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Les Echos du Sud-Ouest

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Sansan Honoré Hien : « A notre temps, on ne s’occupait pas de l’argent c’était vraiment la conscience professionnelle » (première partie)


Sansan Honoré Hien est inspecteur de l’enseignement du premier degré à la retraite et premier Maire élu de la ville de Gaoua.  Bafujinfos est allé à sa rencontre. Dans cette première partie de l’interview ,le pédagogue à la retraite que nous avons rencontré dans son domicile au secteur n°3 de Gaoua nous parle de son expérience et de sa carrière d’enseignant. . Lisez plutôt.

Bafujiinfos : Vous êtes enseignant de formation, comment vous êtes entré dans ce corps ?

Sansan Honoré HIEN : Après mon école primaire ici à Gaoua, j’ai été admis au cours normal de Ouahigouya. Là-bas, on ne formait que des enseignants. Après l’obtention du brevet de capacité j’ai été affecté à Kayao dans le cercle de Saponé. Là-bas, j’ai passé une année scolaire. Pendant les vacances, je suis rentré à Gaoua et j’ai rencontré le député Kambou Philippe qui m’a demandé où j’étais et je lui ai expliqué. Il a dit que c’est trop loin, qu’il va me faire venir ici pour qu’on m’affecte à Midebdo. Il y a un instituteur qui était là-bas qui a bien démarré malheureusement il est décédé. Je dis bon d’accord s’il obtient  mon affectation ici, je pense que ça sera bien pour moi. Il en a expliqué à mon papa qui était très content. En tant que député, il est retourné à Ouagadougou  et vite c’est fait. J’ai été affecté à Midebdo. Je suis allé à Midebdo et comme c’est mon milieu j’ai été bien accueilli, les villageois s’intéressaient beaucoup à moi et même les élèves. Ils étaient très contents de voir un maître qui parle leur langue. Finalement je ne suis pas resté à Midebdo, on m’a affecté à Batié.  De Batié j’ai été encore affecté à Ouolonkoto dans le cercle de Sindou. J’ai rejoint Ouolonkoto. Et l’inspecteur Yofi Bessin, qui  fut mon directeur d’école ici (Gaoua) a dit qu’il va me faire retourner au pays lobi et il m’a fait retourner à Midebdo. Là-bas les gens me réclamaient. Je suis  quelqu’un de leur ethnie qui est venu et qui a bien tenu les élèves pourquoi le faire partir donc ils n’étaient pas d’accord. De Midebdo où j’ai passé  6 ans, j’ai été affecté à Gbomblora. J’ai fait deux années de service et j’ai été affecté à Babora dans la subdivision de Dano. J’ai fait 4 ans et j’ai été affecté à Kampti comme directeur de l’école centre. Après 4 ans encore je devais bouger parce que j’ai pu réussir au concours d’entrée à l’Institut Normale d’Education (ENE) pour la formation des conseillers pédagogiques. A la fin de cette formation on m’a affecté à Dori. J’ai rejoint Dori. Arrivé là-bas, c’est dans les années 1982, ce n’est  pas comme Dori d’aujourd’hui, je me disais  intérieurement là-bas là ce n’est pas fait pour moi mais en tant que fonctionnaire je ne peux faire autrement que d’obéir. En 1983,   Thomas Sankara était venu à Dori en tournée, il passait en revue les fonctionnaires qui l’attendaient, dès qu’il m’a vu il m’a reconnu, puis qu’on était ensemble ici à l’école centre A. Il m’a demandé qu’est-ce que je venais faire à Dori. J’ai dit c’est vous qui m’avez affecté à Dori. Il a ri et il a dit à son DIRCAB, qui était Touré Adama de me faire retourner chez les lobi. Hors c’est lui  même qui a tenu un discours virulent pour dire que ceux qu’on affecte à Dori qui n’étaient pas d’accord, lui il vient leur dire qu’ils vont faire 9 ans avant de partir. Mais quand il a dit de me faire retourner  chez les Lobi j’étais heureux et surpris en même temps. Il se rappelle de ce qu’on a fait ensemble à Gaoua ici. On m’a fait revenir à Gaoua, c’était en 1984. J’étais à l’inspection ici, j’ai tenté le concours des inspecteurs de l’enseignement et j’étais admis. Je suis retourné à l’INE à Ouaga. De l’INE, c’est devenu, l’Institut pour la Reforme et l’Action Pédagogique (IRAP) dirigée par l’inspecteur Zoungrana Ali Pascal.  Et en fin de compte j’ai pu finir la formation d’inspecteur et à la sortie, on m’a affecté à Gaoua ici pour venir remplacer le regretté Kambou Dominique qui était admis à la retraite. On était déjà en 1986. En 1987, on a jugé que je ne faisais pas l’affaire de la RDP (Révolution Démocratique et Populaire).  D’ailleurs je n’étais même pas révolutionnaire et le Ministre de l’éducation de l’époque m’a appelé et il m’a dit les 4 vérités. Qu’on lui a dit que je ne suis pas révolutionnaire, lui il va m’affecter. Je n’ai même pas pu m’expliquer parce que je ne comprenais rien. Alors je lui ai posé la question à savoir qu’est-ce que le révolutionnaire ? Ça l’a énervé, ça l’a  beaucoup énervé et il  a donné l’ordre à son SG ou bien c’est le Directeur de Cabinet,  de m’affecter à Bobo. Donc, on m’a affecté à Bobo comme chef de service de l’enseignement informel à la Direction Provinciale de l’éducation nationale.  C’était déjà en 1987, ce n’était pas agréable pour moi lorsque je rejoignais Bobo, mon papa alitait. Il était sérieusement malade. Le 15 Octobre 1987, les clairons ont sonné, c’était la chute de Thomas Sankara. Je me suis dit intérieurement qu’il est parti tôt si non j’allais retourner le voir. Il était capable de me  faire retourner à Gaoua. Ça ne me plaisais pas de rester là-bas. En 1988, j’ai été affecté comme inspecteur chef de la circonscription de Banfora1 qui regroupait les écoles de la ville. J’ai rejoint cette inspection. L’année suivante, on m’a affecté à Banfora2, c’était les écoles de brousse, j’ai dit ça ne fait rien, c’est toujours Banfora. J’ai fait 4 ans à Banfora et je reçois une affectation pour Ouagadougou. Je devais aller à l’IPB (Institut pédagogique du Burkina). Là, j’ai refusé catégoriquement je suis monté rapidement à Ouagadougou où j’ai vu le ministre. Je ne veux pas venir à Ouagadougou. Il m’a demandé pourquoi, puisse que c’est à Ouagadougou que j’ai eu la formation. Et je lui ai dit : si Banfora n’a pas besoin de moi, Gaoua a besoin de moi. Faites-moi retourner à Gaoua. Il ne voulait pas j’ai insisté et j’ai été affecté à Gaoua. Arrivé à Gaoua, je me suis intéressé à la politique et j’ai été proposé candidat à la mandature de la commune de Gaoua .

