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Les Echos du Sud-Ouest

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REVOLUTION D’AOUT 1983: « Ce qui faisait la force de Thomas Sankara c’est le respect de sa parole » Parfait KAMBOU


 4 août 1983, cette date évoque dans l’esprit des burkinabè, le début de la révolution au Burkina Faso menée par le capitaine Thomas Sankara, stoppée quatre années plus tard par un coup d’état. Cette période marquée par des bouleversements aussi bien sur le plan social,  économique, culturel que mental a fait du Burkina Faso un pays respecté et des Burkinabè des hommes intègres. Mais 36 ans après le début de cette histoire glorieuse de notre pays, quel héritage reste-t-il pour le Burkina Faso ? Si pour certains les acquis de cette période sont perdus à jamais d’autres par contre gardent espoir.  

Thomas Noël  Isidore SANKARA, était ce jeune officier qui s’est emparé du pouvoir en 1983 au Burkina Faso. A la tête du conseil national de la révolution (CNR), il a en quatre années opéré des changements profonds dans une Haute-Volta très peu connu jusque-là.  En 1984, il rebaptisa le pays Burkina Faso et change les symboles de la nation. Ensuite il s’est attaqué aux grands chantiers de développement : campagnes de vaccination de masse, campagne d’alphabétisation, reboisement, construction de cités et du chemin de fer Ouagadougou Kaya entre autres. Parfait KAMBOU dit « ingénieur du son » à Gaoua, un ancien CDR connait bien l’homme.  C’est avec fierté et émotion qu’il parle de lui. « Le feu capitaine Thomas Sankara, je l’ai connu avant qu’il ne devienne président en 1982 à Ouahigouya. On l’avait arrêté et gardé là-bas. Chaque fois quand je partais à l’hôpital pour y déposer mon frère, je le voyais du haut d’un étage avec des militaires qui le gardaient. Il a fait deux  semaines et quand il repartait à Ouagadougou,  Il a dit en langue moorée qu’il s’en allait mais que dans deux semaines nous allons entendre quelque chose. Effectivement quand il est reparti, deux semaines pas plus, nous avons appris le coup d’état et il est devenu président » a-t-il confié. Devenu président, le Capitaine Thomas Sankara, a institué les comités de défense de la révolution (CDR). De nombreux jeunes y ont subi une formation militaire pour défendre la révolution d’août 1983.

Parfait KAMBOU est l’un d’eux. Il a eu l’occasion de côtoyer le président Thomas SANKARA. Il explique avec beaucoup d’anecdotes ce qu’il a vécu à cette époque. « Je suis revenu à Gaoua où j’ai fait la formation militaire parce que quand je le voyais dans sa tenue j’avais envie d’être comme lui. En 1984 avec la SNC, nous avons passé presqu’une semaine avec lui. Nous sommes allés à Loropéni, Kampti, Batié… J’étais le plus petit quand on faisait la formation donc on me mettait devant et je voyais tout. Le premier souvenir que j’ai, c’est quand nous sommes allés à Batié. Sous les cailcédrats les gens dansaient, il s’est saisi d’un tabouret et il s’est mis à danser. Tout le monde s’est levé et le regardait danser. Après il a salué les habitants de Batié en langue Birifor « batché démé in pouor nina ». la poupaltion a répondu. Il a demandé « Vous voulez que je continue ? » les gens ont dit oui. Il a dit prochainement.  Ensuite, nous sommes allés à Loropéni. Il y avait SANKARA, Blaise COMPAORE, Henry ZONGO, Boukary LINGANI, Pierre OUEDRAOGO le patron des CDR. J’étais toujours devant. SANKARA faisait son discours. Le président Blaise Compaoré était à côté et il somnolait. On a posé une question au chef de terre de Loropéni, il s’est levé pour aller répondre, il a tiré le fil et le micro est tombé. Blaise a cru que quelque chose n’allait pas, il s’est levé et il a enlevé son P.A.  Nous avons tous reculé mais Sankara l’a calmé et il s’est rassis. En 1987, SANKARA est revenu à Gaoua, nous avions pris  garde là où se trouve la grande gare actuelle. A 4 heures, je me reposais et mon coéquipier jouait la sentinelle. Il a vu un véhicule qui arrivait, il m’a dit « chef, il y a un véhicule qui arrive ». Je lui ai de dire de s’arrêter. Il a dit et le véhicule s’est immobilisé. J’ai dit d’éteindre les phares et le conducteur a coupé les phares. J’ai dit aux occupants de se présenter. A ma grande surprise, je vois le capitaine Thomas Sankara qui est sorti. Il m’a fait un salut militaire et a dit « Camarades vous faites du bon boulot. Vous êtes vigilants. Je m’en vais voir mon ami DAH Dieudonné, au retour, on va se voir ». 15 minutes plus tard, il est revenu nous donner en son temps un billet de 5000 que nous avons partagé. Ce jour-là je ne croyais pas que c’est le capitaine qui était devant moi. J’étais tellement fier de lui ».

