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Les Echos du Sud-Ouest

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L’homme de l’année : Simon plébiscité «tranquilos» à L’Obs.


S’il y a une personnalité qui a particulièrement fait parler d’elle ces douze derniers mois, c’est bien Simon Compaoré, mais pas toujours en bien. « Tranquilos », la rédaction de L’Observateur paalga l’a élu à l’unanimité homme de l’année pour l’ensemble de son œuvre.

Que « Tebguéré » ait été la personnalité la plus en vue au cours de l’année écoulée n’a, au premier abord, rien de surprenant. Comment pouvait-il en être autrement ? En tant que ministre d’Etat chargé de la Sécurité intérieure, il est en première ligne dans la sale guerre que nous imposent, depuis maintenant trois ans, les terroristes. Mais c’est plus par ses dérapages que par ses victoires au front que le vibrionnant ministre s’est illustré en 2017.

Simon Compaoré a déchaîné régulièrement les passions de l’opinion nationale et surchauffé les réseaux sociaux. En résumé, on a soupé du Simon pendant 365 jours.

Il y a eu d’abord ce véritable télescopage à 100 à l’heure avec les chauffeurs routiers à Tenkodogo le 5 août dernier. En visite dans la région, le tonitruant sexagénaire avait en effet cru bon d’encourager ses hommes qui, quelques jours plus tôt, avaient bâtonné des chauffeurs qui avaient franchi une barrière, protestant contre le paiement de la taxe UEMOA. Le « coq » tient un discours rassurant devant le « poulailler » : « Vous n’avez rien à vous reprocher. Jusqu’à demain, l’autorité de l’Etat va s’affirmer. Vous avez notre soutien. Personne, je dis personne, ne sera arrêté parce que vous ne méritez pas d’être arrêtés. Si on doit vous embastiller, c’est moi d’abord et vous ensuite. » Ces propos provoquent aussitôt l’ire de l’Union des chauffeurs routiers du Burkina (UCRB), qui entame une grève illimitée à partir du 9 août pour protester contre ce qu’elle appelle une prime à « la barbarie ».

« L’homme court » a parlé et c’est toute l’économie qui a été mise sur cale, mais dans le cas d’espèce, il faut reconnaître que c’est une fausse querelle qu’on a faite au premier flic. Comment comprendre en effet que des usagers de la voie franchissent impunément une barrière, surtout par ces temps d’attaques terroristes ?

Le titulaire du strapontin de la Sécurité n’avait pas fini de gérer cette crise des routiers que ses propres éléments allaient lui causer des insomnies.

Après un énième débrayage en octobre dernier, l’Union police nationale (UNAPOL) a obtenu le privilège d’être reçue par le chef de l’Etat himself, qui descend dans l’arène pour pallier la faiblesse de son ministre qui, selon le syndicat, n’était plus un interlocuteur crédible.

Avec cet acte posé par le locataire de Kosyam, on n’était pas loin du désaveu présidentiel qui, en d’autres lieux et en d’autres circonstances, aurait eu bien plus de conséquences que celles qu’on a constatées…

En réalité, on n’ira pas jusqu’à proclamer que ses ennemis sont de l’intérieur, mais ce sont surtout certains policiers qui lui auront créé toute la misère du monde durant l’année écoulée.

Avant cette affaire, il y a eu la démission qui s’apparente à un « décagnottage » du directeur général de la police nationale, Lazare Tarpaga, dont la tête était réclamée par la troupe, alors que le ministre d’Etat s’évertuait encore, quelques jours plus tôt, à défendre le poulet en chef. Le premier flic aura, pour ainsi dire, mangé son béret.

C’est à croire que le pauvre Simon est le souffre-douleur du gouvernement sur lequel tant et tant de tuiles s’abattent, même quand il n’a pas tort. Dans la crise qui a secoué le conseil municipal de Saponé, commune rurale située à une trentaine de kilomètres de Ouaga, débouchant même sur sa dissolution, on verra la main du président par intérim du MPP.

Mais s’il y est une « cause » pour laquelle l’incriminé Simon Compaoré est indéfendable, c’est bien son débarquement ubuesque en pleine nuit chez le député Ladji Coulibaly de l’UPC.

Rappel des faits : Treize députés frondeurs ont quitté le groupe parlementaire de l’UPC sans pour autant démissionner du parti. Ils ont alors été menacés par les loyalistes de Zéphirin Diabré, qui ont effectué plusieurs descentes musclées à leurs domiciles respectifs.

C’est dans ces circonstances que dans la nuit du 8 octobre, Rambo, alias Simon Compaoré, engoncé dans un gilet pare-balles et kalachnikov en main, débarque chez le député frondeur dont le domicile venait d’être visité par des militants. Au milieu de toute la maisonnée apeurée, il tient un discours fleuri qu’on lui connaît. Florilège : « Je suis venu pour vous dire tranquilos » ; « Ils vont répondre devant la justice et on va les chicoter » ; « Le pays est gouverné » ; « Est-ce que j’ai l’air de plaisanter ? » ; « Si je vois quelqu’un Yada Yada ici, on va les chicoter. Ça au moins, c’est clair » ; « C’est parce qu’on ne s’est pas croisé », « Même Zéphirin, on va le convoquer, il ne peut pas dire qu’il n’est pas au courant ». On n’en revient toujours pas !

La vidéo filmée par un des enfants de Ladji Coulibaly, on l’apprendra plus tard, a fait le buzz et donné du grain à moudre à l’imagination sans borne des facebookers. C’est ainsi qu’on a vu le nouveau « Gandaogo national » dans d’innombrables photomontages grimés en seigneur de guerre. Depuis cette vidéo culte, des mots comme « Tranquilos » et « Yada Yada » sont passés dans l’usage courant. Aujourd’hui, on peut aller au maquis « Tranquilos », prendre une bière bien « gouvernée » et écouter le tube « Trankilos » de l’artiste Mister Mélo. Aux dernières nouvelles, il y aurait même des écouteurs « Tranquilos » sur le marché.

Une sortie de route, c’en était vraiment une et L’Observateur paalga n’a pas eu tort de dire que ce n’était pas « tranquilos » mais « ridiculos ». On attendait mieux que cela de l’un des principaux responsables de notre sécurité. Tant qu’à faire, il aurait pu aller Yada Yada à Djibo « terroriser les terroristes », selon l’expression d’un de ses collègues, au lieu de se donner ainsi en spectacle et, de surcroît, « verser la figure du pays par terre ». En tout cas l’opposition politique n’entend pas lui pardonner cette incartade puisqu’elle a déposé une plainte contre le « super flic » pour détention illégale d’arme de guerre.

Pour beaucoup, avec ce « scandale Tranquilos », c’en était trop et à les écouter, l’enfant terrible de Mankougdgou serait un boulet aux pieds de Roch, qu’il dessert plus qu’il ne sert par de tels agissements dignes d’un gamin. On le dit même fragilisé au sein du gouvernement à cause de ses frasques.

Espérons en tout cas que l’année prochaine, le fils de pasteur réfléchira deux fois avant de tenir certains propos ou de poser certains actes s’il ne veut pas se discréditer définitivement aux yeux d’une certaine frange de la population.

l’observateur




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