Jeunes Miroirs du Djôrô : Gnanou Issa, la craie pour instruire, le fer pour construire

À Gaoua, Gnanou Issa trace son chemin entre deux univers professionnels qui, loin de s’opposer, se complètent : l’enseignement et la soudure. Professeur certifié des écoles en service, il est également artisan soudeur. De son apprentissage sur les bancs du collège à son entrée dans la fonction publique, puis à la création de son propre atelier, son parcours témoigne d’une volonté constante de se former, de produire et de transmettre. Découverte d’un homme qui fait de la polyvalence professionnelle un véritable choix de vie.

Issa Gnanou et ses employés

Quand les cahiers rencontrent le fer

Il y a des parcours qui se racontent en diplômes. Celui de Gnanou Issa se raconte aussi en outils, en apprentissages et en heures de labeur. À Gaoua, cet enseignant-soudeur a choisi de faire dialoguer deux univers souvent perçus comme éloignés. La salle de classe et l’atelier.

Pourtant, chez lui, l’histoire commence par le métal. « C’est la soudure qui a précédé le corps de professeur certifié des écoles », a-t-il expliqué. En 1997-1998, alors en classe de quatrième, il franchit pour la première fois la porte d’un atelier. Week-ends, dimanches et vacances deviennent ses moments d’apprentissage. Un choix qui lui vaut parfois des railleries. « Il y en a qui m’appréciaient, mais d’autres se moquaient vraiment de moi », s’est-il rappelé. Pendant que certains camarades privilégient les loisirs, Gnanou accepte de se salir les mains pour apprendre. Une démarche qui deviendra sa principale force.

Gnanou Issa

Apprendre un métier sans abandonner l’école

Arrivé en classe de Terminale, Gnanou Issa réussit le concours de recrutement des enseignants. La fonction publique lui ouvre ses portes, mais il refuse de fermer celles de l’atelier.

Son choix repose sur une conviction profonde. Un diplôme n’empêche pas de posséder un métier manuel, et la pratique d’un métier n’interdit pas de poursuivre des études. Il y voit d’ailleurs une réelle complémentarité. « La soudure s’appuie énormément sur les figures géométriques. C’est véritablement de la géométrie appliquée », a-t-il souligné. La classe lui apporte la théorie ; l’atelier lui offre le terrain idéal d’application.

De l’enseignant au chef d’atelier

Lorsqu’il décide de créer son propre atelier à Gaoua en 2017, les obstacles financiers sont réels. Le matériel coûte cher et ses moyens de départ restent limités. Il persiste néanmoins. Avec l’appui de ses proches, il finit par s’installer. Puis vient l’étape de la transmission.

Il forme plusieurs jeunes qui apprennent le métier à ses côtés. Lorsqu’il est en classe, ses apprentis poursuivent les travaux. Le soir venu, il contrôle, corrige et explique. « J’ai formé des jeunes qui n’allaient pas à l’école et qui ont choisi d’apprendre la soudure avec moi », a-t-il confié. Son atelier devient un centre d’apprentissage pratique où se forgent autant les compétences que le métal.

Des élèves devenus collègues

Le temps a fait son œuvre. Parmi ceux qu’il a formés, certains sont devenus fonctionnaires. D’autres reviennent régulièrement à l’atelier pour garder le contact.

Un jour, l’un de ses jeunes apprentis décide d’abandonner l’école pour se consacrer exclusivement à la soudure. Gnanou Issa intervient alors auprès du père de famille pour convaincre l’adolescent de reprendre les cours. Son message reste invariable. « Il ne faut pas opposer école et métier », a-t-il conseillé.

Un exemple qui interpelle

Ses collègues enseignants observent sa trajectoire avec curiosité et respect. Certains expriment de l’admiration, à l’instar de Souleymane Guira. « Camarade Gnanou, vraiment, je l’envie. » D’autres s’étonnent de son rythme de travail soutenu, comme Allassane Ouattara. « Toi aussi, tu ne peux même pas te reposer ! »

Guira Souleymane, ami et proche de Gnanou

Gnanou Issa assume pleinement. Si mener deux activités exige des sacrifices, il y voit un moyen garanti de préserver son autonomie.

Une vie entre deux fronts

Il ne cache pas les contraintes. « Ce n’est pas simple, ce n’est pas du tout rose tous les jours », reconnaît-il. Entre la gestion de la classe et le suivi de l’atelier à distance, les journées sont chargées. Mais lorsque le travail est livré et que les revenus soutiennent le foyer, la fatigue s’efface. « Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu. Je suis fier et content. »

Son ambition va désormais plus loin. Gnanou Issa souhaite être affecté dans un Centre d’éducation de base non formelle (CEBNF) afin d’y combiner ses deux compétences. « Mon souhait le plus absolu serait d’y enseigner la craie à la main, tout en initiant les élèves aux techniques de la soudure. »

Gnanou Issa, enseignant-soudeur

Un message à la jeunesse et aux enseignants

À la jeunesse, Gnanou Issa adresse un appel à l’engagement. « Il faut accepter de se soumettre, apprendre réellement, se former et créer. » Il invite les jeunes à ne pas négliger les métiers manuels et à ne pas tout attendre d’un emploi formel pour entreprendre.

Aux enseignants, il rappelle que l’apprentissage ne s’arrête pas aux diplômes. « Les vacances scolaires peuvent servir à apprendre l’agriculture, l’élevage, la soudure ou tout autre métier. »

Un miroir pour une génération

Gnanou Issa incarne une idée simple. Il est possible d’allier savoir académique et savoir-faire manuel. Entre la craie et le fer, il démontre que l’avenir professionnel réside souvent dans la capacité à conjuguer plusieurs compétences.

Wonomana DA

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