Bafujiinfos :    Quelles ont été vos difficultés à l’époque ?

H.S.H : Les affectations m’ont beaucoup fatigué. Au niveau du service de l’enseignement, j’ai rencontré des difficultés avec les camarades mais je me suis dit que c’est tout à fait normal. Quand j’ai été affecté en tant qu’inspecteur à Banfora, la grosse difficulté que j’ai rencontrée, a été avec celui que je devais remplacer. Arrivé, il a refusé de me passer le service en me disant qu’il ne bouge pas. Et je lui ai dit que je ne suis pas  venu de moi-même, que ma volonté n’était pas de venir le remplacer. Il a refusé en disant que c’est de la magouille et qu’il ne bouge pas. Tous les  jours je restais à la maison. Le directeur de l’enseignement a informé les autorités et j’attendais. Un beau jour on lui a dit de partir parce qu’il ne donnait pas un bon exemple.

Bafujiinfos : comment était la collaboration avec la population et vos collaborateurs?

 H.S.H : La collaboration avec la population  était très bonne. J’étais apprécié. Avec mes enseignants il n’y avait pas de problème, surtout que je les formais pédagogiquement et ils  en étaient fiers, Je les obligeais à passer les concours professionnels pour devenir inspecteur comme moi.

Bafujiinos : Parlant  de cela l’ex DG de l’ENEP de Gaoua a dit que c’est grâce à vous qu’il est devenu inspecteur.

H.SH : Boubacar, effectivement quand j’étais à Gaoua comme chef de circonscription, j’étais parti dans le village où il enseignait, Lokono pour faire subir un examen pédagogique à un de ses adjoints. Une fois l’examen fini, j’ai essayé de discuter avec lui, j’ai vu qu’il était bon. Etant en brousse, il ne se négligeait pas, il lisait. Il avait beaucoup de connaissances sur la pédagogie. Je lui ai dit je ferai de lui un inspecteur. Il ne voulait pas entendre cela. J’ai dit : si j’insiste. Tu es un inspecteur en sommeil. Je l’ai suivi jusqu’à ce qu’il ait réussi au concours des inspecteurs. Il ne m’oublie pas pour ça.

Bafujiinfos : Quelle comparaison vous faites entre votre temps et celui de la jeune génération.

H.S.H : A notre temps, on ne s’occupait pas de l’argent c’était vraiment la conscience professionnelle. Le travail ou rien. Pour les grades, les autres bénéfices qu’on devait avoir, on s’adressait à notre syndicat le SNEAHV (syndicat national des enseignants de haute volta) qui était l’un des syndicats forts de la Haute Volta. C’est le SNEAHV qui s’occupait de tout. Quant à l’argent, on ne faisait pas de revendication comme ça. On était fier d’être enseignant, on faisait tout pour que les enfants réussissent. La génération aujourd’hui, je ne l’accuse pas. Les temps ont changé. Ils ont vu les autres qui sont dans le beurre.  Certains de leurs collègues du même niveau sont devenus des préfets des directeurs de cabinet, Aussi, on pense que les enseignants sont faits pour enseigner, qu’ils n’ont pas droit à la politique. Ils se sont intéressés à la politique et par comparaison ils ont vu que pour améliorer leurs conditions, pour beurrer leur pain, il faut se battre autrement. C’est ainsi qu’ils se sont lancés dans la politique.

 

Entretien réalisé par Dar Flavien DA



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One thought on “Sansan Honoré Hien : « A notre temps, on ne s’occupait pas de l’argent c’était vraiment la conscience professionnelle » (première partie)

  1. Sansan Bapoheron Kambou

    Que Dieu le benisse et le garde en vie pendant longtemps. Je me souviens de son texte (Kilimbou) qu’il a écrit dans le livre du CM1. L’un de ses fils a été mon promo. Quand il était maire, assurément, l’argent n’était pas son premier souci. C’est également quelqu’un qui analyse bien, quand il s’aperçoit que les enseignants d’aujourd’hui ont raison de chercher a beurrer leur pain autrement et ailleurs.

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