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Les Echos du Sud-Ouest

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Nefambone Yaya Dah spécialiste en sécurité de système d’information, en Belgique :«LES COMPÉTENCES NE SONT PAS RECHERCHÉES AU BURKINA»


 Nefambone Yaya Dah est un Ingénieur, spécialiste en sécurité de système d’information,  résidant en Belgique. Au début, il s’intéressait à tout ce qui était électronique, après son baccalauréat, il s’est orienté en faculté d’informatique. Il a d’abord étudié deux ans au Ghana, pour revenir au Burkina Faso son pays,  faire la Licence en «Réseau et Télécommunication». Plus tard, il est rentré à la fonction publique en quête d’emploi. Déçu du traitement que l’on accordait aux jeunes, il a démissionné et s’est inscrit à l’Université de Poitiers en France où il a obtenu son Master en «Sécurité Informatique». Aujourd’hui, il est installé à Liège  avec sa structure de télécom baptisé CHRYSALIS. Il vient de mettre à la portée de nombreux utilisateurs, une nouvelle application innovante très sollicitée en Europe. Il séjourne en ce moment  en Afrique et plus précisément dans son pays pour en parler. Exclusivement, il a accordé une interview à OXYGENEMAG.INFO le 14 octobre 2019, pour vous compter son parcours, ses expériences et surtout la vie des jeunes étudiants burkinabè installés en Europe en fin de cycle.

« La cybercriminalité de nos jours, possède plusieurs facettes »

Pour directement planter le décor : Il y a un terme très répandu en ce moment «la cybercriminalité». C’est quoi exactement ?

Tout d’abord, je me réjouis enfin, de pouvoir vous rencontrer. Car même en Europe, je vous ai invité à maintes reprises, mais on n’a pas pu se voir. vous êtes très suivi en Europe. Vous faites un travail très louable pour le Burkina Faso. Je tiens en sorte que vous le mentionner dans cet entretien.

Je reviens à votre question. La cybercriminalité de nos jours, possède plusieurs facettes. Il y a ceux qui utilisent les réseaux sociaux pour pouvoir escroquer les gens qu’on appelle de la «cyber escroquerie». Il y a de la «cyber arnaque », la «cyber attaque »…il y a plusieurs démembrements de la cyber sécurité. Moi, particulièrement ; je travaille dans le domaine de la prévention. Donc tout ce qui est mis en place comme politiques de sécurité, politiques de reprises d’activités. Par exemple ; pour une entreprise qui est attaquée, quelles sont les procédures à mettre en place, pour pouvoir permettre à cette société de continuer à fonctionner malgré qu’il y ait un dysfonctionnement dans son système informatique ?

Est-ce que ce que vous dites a un rapport avec les attaques terroristes incessantes que le Burkina Faso vit en ce moment?

Disons qu’à travers les réseaux sociaux, il y a beaucoup d’informations qui sont relayées. Comme les réseaux sociaux ne sont pas régulés, il y a certaines informations qui fuites et à travers ça, ils suivent l’actualité et arrivent à cerner nos comportements. Oui effectivement, il y a un  rapport !

Est-ce qu’il y a une possibilité d’interpellation en cas de dérive ?

Bien sûr ! Par exemple en Europe, ils ont mis des lois et règlements qui régulent tout ça. Il y a beaucoup d’interpellations. Par exemple les téléchargements illégaux sont sévèrement réprimandés et sanctionnés. On vous envoie un courrier à votre adresse pour vous le signifier en temps et en heure. Soit vous recevez une amende à payer et si c’est un délit qui est plus grave, on vous interpelle sur le champ.  Dans le cas du Burkina, franchement je ne sais pas si ça existe.

Parlons du Burkina Faso, votre pays. Pourquoi vous avez déserté votre pays pour aller vous installer en Europe, alors que vous étiez engagé à la fonction publique ?

Quand j’ai fini mes études en France, je suis immédiatement rentré au Burkina Faso. D’abord en tant que jeune et spécialisé dans un domaine, je voulais, toute suite servir mon pays. Quand je suis rentré, j’ai été pendant longtemps combattu par mes compatriotes même certains collègues de service. Je me suis dit : pourquoi rester ici ? C’est pour cette raison que je suis reparti en Europe parce que je me disais que c’était un domaine qui était en plein expansion. Surtout qu’on avait aussi besoin, même en Europe, de spécialistes dans ce domaine et que l’Afrique n’était totalement pas prête à travailler dans le domaine de la sécurité informatique ou de la cyber sécurité. C’est pour cette raison que j’ai opté de repartir m’installer en Europe.

Concrètement, qu’est-ce que l’Europe vous a apporté ?

On peut énoncer toutes les critiques sur tout ce qui se passe en Europe, mais en tant qu’africain, dans des domaines de spécialisation, comme la sécurité informatique, c’est difficile de pouvoir se faire recruter dans ces emplois-là en Europe. Mais une fois que vous arriviez à prouver que vous êtes dans la même logique qu’eux, il n’y a pas de raison qu’ils ne vous ouvrent pas les portes. Là-bas, vous êtes toute suite acceptés quand vous prouvez que vous avez les compétences requises. Par contre ici au Burkina Faso, vous êtes combattu. C’est la différence entre l’Occident et ici.

