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Les Echos du Sud-Ouest

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Evénement de l’année : La mort de Salif


Evénements de l’année ? Si on ne devait en retenir qu’un, ce serait celui-là, survenu le 19 août 2017. Comme on l’avait toujours susurré, ce n’était pas la forme olympique chez Gorba, mais rien ne présageait que celui qu’on considérait comme un baobab s’écroulerait si tôt et hors tempête. Au petit matin, Salifou Diallo décède à Paris, où il était en vacances. On n’a pas besoin d’avoir fait Sciences-po pour imaginer les répercussions que cette très mauvaise nouvelle pouvait avoir à 5 000 km de là, au Pays des hommes intègres, particulièrement au sein de sa famille politique.

L’enfant de Bimbilin dans le Yatenga a pris le train de la Révolution en 1983 aux côtés de Blaise Compaoré dont il sera le fidèle des fidèles ; d’aucuns diraient l’exécuteur des hautes et basses œuvres, une sorte de diable boiteux à la Talleyrand (1) dont on redoutait les foudres et les intrigues. C’était ça, Salif, jusqu’à la séparation de corps d’avec Blaise à Pâques 2015, consacré par le remaniement ministériel dont il fut la seule victime. A aussitôt suivi son exil à Vienne comme ambassadeur, jusqu’à ce qu’il revienne au pays, toujours au ban de la majorité présidentielle où il rongeait son frein tout en échafaudant sa vengeance, ce plat qui se mange froid.

Et vint le 4 janvier 2014 où, avec 70 autres membres du Bureau politique national du CDP, parmi lesquels Simon Compaoré et … Roch Marc Christian Kaboré, il décida à ses risques et périls de larguer les amarres, s’en allant créer le MPP (Mouvement du peuple pour le progrès). Avec, dès le départ, deux objectifs clairs : la chute de Blaise Compaoré, le combat de sa vie, avec le soutien des autres forces de l’opposition et de la société civile, et son remplacement le plus démocratiquement du monde par Roch Kaboré, à qui il prédisait une victoire au quart de tour, à la tête de l’exécutif ; objectif atteint, comme on aime à le dire lors des séminaires, et même que Salifou Diallo s’est hissé au Perchoir, fort de la victoire de son parti aux législatives.

Gorba a-t-il laissé toutes les forces qui lui restaient dans ces deux combats épiques ? En tout cas, certains de ses proches, bien des mois avant son décès, lui conseillaient de se ménager sous peine de perdre la vie. Avec son départ, l’on assiste forcément à une reconfiguration de la scène politique. Sa disparition, quoi qu’on dise, au-delà des larmes de circonstance qui ont été versées par des gens, faisait le bonheur de certains, qui ne le regrettent pas. Ça paraît cynique, mais c’est ça, la triste vérité. C’est surtout au sein de son parti que les cartes ont été rebattues, avec Sakandé (ancien président du groupe parlementaire MPP) au perchoir, Simon qui assure l’intérim de la présidence du parti, et ses fidèles dans cette guerre larvée de clans héritée de l’ancien parti au pouvoir, le CDP, se demandant à quelle sauce ils seront mangés. A moins qu’ils ne se repositionnent judicieusement comme les politiciens savent si bien le faire.

Dans tout ça, il y a que Roch, ainsi que nous l’avions titré, est le premier des orphelins. En perdant Salif, il a perdu un complice. Malgré leurs divergences, il a perdu un fin manœuvrier qui savait tenir ses troupes tout en déstabilisant l’adversaire politique. Il a perdu aussi un punching-ball qui savait recevoir les coups pour protéger les autres. Même si nous sommes en politique, où les rivalités sont les plus sourdes, c’est souvent dans le même regroupement que les combats sont les plus violents. De ce point de vue, le président Roch s’émancipe, à n’en pas douter, de la « tutelle » de celui qu’on avait vite fait de prénommer Président-bis. La solution biologique aura donc permis au Président du Faso de s’affranchir, d’une certaine manière, de l’emprise de celui qui avait toujours une longueur d’avance sur son vis-à-vis.

D’ailleurs, on avait à peine enterré Salif que l’on parlait de sa dernière intrigue qu’est le projet de formation d’un grand parti de gauche, pour la concrétisation duquel il aurait commencé à « draguer » une partie de l’opposition. Etait-ce avec l’assentiment du chef de l’Etat lui-même, dans la perspective des difficultés auxquelles celui-ci pourrait devoir faire face à la fin de son mandat en 2020 ? Ou jouait-il sa propre carte ? Il sera finalement parti avec son secret, laissant les vivants se perdre en conjectures et spéculer comme bon leur semble et comme ça les arrange. Pour tout dire, ce Machiavel de la politique burkinabè laisse un grand vide au sens littéral du terme.




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