Dans la communauté Birifor, la flûte appelée « Wèraa » en birifor occupe une place singulière au sein de l’univers socioculturel. Bien plus qu’un simple instrument de musique, elle constitue un véritable moyen d’expression, de communication et de transmission des valeurs traditionnelles. Ancrée dans les pratiques ancestrales, la flûte accompagne les grands moments de la vie communautaire et demeure un symbole fort de l’identité culturelle Birifor.

Traditionnellement fabriquée à partir de bois ou de tiges spécifiques soigneusement sélectionnées, la flûte Birifor est jouée principalement par des initiés ou des personnes ayant hérité de cet art au sein de certaines familles. Son apprentissage repose généralement sur la transmission orale, de génération en génération, perpétuant ainsi un savoir-faire ancestral. « La flûte est un instrument ancien que nous avons trouvé en naissant. Nos grands-parents et nos parents nous y ont initiés, et nous l’avons adopté aujourd’hui », a confié Andjèbrènikoun Kambiré.

Dans les villages Birifor, la flûte intervient lors de nombreuses cérémonies. Elle rythme les réjouissances populaires, notamment les mariages, les fêtes communautaires, les cérémonies de récolte et, surtout, de chasse. « C’est une œuvre de nos ancêtres. Quand nous voulons aller à la chasse, c’est à travers la flûte que nous communiquons. Au retour, c’est encore avec elle que nous annonçons les résultats. Chacun connaît la « voix » de la flûte de chacun. Aussi, quand quelqu’un est confronté à des problèmes nécessitant de l’aide, il lance l’alerte avec cet instrument », a précisé Intouté Kambiré.

Son rôle est également primordial lors des funérailles, où ses sonorités mélancoliques accompagnent le dernier hommage rendu au défunt.
Au-delà de son aspect festif, la flûte possède une dimension spirituelle. Dans certaines circonstances, elle est utilisée lors de rites traditionnels pour invoquer les ancêtres ou accompagner des cérémonies coutumières. Ses mélodies servent parfois de langage codé, compris uniquement par les initiés.

Instrument de rassemblement, la flûte permet aussi de renforcer les liens sociaux. À travers ses sonorités, elle mobilise les populations lors des travaux champêtres collectifs ou annonce des événements importants au sein de la communauté.
Aujourd’hui, face à la modernisation et à l’influence croissante des musiques urbaines, cet héritage culturel fait face à de nombreux défis. Plusieurs acteurs culturels et gardiens de la tradition plaident pour sa valorisation afin d’éviter sa disparition.Le « Nous devons promouvoir la flûte pour ne pas la laisser disparaître, parce que c’est un instrument ancestral », a plaidé Intouté Kambiré.

En pays Birifor, la flûte reste ainsi bien plus qu’un instrument : elle est la voix d’un peuple, le reflet de son histoire et l’expression vivante de son patrimoine culturel.

Pour Andjèbrènikoun et Intouté Kambiré, le son des flûtes diffère selon les circonstances. En effet, celui des moments festifs est bien distinct de celui des moments de tristesse. Ils affirment que « tant que la flûte chantera, c’est toute une mémoire collective qui refusera de s’éteindre » l’enjeu pour la nouvelle génération birifor est désormais de faire résonner ce souffle ancestral dans le concert de la modernité.
Wonomana DA