Vous êtes là-bas depuis combien d’années ? Et quelles sont spécifiquement les expériences que vous avez acquises ?

Ça fait quatre ans que je réside en Belgique. Pendant ces quatre années, j’ai acquis beaucoup d’expériences. Tout d’abord, quand je devais m’installer, ils m’ont obligé à suivre une formation de dix-huit (18) mois. Donc d’abord une première formation de six (6) mois en tant que consultant en sécurité «Cloud». Après, ils m’ont obligé à faire encore une autre formation en tant que consultant en protection des données. Toutes ses formations ont été payées par l’Etat Belge. Je n’ai pas déboursé un centime et en plus, on me payait par jour. Tous les jours que je partais à la formation, on me remboursait mon carburant et on me payait des frais de déplacement supplémentaire. Ce sont ces genres de politiques comme ça qu’ils optent pour encourager les jeunes à pouvoir ; pas toute suite entrer à la fonction publique ou autre, mais de créer une startup. Ils vous donnent toutes ses formations en sachant qu’en fonction de vos compétences, ça va vous permettre de lancer, soit un produit, une entreprise ou une startup.

Donc, le gouvernement Belge ou une entreprise quelconque ne vous a pas recruté après avoir financé vos formations ?

Il ne pouvait pas me recruter en tant qu’étranger vivant en Belgique, mais ils m’ont apporté beaucoup d’aides financiers et surtout sur la formation. Car rien que les deux formations qu’ils ont financés ça coûtent plus trente mille euro (30.000 euro). Mais aujourd’hui, j’ai la nationalité Belge.

Quelle est donc votre activité principale en Belgique ? Car vous avez démissionné à la fonction publique au Burkina Faso et vous avez fini vos formations en Belgique.

J’ai fini la formation en juin 2017. Deux mois avant la fin de ma formation, j’avais déjà pris le statut d’«Indépendant». J’ai commencé à me préparer pour pouvoir intervenir dans des entreprises en tant que «Consultant», pas comme un employé, mais comme un expert. J’ai travaillé en tant qu’indépendant pendant un an jusqu’en 2018. En janvier 2019,  j’ai créé ma société, un SPRL ici qu’on appelle SARL dans le domaine de Conseil, Audit et Sécurité.  J’accompagne les entreprises, les PME, des associations, à mettre place des politiques de sécurité dans tout ce qui est prévention en informatique.

Quel est donc le produit innovant que vous avez créé dans la sécurité informatique ?

Quand j’étais au Burkina Faso, j’avais beaucoup de projets, surtout dans tout ce qui est du développement applicatif et même dans le domaine de l’informatique…

…Mais pourquoi ces projets n’ont jamais vu le jour ?

Ces projets n’ont jamais vu le jour parce qu’il n’y a pas d’incubation ici. Il n’y a pas d’aides, il n’y a pas d’accompagnement. Quand vous vous lancez, vous êtes confrontés à beaucoup de difficultés. Ça ne vous permet pas de concrétiser vos ambitions. Ce qui est complètement différent en Europe ! Car d’abord avant que vous ne fassiez une formation, vous passez par un entretien devant des psychologues, philosophes, les professeurs, des chercheurs etc. Ils vous écoutent et en fonction de vos exposés, ils savent où vous orienter. C’est à l’issue de ces entretiens, qu’ils m’ont orienté pour pouvoir compléter mon cursus universitaire, afin d’être consultant.

Revenons à ma question sur votre produit innovant…

J’ai développé un Logiciel de gestion, facturation et autres…C’est un Web Applicatif complètement introduit dans le «Cloud». Il permet aux PME, aux entreprises de transformation, aux industries, de pouvoir dresser des facturations en ligne, de faire des devis, des factures pro-forma,  des bons de commandes, bons de livraison etc. Bref, tout ce qui concerne la gestion. C’est un Logiciel tout en un, avec beaucoup de fonctionnalités. Il est très indépendant, parce qu’il fait beaucoup de choses sans l’intervention d’un utilisateur. Il est déjà répandu en Belgique, on doit le lancer le 1er novembre à Paris car, les entreprises commencent à se l’arracher.  Je suis arrivé en Afrique et au Burkina Faso pour pouvoir lancer le même produit adapté au continent. Ensuite, j’irai au Mali, au Togo, au Sénégal, en Guinée. L’entreprise s’appelle CHRYSALIS. En Afrique c’est CHRYSALIS AFRICA et en Europe c’est CHRYSALIS SOLUTIONS. C’est deux applications différentes car elles sont hébergées dans deux serveurs différents. Il y a le serveur de production pour l’Afrique et un autre pour l’Occident.

Quand vous parlez de gestion des entreprises etc. Quel pourrait être la marge de garantie en terme de sécurité, surtout quand il s’agit des chiffres ?

