La richesse culturelle des peuples africains repose en grande partie sur leur attachement profond aux traditions ancestrales. Chez les Lobi, peuple du Djôrô, la danse occupe une place centrale dans la vie sociale et spirituelle. Bien plus qu’un simple moyen de divertissement, elle constitue un langage symbolique puissant, notamment lors des funérailles. Une pratique qui peut sembler paradoxale aux yeux des non-initiés, mais dont la signification est profondément enracinée dans les valeurs locales.
Pour mieux comprendre cette tradition, nous avons rencontré Di-iité Sib, un vieux sage du village de Konantchèra. Selon lui, la danse funéraire chez les Lobi repose sur deux motivations fondamentales : l’expression de la colère et celle de la joie. Lorsque survient le décès d’un proche, la danse permet avant tout d’extérioriser la douleur, le mécontentement et la colère face à la perte. « Lorsque tu perds un membre de ta famille, c’est par la danse que tu montres combien tu es affecté », explique Di-iité Sib. Ne pas danser est perçu comme un grave manquement, assimilé à du mépris envers le défunt. La coutume est si stricte que celui qui refuse de danser s’expose à des sanctions et à de vives critiques de la communauté.
Au-delà de la colère, la danse joue également un rôle de soulagement. Elle aide les proches à apaiser leur souffrance et à surmonter le choc émotionnel du deuil. Celui qui ne participe pas activement aux funérailles devient rapidement la cible de commentaires, accusé de négligence ou d’indifférence envers le disparu.

Par ailleurs, lorsque le défunt est une personne âgée ayant vécu longtemps, la danse prend une toute autre signification. Dans ce cas, les funérailles se transforment en véritables moments de réjouissance. La communauté célèbre la longévité et la vie bien remplie du disparu. Di-iité Sib rappelle que certains vieillards, fatigués de vivre, demandent eux-mêmes que leur mort soit célébrée dans la joie, sans pleurs, mais avec chants et danses.
Ainsi, chez les Lobi, danser lors des funérailles revient à honorer le défunt, à reconnaître son importance sociale et son engagement de son vivant. Plus la danse est intense, plus l’hommage est grand. Une preuve éloquente que, dans cette société, la danse demeure un pilier fondamental de la mémoire et du respect des ancêtres.
Somé Sansan ✍️











