.
.

Les Echos du Sud-Ouest

.

Da sansan Antoine : « l’aveugle qui a refusé d’être un poids pour sa société »


Eloquent, charismatique, battant, les qualificatifs manquent pour décrire cet aveugle. Né le 02 Mars 1964 à Bouna en république de côte d’ivoire, Da Sansan  perdra la vue en classe de 3ème. Malgré ce drame, il surmonte son handicap  pour devenir cadre de l’administration ivoirienne, leader dans la défense des droits de l’homme pour l’ONU .  L’aveugle a fait le carton plein d’une vie que des personnes bien portantes ne réaliseront jamais. Lisez l’histoire fascinante de cet aveugle qui a forcé le destin.Il était l’invité de l’émission c’est midi de RTI du 22 Janvier 2020.

Il est aujourd’hui titulaire d’un certificat d’études téléphoniques, d’art dramatique, d’un certificat d’aptitude de maîtrise en éducation permanente, et un diplôme d’Etat de conseiller  d’éducation permanente. Cité ainsi l’on croirait que tout a été rose pour le natif de Bouna issu d’une famille aisée. Pourtant le destin n’a pas été tendre avec lui. « En classe de 6ème alors que j’avais 14 ans, j’ai constaté que j’avais une baisse d’acuité visuelle du côté de l’œil gauche. En classe de 3ème  l’œil gauche était noté 0/10 et l’œil droite 6/10.  Nous sommes allés en consultation et on nous a fait savoir  que la vision baisait au fur et à mesure et que c’était irrémédiable. C’est comme ça j’ai perdu la vue » a-t-il expliqué. Aveugle subitement, il  est forcé de quitter les classes et Sansan Da avait du mal à digérer son nouveau statut.   « La première des choses c’était le découragement parce que j’étais très bien, studieux et brusquement je ne vais pas continuer mes études .Pendant ce temps mes camarades vont poursuivre alors que moi je dois retourner à Bouna » poursuit-il.

Affronter son nouveau statut

Après moult réflexions, il n’est pas question pour lui d’être un assisté. «  L’envie de vaincre  m’a conduit à refuser ma nouvelle situation, perdre la vue n’est pas perdre la vie. Il faut se battre. Au départ je voulais être blanchisseur et ça choqué mes parents. En voulant m’assister socialement, ils ont dit qu’ils vont prendre une femme pour moi, chose que j’ai refusé » affirme-t-il aux journalistes de l’émission « c’est midi ».

Engagé à tourner la page de son nouveau statut, sansan Antoine Da étudiait aux côtés des élèves de la 3ème de Bouna.  « Dans l’état de cécité, j’étudiais avec les élèves en classe d’examen au village et j’ai fait l’effort pour déposer mes dossiers en candidat libre. On m’a conduit à Bondokou ou j’ai été assisté  lors de la composition. Cette année-là j’ai obtenu mon BEPC ».

Un aveugle à l’aventure à Abidjan

Galvaniser par son succès au brevet, M. Da prend la direction d’Abidjan pour explorer de nouveaux horizons. Il s’installe à  l’institut des aveugles pour son aventure. Pour échapper à ses parents, il décide de vivre dans la cour de l’école. Un bon samaritain, le vigile de cette école l’accueille et une nouvelle vie commence. « C’était difficile, j’attendais le départ des élèves  pour prendre ma douche dans les toilettes de l’école. Arrivé à Abidjan, je me suis caché dans la cour de l’école pour échapper à mes parents» raconte-t-il. Dans sa cachette, il est découvert par ses géniteurs qui souhaitent l’amener en famille à Bouna, chose qu’il a refusée. Il ajoute aussi que son destin  changera lorsqu’il apprendra le braille grâce à un groupe de chrétiens qui l’on conduit dans un institut. Assoiffé de rattraper le temps perdu, il décide de faire la seconde, la première et la terminale en une année. Malheureusement l’année sera invalidée pour cause d’année blanche.

Cette même année, il réussit  au  concours d’entrée à l’école nationale de théâtre et de danse. « Nous étions nombreux à postuler mais Dieu m’a fait grâce et j’ai été retenu parmi les 13 admis ». Ce succès n’est que le début d’un parcours de combattant. Après l’INSAC , Sansan Da intègre l’INJEPS, puis  la fonction publique. Quelques années plus tard, le malvoyant retourne à l’école pour le diplôme de conseiller. Depuis 2018, il est devenu inspecteur principal de jeunesse permanente.

Sansan Da est aussi athlète

Les envies de Sansan Antoine pourraient être qualifiées de folles. Le parcours de l’homme n’est pas qu’intellectuel mais aussi physique. Il décide de pratiquer le taekwondo et parvient jusqu’à la ceinture noire première dame. « Lorsque j’ai eu la cécité, j’ai dit qu’il faut la briser. Je me suis inscrit dans les arts martiaux. Beaucoup d’ivoiriens me connaissent  aussi et surtout dans les marathons de 21 km et 42km. J’ai toujours participé et je me fais assister par les motards ou les agents de sécurité. J’ai toujours terminé mes courses. L’objectif étant  de montrer que quand on veut on peut » a-t-il confié

Syndicaliste, militant des associations des aveugles et des droits de l’homme, l’inspecteur principal  de jeunesse permanente  a été candidat à la députation au plateau .Là encore, j’avais  comme  un message à l’endroit de la société. « La société ou  le commun des mortels pense que le handicap est  à marginaliser, exclure, impossible. Le fait que j’ai voyagé m’a permis de découvrir  ou de rencontrer des exemples ».  Il se rappelle d’une anecdote de la campagne où il a été dénigré par un citoyen et sa réponse ne s’est pas fait attendre. «  A l’hémicycle on ne va pas pour trier du riz. C’est un débat d’idées et il m’a dit que je l’ai convaincu » avait-il répondu

La réussite n’est pas définitive

Pour le futur, Sansan Antoine compte franchir des paliers. « On ne finit jamais de réussir, il faut toujours avancer ». Après avoir accompli ce qui relève de lui, l’homme attend des politiques une nomination à un poste de responsabilité. «  Je souhaite aussi occuper des postes de responsabilités mais cela dépend des autorités et ce sont des décisions politiques. Il faut promouvoir les personnes handicapées surtout visuels et sensoriels. Il y a eu un maire aveugle à new York.  Abderamne Souli premier juge au Niger  a été  président de la cour constitutionnel bien qu’étant aveugle ».

A la jeunesse et surtout aux handicapés, Sansan Antoine Da leur lance un appel « Il ne faut pas être des morts vivants. Il faut croire en ses potentialités. Un homme digne, tout jeune handicapé doit surmonter les obstacles ».

Il ajoute aussi  que tous ceux qui ne croient pas aux personnes handicapées doivent savoir que c’est une erreur. L’homme c’est le cerveau. Ce n’est pas parce que vous n’avez pas vos bras, vos yeux ou que vous êtes incapables. Quand votre cerveau fonctionne vous êtes un homme capable de tout.

Père de trois enfants, il  est décoré officier de l’ordre du mérite ivoirien en 2016.

Dalou Mathieu Da

 



Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *