La parenté à plaisanterie est une tradition ancestrale essentielle au maintien de l’harmonie sociale. Plus qu’un simple échange d’insultes ritualisées et de moqueries, cette pratique culturelle, souvent appelée « rakiré », est un véritable mécanisme de régulation des conflits. Elle permet aux communautés, notamment les plus anciennes, de désamorcer les tensions et de consolider les liens inter-ethniques par l’humour. Nous avons rencontré les quelques habitants de Banfora pour comprendre comment cette tradition unique continue de préserver la cohésion et le vivre-ensemble face aux défis modernes.
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Viviane Soulama, Agent du privé

« La parenté à plaisanterie est une institution culturelle extrêmement bénéfique. Elle joue notamment un rôle crucial de régulateur social. Par exemple, en cas de conflit ou de querelle persistante au sein d’une famille ou d’une communauté, c’est l’intervention de la parenté à plaisanterie qui peut, par son autorité informelle et l’humour, rétablir l’harmonie et mettre fin à la discorde. Au-delà de cela, elle est une formidable créatrice d’ambiance et de cohésion sociale. Laissez-moi vous donner un exemple personnel. Lorsque vous êtes arrivé, simplement en entendant votre nom de famille, Somé, je vous ai immédiatement interpellé avec une taquinerie en vous disant que j’avais trouvé le gardien qui allait veiller sur moi aujourd’hui. Ce type d’échange est typique de cette tradition. Dès que j’ai vu votre nom, j’ai su que, dans le cadre rituel de la plaisanterie, vous étiez mon « esclave’. C’est pourquoi j’affirme que cette pratique est une très bonne chose et qu’elle est la bienvenue au Burkina Faso. Elle génère une atmosphère de bonne humeur et de confiance mutuelle. Si je vois un objet qui me plaît et qui vous appartient, je peux l’emprunter ou le prendre sans qu’il n’y ait de dispute, car notre lien de parenté à plaisanterie nous y autorise.
En définitive, cela instaure une excellente dynamique relationnelle entre nous et dans toute la population.»
Issiaka Sirima, Enseignant

«Je crois très sincèrement que la parenté à plaisanterie contribue réellement à la cohésion sociale et c’est d’ailleurs ce qui fait que dans nos contrées, vous verrez difficilement des affrontements entre des parents à plaisanterie. Prenez l’exemple des Lobi et des Gouin. Quand ils ont un problème quelle que soit sa dureté ou son ampleur le simple fait de savoir qu’il s’agit d’un Gouin et d’un Lobi contribue facilement à pouvoir apaiser les cœurs. Pour vous dire quelque chose, à chaque fois qu’il y a des problèmes ici, si deux ethnies se rentrent dedans, la personne qui vient demander pardon c’est généralement un Lobi et vice-versa. Quand ça ne va pas en pays Lobi, c’est le Gouin qui va demander pardon. Ce sont les rites ancestraux qui font que réellement la parenté à plaisanterie contribue énormément à la cohésion sociale. À la nouvelle génération mon appel est très simple il faut faire de la parenté à plaisanterie vraiment tout un bien. C’est un héritage qui nous a été légué par nos parents et je crois qu’il serait très intéressant que nous montrions à la génération future que cette tradition ne disparaisse jamais. Il faut aussi comprendre ce que veut dire la parenté à plaisanterie et ses origines pour que nous puissions être à l’aise. J’aimerais même que l’État s’il y a possibilité, enseigne la parenté à plaisanterie dans les écoles pour que nous puissions la prendre à bras le corps que tout le Burkina soit vraiment à l’aise que nous soyons dans la cohésion sociale, qu’on se sente frères et qu’on se sente sœurs.
Assanatou Traoré, journaliste à la Radio Ouaga FM

« Je pourrais le dire sans risque de me tromper que la parenté à plaisanterie contribue fortement à la cohésion sociale et si elle n’existait pas, nous devrions absolument la créer aujourd’hui. C’est une institution que nous avons trouvée et héritée depuis le temps de nos ancêtres et de nos grands-parents, et elle est vraiment très bénéfique. Regardez, par exemple, je suis Traoré et la parenté à plaisanterie existe avec les Peuls, les ressortissants du Djôrô, et bien d’autres groupes. C’est vraiment très intéressant car même en cas de conflit quand la parenté à plaisanterie s’y mêle, automatiquement la situation s’apaise et le conflit est terminé. Je dirais en tout cas que c’est une très très bonne pratique que j’encourage fortement. De plus, il existe même des festivals dédiés spécifiquement à la parenté à plaisanterie. Mon souhait le plus cher est que cette pratique se perpétue et que cette culture soit pérennisée afin que nos enfants et nos petits-enfants puissent continuer à transmettre cet héritage, qui est vraiment une très bonne chose.»
Seydou Soulama, Enseignant, Artiste balafoniste

