stocks. « Quand les poulets arrivent à maturité et qu’on n’arrive pas à les écouler rapidement, la transformation nous permet de mieux gérer », explique en substance l’entrepreneur.

De l’élevage à la maîtrise de la chaîne de valeur

Continental Terminal Group ne se limite donc plus à l’élevage. L’entreprise intervient sur plusieurs maillons de la chaîne avicole : élevage de volailles, production d’aliments pour animaux et transformation des poulets.

Alexis dans son usine de fabrication d’aliment de volaille

 

Elle dispose également d’équipements destinés à la production de poussins. Trois couveuses, d’une capacité théorique d’environ 3 000 poussins par mois, ont notamment été acquises. Cette activité est cependant momentanément suspendue, faute de reproducteurs permettant de disposer des œufs nécessaires à l’incubation.

Cette volonté de maîtriser progressivement plusieurs étapes de la production traduit une conviction chez Alexis Noufé : la transformation locale constitue l’un des moyens de donner davantage de valeur à la production avicole.

2024, l’année du tournant

L’année 2024 marque une nouvelle étape dans son parcours. Son travail attire l’attention d’un investisseur qui lui propose d’entrer au capital de l’entreprise.

Pour permettre cette ouverture, l’entreprise individuelle devient une Société à responsabilité limitée (SARL). Une transformation qui accompagne une nouvelle phase de croissance.

En 2025, Continental Terminal Group dispose ainsi d’un bâtiment d’élevage comprenant deux compartiments de 2 500 poulets chacun, soit une capacité totale de 5 000 volailles, en plus d’un magasin.

L’arrivée de l’investisseur contribue à renforcer les capacités de production et à donner une nouvelle dimension à l’entreprise.

Des obstacles qui ralentissent encore la marche

Si le parcours est encourageant, il n’est pas exempt de difficultés. La première concerne l’approvisionnement en poussins.

À Gaoua, la disponibilité locale reste insuffisante. Alexis Noufé est donc contraint de se tourner vers Bobo-Dioulasso ou Ouagadougou. Les longues distances, les retards de livraison et le stress lié au transport perturbent parfois son calendrier de production.

« Il arrive qu’on ait des bâtiments disponibles, mais qu’on n’ait pas de poussins pour les remplir », déplore-t-il.

À cette difficulté s’ajoute celle de la main-d’œuvre. Dans le Djôrô, le recrutement et surtout la fidélisation des travailleurs restent compliqués, notamment en raison de l’attractivité des sites d’orpaillage.

L’accès au financement constitue également un frein majeur. Les établissements financiers restent prudents face aux activités d’élevage, considérées comme exposées à des risques importants, notamment les maladies et les épidémies.

Pour un jeune entrepreneur, cette prudence des banques peut rapidement devenir un obstacle à la croissance.

Cap sur 5 000 poulets par mois

Malgré ces contraintes, Alexis Noufé regarde davantage vers l’avenir que vers les difficultés du présent.

À court terme, son objectif est clair : passer d’une production moyenne actuelle d’environ 2 000 poulets par mois à 5 000 poulets mensuels d’ici le début de l’année 2027.

Pour y parvenir, il entend notamment centraliser ses infrastructures sur un seul site. Cette réorganisation devrait permettre de réduire les charges liées à la dispersion du personnel et de faciliter la gestion de la production.

Son autre grande ambition est la transformation locale. Il envisage l’installation d’un abattoir semi-moderne afin d’abattre, transformer et congeler les poulets directement sur le site.

L’entrepreneur souhaite également réintroduire l’élevage des pondeuses à moyen terme. Cette activité, temporairement suspendue, nécessite cependant une trésorerie suffisamment solide pour supporter les charges pendant plusieurs mois avant le début de la production d’œufs.

Voir plus loin que le Djôrô

Alexis Noufé ne cache pas ses ambitions. Si son objectif immédiat est d’atteindre 5 000 poulets par mois, sa vision dépasse largement ce seuil.

À terme, il envisage de doubler, tripler, voire multiplier par dix les capacités actuelles de son entreprise pour en faire une référence dans le domaine avicole, d’abord dans la région, puis à l’échelle nationale. « Je veux que l’entreprise puisse grandir véritablement et devenir une référence », ambitionne-t-il.

L’ouverture à de nouveaux investisseurs reste également envisagée. Mais avant d’accueillir de nouveaux capitaux, le jeune entrepreneur entend consolider ses bases, achever son bilan annuel et mesurer précisément la croissance de l’entreprise.

Son histoire est finalement celle d’un jeune qui a commencé avec peu, mais qui a appris à transformer chaque opportunité en marchepied. D’une découverte fortuite dans une cour de Ouaga 2000 à une entreprise structurée opérant sur plusieurs maillons de la chaîne avicole, son parcours aura été jalonné de tâtonnements, de formations, de difficultés et de prises de risques.

Au-delà des chiffres, Continental Terminal Group raconte ainsi une autre réalité : celle d’une jeunesse du Djôrô qui entreprend, expérimente et cherche des solutions aux contraintes locales.

Alexis Noufé en est aujourd’hui l’un des visages. Son pari est simple dans son principe, mais ambitieux dans son exécution : faire grandir l’aviculture, créer de la valeur localement et prouver qu’avec de la persévérance, une petite ferme peut devenir une grande entreprise.

Somé Sansan ✍️

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1 Commentaire
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Sié+Elie+Kambou
Sié+Elie+Kambou
16 jours il y a

Félicitations à lui et plein succès dans ces activités.

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