Nous ne sommes plus à une époque où l’école était classique et rustique en Afrique. Maintenant nous sommes dans un monde de globalisation ou les codes et les enseignements sont les mêmes. Les mêmes universités où ses «blancs » ont étudié, c’est là-bas aussi où on a étudié. Donc nous avons les mêmes compétences, par conséquent, la même confiance et la même garantie qu’on octroie aux sociétés étrangères. Bref, nous avons les mêmes compétences. Cette application que je présente aux africains possède une particularité à être autonome et facile à manipuler. L’application CHRYSALIS est d’abord une application Web, c’est-à-dire, on peut l’avoir n’importe où. Une fois que vous avez la connexion internet, vous accédez immédiatement à l’application. Vous pouvez suivre vos stocks à distance, envoyer vos factures et autres devis même n’étant pas à votre entreprise, dans un train, un avion, hors du pays etc. Les deux serveurs sont hébergés dans un DATA CENTER à Genève en Suisse. C’est une des DATA CENTER les plus sécurisée au monde. Nous avons d’emblée une garantie au niveau de nos serveurs. Quant à la sécurité des données, elles sont protégées. Même nous-même qui sommes les promoteurs de l’application ; une fois que votre compte est créé, nous n’avons plus accès à vos données. Au niveau de l’authentification, l’utilisateur doit juste mettre son nom et son mot de passe pour pouvoir se connecter au Logiciel CHRYSALIS et travailler. On est en train de travailler sur la «double authentification» qui consiste à l’utilisateur d’introduire son nom d’utilisateur, son mot de passe et il y aura un code qui viendra sur son téléphone, afin qu’il l’introduise sur l’application pour qu’elle s’ouvre. Ce sont des mesures de sécurité que nous mettons en place pour plus de garantie.  Pour avoir une démo, il suffit d’aller sur www. Chrysalis-africa.com et tout en bas, il y a un compte pour les démos. Vous avez un mois pour pouvoir texter ce Logiciel et juste après, un entretien se passera entre lui et les promoteurs pour savoir s’il a été satisfait. Si c’est le cas, il signe un contrat d’abonnement. Dans le cas contraire, on relève ses préoccupations pour améliorer le Logiciel à sa convenance. Car le Logiciel est personnalisable.

Quelle politique de communication mettriez-vous en place pour faire connaitre votre Logiciel ?

Tout est presque mis en place en termes de communication, mais nous avons mis en place des stratégies pour aller vers les potentiels clients, les présenter le produit, faire une démonstration et pour ceux qui veulent, on leur créé un compte démo.

« on n’a pas du 4 G au Burkina »

L’outil informatique, bien qu’il soit suffisamment installé dans l’administration publique au Burkina Faso, reste encore rudimentaire pour la majeure partie des utilisateurs. Comment pourrait-on remédier à cela ?

C’est un domaine assez complexe quand il s’agit de tout ce qui est administration publique au Burkina Faso. Le véritable problème c’est qu’il y a beaucoup de choses à faire mais les choses en plus, ne se font pas dans les règles de l’art.  C’est pour ça que nous sommes toujours à la traine. Rien que les connexions internet laissent à désirer. Ils nous proposent du 4G, mais en réalité, on a du 3G et dans certaines zones dans la capitale, nous avons du 2G ! Donc on n’a pas du 4 G. Je pense qu’à un certain moment, il faut être franc et travailler à mettre en place des infrastructures réseaux. Ce réseau doit être à la fois installé dans les administrations, au niveau des opérateurs et chez les privés. Ceci dans le but de  parvenir à accroître l’outil informatique au Burkina Faso.

« L’application CHRYSALIS est d’abord une application Web, c’est-à-dire, on peut l’avoir n’importe où »

Vous êtes un jeune burkinabè qui a décidé de venir une fois de plus proposer son savoir-faire dans son pays. Il y a également de nombreux comme vous dans plusieurs autres domaines en Europe et ailleurs, mais qui éprouvent des réticences à venir s’installer. Quel constat ou conseil ?

J’ai rencontré de nombreux jeunes étudiants Burkinabè en Europe très compétents qui désirent rentrer pour mettre leur savoir au profit du Burkina. Mais, tous ces jeunes disent la même chose : Ils ont peur de rentrer parce qu’ils ne savent pas comment ça va se passer. Ici, les compétences ne sont pas recherchées. Quand vous arrivez avec un bon cursus et tout ce qu’il faut pour servir votre pays, toute suite ; vous êtes confrontés à d’énormes difficultés. Si vous montez un projet ou une entreprise, c’est parfois à risque car vous allez investir de l’argent qui ne va rien vous apporter. Même le domaine des passations des marchés publics est très fermé et c’est même dangereux pour un jeune qui veut se lancer. Raison pour laquelle, beaucoup de jeunes qui sont hors du pays, préfèrent travailler dans d’autres domaines qui ne sont pas leur domaine de compétences. Au risque de rentrer au pays et se voir rejeter et mis à la touche.

Source: OxygeneMag

Entretien réalisé par Hervé David HONLA



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