«Vous savez, l’Afrique a des valeurs, et la parenté à plaisanterie en est une. Face à certaines situations, surtout lors de moments difficiles entre les êtres humains, si elle intervient, le problème est résolu instantanément. Grâce à elle, de grandes crises se résolvent à l’amiable. Pour moi, c’est très important. En plus de cela, cela nous permet de nous familiariser. Prenons l’exemple, vous êtes Monsieur Somé. vous êtes venu et vous avez constaté que lorsque vous vous présentez dans les Tannounyan ici, les gens vous taquinent. C’est dû à cette tradition, ce n’est pas pour rien. D’ailleurs, si je me rends dans le Djôrô, conscient qu’il existe une plaisanterie avec les populations, je ne vais pas me gêner. Je vais me sentir chez moi.»
Tiémogo Soulama, Guide national de tourisme résidant à Banfora.

« C’est vraiment très important. Sans la parenté à plaisanterie, nous allons nous déchirer. Aussi, sans la parenté à plaisanterie, le Burkina était fini. Nous, nous plaisantons avec les Lobi, Dagara Djan, Birifor, etc. Admettons qu’un Lobi quitte chez lui et puis il vient dans une famille où il ne connaît même pas la famille, s’il se révèle être un parent à plaisanterie, soit les chefs de famille même ou les pères de la famille peuvent dire à l’aîné de la famille de laisser sa case pour qu’il puisse s’abriter, et qu’il soit à l’aise. Et puis l’aîné ou le grand frère de la famille peut dormir dans la cour. Ça s’appelle la case ouverte. Ce qui veut dire que la parenté à plaisanterie, vraiment c’est une très bonne chose. »
Édouard Somda, Agent du privé

« La parenté à plaisanterie ne date pas d’aujourd’hui elle est un héritage historique transmis par nos aïeux de génération en génération jusqu’à nous et elle est d’une importance capitale. Elle a joué et continue de jouer un rôle essentiel y compris dans le contexte du terrorisme. Lorsqu’un problème survient ce sont les parents à plaisanterie qui servent d’intermédiaires naturels pour éteindre le feu. Nous avons vu des cas même ici à Banfora où des conflits au niveau de la chefferie traditionnelle ont été résolus grâce à leur intervention. De même, les années antérieures, un conflit avait opposé la population de Gaoua et la police municipale. Je me souviens qu’une délégation de Banfora est intervenue en vertu de ce lien car c’est leur rôle d’interférer pour apaiser les tensions C’est une institution qui ne peut être détachée de la cohésion sociale car sans elle certaines zones du Burkina Faso n’auraient pas pu exister car chaque communauté a ses propres réalités et nous n’aurions pas pu vivre ensemble. Les parents à plaisanterie dès qu’ils sont présents ont l’obligation d’agir et ne peuvent jamais laisser une situation se détériorer sans rien faire. Malheureusement une grande partie de la jeunesse actuelle ne croit pas à cela et s’en moque alors que c’est une grave erreur. Laissez-moi vous raconter une histoire. À Banfora, un vieil homme avait désigné un bélier à offrir aux parents à plaisanterie lors de son décès mais son fils a refusé de le donner après la mort du père et l’a remplacé Après les funérailles. Ce fils a vu ses moutons mourir ou disparaître sans explication. Aujourd’hui encore, quand un chef ou une personne âgée décède des rituels spécifiques reviennent aux parents à plaisanterie. Ils s’amusent tout autour de la tombe c’est leur rôle et cela fait partie de leurs obligations. Certains demandent même avant de mourir que ce soient leurs parents à plaisanterie qui creusent leur tombe ou s’occupent de certains rites et cela est respecté à la lettre C’est une tradition sacrée qui ne date pas d’hier.»
Somé Sansan ✍️