Que reste-t-il de cette page glorieuse de notre pays que chacun évoque avec fierté ? Pour Parfait KAMBOU, le pays a tout perdu de cette période révolutionnaire. Et c’est avec amertume qu’il le dit. « En réalité tout est déjà parti, moi je ne vois plus rien. Depuis que le capitaine n’est plus là, ce n’est plus comme avant. Sous la révolution, le président respectait sa parole.  Quand il dit, il fait. C’est ce qui faisait sa force. Quand on disait qu’il y avait couvre-feu c’était respecté. En son temps, les cabarets se fermaient et ne s’ouvraient qu’à 12 heures. Nous les CDR, nous veillions à cela. Tout était correct, il n’y avait pas de désordre. Aujourd’hui, chacun fait ce qu’il veut, c’est la démocratie. Ce n’est pas de bons comportements ». L’inspecteur Gnindé BONZI qui a réalisé trois récit sur le père de la révolution, pense quant à lui que tout n’est pas perdu. « On n’a pas tout perdu. Ses idées sont là et les gens essaient de les exploiter d’une manière ou d’une autre ». Il l’évoque l’exemple de sa nièce de cinq ans qui montre SANKARA sur son dernier livre intitulé « La légende Sankara » pour dire que son souvenir ainsi que celui de la révolution resteront à jamais gravés dans la mémoire des Burkinabè. Les prix qui sont dédiés au président Thomas Sankara au niveau du SIAO et du FESPACO permettent également selon lui de perpétuer son héritage. Cependant il reconnait que les gens ont de la peine à incarner l’idéal sankariste. Sansan Christian DAH est le responsable UNIR/PS dans la région du Sud-ouest, parti qui prône l’idéal Sankariste. Pour lui SANKARA a été un homme hors pair. « En quatre ans, même ceux qui ne sont pas révolutionnaires savent ce qu’il a pu faire. Il y a vraiment eu évolution. La jeunesse aujourd’hui même celle qui n’a pas connu SANKARA est fière d’entendre ce qu’il a fait. Pendant l’insurrection, tout le monde appelait le nom de SANKARA parce qu’il pensait que c’est ce temps ancien qui allait revenir ». Néanmoins Christian estime qu’ils sont entrain de suivre les pas du président SANKARA même s’il juge qu’au bout de trois décennies les idées ont évolué. L’obstacle majeur auquel ils font face est la désunion au sein des partis sankaristes. « Nous poursuivons l’idéal sankariste mais il y a plusieurs partis sankaristes malheureusement qui ne s’entendent pas ce qui fait que le sankarisme est quelque peu dépiécé. S’il y avait une union sankariste, on allait avoir le pouvoir pour continuer son œuvre ». Pour lui le pouvoir actuel tente de faire de son mieux pour incarner l’idéal sankariste ce qui  a permis à leur parti d’aller à la mouvance.  Parfait KAMBOU pointe également du doigt la multitude des partis sankariste. «  Il y a trop de partis sankaristes ce qui fait que ça ne va pas. Ce que SANKARA faisait et ce que eux ils font ce n’est pas la même chose. Il n’y a rien de concret. On a perdu cette période. Avant les votes se passaient de façon directe. Quand tu veux être conseiller, tu montes sur une barrique et les électeurs sont alignés derrière leur candidats puis on compte. Il n’y a pas de magouille. Aujourd’hui, c’est la corruption.  On vote un candidat parce qu’il a donné de l’argent. S’il est élu, il peut faire ce qu’il veut parce qu’il a acheté les voix. Seule une révolution peut permettre de se rapprocher de l’idéal sankariste » a-t-il conclu.

Dar Flavien DA

 



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