En 2017, Kansié Ini Victoire n’avait jamais fréquenté l’école. Après seulement trois mois de cours du soir, elle intègre directement le CE2 au Burkina Faso. Neuf ans plus tard, elle décroche le baccalauréat série D avec la mention Assez Bien. Derrière cette réussite se trouvent une volonté exceptionnelle, des sacrifices familiaux et la conviction que l’école peut encore changer un destin. Bafujiinfos raconte son parcours dans le cadre de sa rubrique « Jeunes miroirs du Djôrô », consacrée aux jeunes de la région qui se distinguent par leur courage et leur détermination.

Dans de nombreuses localités du Djôrô, les difficultés économiques et sociales peuvent éloigner des enfants du chemin de l’école. Certains n’ont jamais la possibilité d’y entrer, d’autres sont contraints d’abandonner leurs études.
L’histoire de Kansié Ini Victoire est celle d’un retard qui n’aura finalement pas empêché un rêve de devenir réalité.
Lorsqu’elle commence à apprendre, elle est déjà plus âgée que les enfants qui fréquentent normalement les premières classes du primaire. Mais elle a une volonté intacte : apprendre et réussir.
Trois mois de cours du soir pour changer un destin
Avant de rejoindre le Burkina Faso, Ini Victoire s’inscrit à des cours du soir. Pendant près de trois mois, de décembre à février, elle paie elle-même 100 FCFA par séance. Ses efforts et ses capacités sont rapidement remarqués par son enseignant.
En 2017, lorsque sa grande sœur Hebou Toguité Tioyé est affectée à son poste au Burkina Faso, elle décide de faire venir sa cadette auprès d’elle afin de lui permettre de poursuivre sa scolarité.
La décision ne se fait toutefois pas sans difficulté. Il faut notamment convaincre leur père, qui s’inquiète de la situation financière de sa fille aînée et de la charge supplémentaire que pourrait représenter sa petite sœur. Mais la détermination finit par l’emporter.
À son arrivée, l’enseignant qui suivait Ini Victoire aux cours du soir estime qu’elle dispose déjà de suffisamment de connaissances pour intégrer directement le CE2. Le pari est audacieux. Il sera payant.
Du CE2 au baccalauréat : une progression remarquable
Intégrée au deuxième trimestre dans une nouvelle école et dans un système éducatif qu’elle découvre, Ini Victoire termine troisième de sa classe. Elle conserve cette position en fin D’année. Ses résultats attirent alors l’attention de ses enseignants.
À la rentrée suivante, le directeur de l’établissement, M. Bondet, aujourd’hui inspecteur, décide qu’elle peut intégrer directement la classe de CM2, au regard de ses performances. La jeune fille relève une nouvelle fois le défi.
Elle termine première de sa classe, puis première à l’examen du Certificat d’études primaires (CEP). La suite confirme cette progression.
Au collège, Ini Victoire s’installe durablement parmi les meilleures. En sixième, elle obtient une moyenne de 18/20 et reste première de sa classe jusqu’en troisième. Elle décroche ensuite son BEPC avec une moyenne de 16/20.
Au lycée, elle poursuit sur la même dynamique. De la seconde à la première, elle conserve la première place de sa classe.
En terminale, elle termine troisième, derrière deux élèves redoublants. Mais l’essentiel est ailleurs : au terme de l’année scolaire, elle décroche son baccalauréat série D avec la mention Assez Bien.
Une réussite qui ne la satisfait pourtant pas totalement. Selon sa grande sœur, Hebou Toguité Tioyé, elle espérait une mention Bien, voire Très Bien.

Une réussite familiale
Derrière cette trajectoire scolaire se trouve également une histoire de soutien et de sacrifices.
Hebou Toguité Tioyé a accompagné sa cadette dans ses premiers pas scolaires et contribué à lui offrir les conditions nécessaires pour poursuivre ses études.
Elle tient toutefois à souligner que la principale force de sa sœur reste sa propre détermination. « Au début, je l’encadrais beaucoup. Puis elle est devenue de plus en plus autonome. Son amour pour les études et son désir de réussir ont fait le reste. »
Dans cette aventure, YOUL Kalkal Justin, époux de Hebou Toguité Tioyé, a également apporté son soutien à sa belle-sœur dans son parcours vers cette réussite.
Cette réussite est aussi une manière de rendre hommage à leur défunt père, qui avait initialement exprimé des réserves face à ce projet. « Nous pensons aujourd’hui à notre père, qui n’imaginait peut-être pas qu’elle irait aussi loin. Nous lui disons merci, là où il repose. Nous remercions aussi notre mère, ainsi que tous ceux qui ont contribué à construire les pages de cette histoire », témoigne sa grande sœur.
Le diplôme peut ouvrir des portes
À travers l’histoire de Kansié Ini Victoire, c’est surtout un message que sa famille souhaite adresser à la jeunesse du Djôrô.
Dans une région où certains jeunes peuvent être tentés de délaisser l’école au profit d’activités qui leur procurent des revenus immédiats, son parcours rappelle qu’il n’est jamais inutile de se former et d’aller aussi loin que possible dans les études.
Le diplôme ne garantit pas à lui seul la réussite. Mais il peut ouvrir des portes.
Le parcours d’Ini Victoire montre surtout qu’un retard au départ ne condamne pas nécessairement L’arrivée. Elle n’avait jamais été à l’école. Neuf années après ses premiers cours, elle est bachelière.
Son histoire est désormais une invitation lancée à tous ceux qui doutent encore : ne pas renoncer à apprendre, malgré les difficultés.
Dalou mathieu Da







