L’artiste plasticien Sié Decor, à l’état civil Sié Palenfo, a été choisi pour réaliser les fresques murales sur l’avenue Burkina, longue de 1,5 kilomètre. Lancé le 12 août 2026 à Ouagadougou par le ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, Pingwendé Gilbert Ouédraogo, le projet qui est à sa phase pilote ambitionne de mettre en lumière les identités et les potentialités culturelles des 17 régions du Burkina Faso.

Sié Decor est artiste plasticien, graphiste, muraliste, imprimeur, formateur, consultant en communication visuelle et acteur culturel, il est également commissaire général du Festival des Arts rupestres du Sud-Ouest (actuel Djôrô) et administrateur culturel de formation à l’Université Joseph Ki-Zerbo.
En posant son premier pinceau sur l’avenue Burkina, l’artiste dit avoir immédiatement pensé à la confiance placée en lui par le ministre. Une confiance qu’il entend transformer en responsabilité.
« J’ai vu cette confiance de l’autorité comme un défi. Je me suis dit que rien ne pourra m’empêcher de relever ce défi, de rendre le Burkina Faso fier, rendre ma communauté fière. »
Pour lui, cette opportunité constitue également un message adressé à la jeunesse. « Cette chance est un défi de toute la jeunesse », estime-t-il, convaincu qu’elle doit saisir les occasions de montrer sa capacité à contribuer à la construction du pays.
Traduire chaque région par l’art
Administrateur culturel de formation et profondément attaché à la culture, Sié Decor affirme avoir abordé le projet avec aisance, tout en mesurant son ampleur. L’un des principaux enjeux consistait à rechercher les particularités de chaque région, notamment à travers ses motifs, ses potentialités artistiques, culturelles et touristiques.
Le choix des couleurs a constitué un autre défi majeur. « Le plus grand défi a été d’affecter des couleurs à chaque région », explique-t-il, en fonction de la signification des motifs et des valeurs qu’ils doivent communiquer.
Pour relever ce challenge, l’artiste s’est entouré d’une équipe composée notamment d’administrateurs culturels, d’artistes, de logisticiennes, d’assistants peintres, de menuisiers et de maçons.

Le Kadiogo, un condensé d’identités
Parmi les différentes régions représentées, le Kadiogo a particulièrement sollicité l’artiste. Pour lui, Ouaga est un condensé de tout. Il fallait trouver l’équilibre entre la capitale politique et la cour royale notamment la cour du Mogho Naaba, sans que l’une ne prenne le dessus sur l’autre.
« Nous sommes dans un contexte de valorisation de notre identité », souligne Sié Decor. La représentation du Kadiogo a ainsi nécessité un retour aux valeurs culturelles partagées par les communautés.

Une œuvre appelée à transmettre
L’accueil du public burkinabè constitue une source de satisfaction pour l’artiste. Il considère cette fresque comme une œuvre historique susceptible d’être comprise et étudiée grâce aux fiches techniques qui l’accompagneront.
« Nous sommes en train d’écrire plusieurs pages de l’histoire qui vont enseigner la jeunesse, l’Afrique, les étrangers qui vont passer par cette partie du Burkina », a-t-il affirmé.

À travers cette œuvre, son ambition est de faire naître la fierté autour de l’identité et du patrimoine culturel. « Un peuple qui sait qui il est, d’où il vient, saura de quoi il est capable », dit-il. Son souhait ultime est que les générations futures puissent considérer cette fresque comme une contribution à la transmission des symboles, des valeurs et des « vibrations positives » héritées des ancêtres.
Au delà des fresques murales, l’artiste et son équipe ont la lourde responsabilité de réaliser des portraits d’hommage sur un mur dédiés aux figures panafricanistes et aux leaders inspirants.

Ce projet du ministère est capital et mérite d’être salué à sa juste valeur. L’artiste Sié Decor doit également être félicité pour son expertise mise au service de la nation burkinabè. Le défi était grand, mais le résultat est à la hauteur des ambitions.
Un tour sur la fresque permet de mesurer toute la rigueur et l’attention accordées à sa réalisation. Un mur autrefois neutre revêt désormais non seulement des couleurs, mais aussi les histoires des peuples.
Au-delà de l’esthétique, c’est le message porté par les différentes régions qui se dessine sous les pinceaux de l’artiste. Chaque motif, chaque couleur semble ainsi contribuer à raconter une partie de notre histoire et de notre identité culturelle.
Il serait intéressant de voir, dans un futur proche, davantage de nos espaces publics peints avec les histoires des Burkinabè, afin que l’art devienne aussi un moyen de raconter, de transmettre et de valoriser notre patrimoine.
Somé Sansan ✍️







