Dans la salle de soutenance de l’Institut du Développement Rural (IDR) de l’Université Nazi Boni, le mercredi 29 juillet 2026, Ollo Étienne Da a brillamment défendu son mémoire de Master. Consacrée aux mutations foncières dans la commune de Gaoua, son étude a convaincu le jury par sa rigueur scientifique et sa pertinence pour la compréhension des enjeux fonciers ainsi que pour l’élaboration des politiques publiques. Ce travail lui a valu la note de 17/20, assortie de la mention Très Bien.

Intitulé « Appropriation et pression foncière dans la commune de Gaoua : analyse des dynamiques spatiales, des rapports sociaux et des impacts socio-économiques », ce mémoire s’intéresse à une problématique devenue majeure dans le chef-lieu de la région du Djôrô. L’urbanisation rapide, la croissance démographique, l’arrivée des personnes déplacées internes (PDI) sous l’effet de la crise sécuritaire, ainsi que le développement des activités minières accentuent la pression sur les ressources foncières et transforment progressivement les modes d’accès à la terre.
À travers cette recherche, l’impétrant s’est attaché à répondre à une question centrale : « En quoi les dynamiques d’appropriation et de pression foncière dans la commune de Gaoua reconfigurent-elles les rapports sociaux et les équilibres socio-économiques locaux ? »
L’un des apports majeurs de cette étude réside dans son approche méthodologique. En s’appuyant sur un géoréférencement réalisé à partir d’un point de référence situé au secteur 3 de Gaoua, le chercheur a procédé à une reclassification du périmètre agrosylvopastoral de Ourbi.
Les analyses montrent que cet espace, autrefois essentiellement destiné aux activités agro-sylvo-pastorales, est désormais intégré à la dynamique périurbaine. Il fait aujourd’hui l’objet d’une forte spéculation foncière sous l’effet de l’expansion urbaine.
Un marché foncier en pleine mutation
Les résultats de l’enquête mettent en évidence une profonde transformation des pratiques d’acquisition des terres.
Selon les données recueillies, 53,5 % des transactions foncières s’effectuent désormais par achat. Dans le même temps, 99 % des personnes interrogées estiment que les prix du foncier ont fortement augmenté, tandis que plus de 77 % jugent la pression foncière forte ou très forte.
L’étude révèle également une faible sécurisation juridique des propriétés. Seulement 5 % des propriétaires disposent d’un titre foncier officiel. Les femmes restent largement sous-représentées, avec seulement 5,9 % des détenteurs de terres recensés. Par ailleurs, 79,2 % des enquêtés affirment être confrontés à des conflits liés au foncier.
Des inégalités persistantes dans l’accès à la terre
Au-delà des aspects économiques, la recherche met en lumière les profondes inégalités qui caractérisent l’accès au foncier.
Ainsi, 91,1 % des répondants considèrent que certaines catégories de la population bénéficient d’un accès privilégié aux terres. À l’inverse, les femmes, les jeunes, les personnes déplacées internes et les petits exploitants agricoles apparaissent comme les groupes les plus exposés aux difficultés d’accès au foncier.
Les résultats montrent également que les systèmes coutumiers et modernes continuent de cohabiter dans la gestion des terres. Près de 78,2 % des personnes interrogées évoquent une gouvernance foncière mixte, tandis que 55,4 % soulignent les contradictions entre les différentes normes appliquées.
Des recommandations pour une gouvernance foncière plus inclusive
Au regard des constats établis, Ollo Etienne Da formule plusieurs recommandations visant à améliorer durablement la gouvernance foncière dans la commune de Gaoua.
Il préconise notamment un renforcement de la coordination entre les autorités coutumières et la mairie, la délimitation officielle du périmètre d’Ourbi ainsi que la mise en place de mécanismes favorisant un meilleur accès à la terre pour les femmes, les jeunes et les personnes déplacées internes.
Le mémoire recommande également l’instauration d’un dialogue intergénérationnel autour des normes foncières et l’intégration systématique des données géoréférencées dans les politiques d’aménagement du territoire afin de prévenir les conflits et d’accompagner une urbanisation mieux maîtrisée.
En obtenant la note de 17/20 assortie de la mention Très Bien, Ollo Etienne Da conclut avec succès son Master 2 en Développement rural et gouvernance foncière. Au-delà de la distinction académique, ce travail fournit des données quantitatives et qualitatives qui éclairent les transformations en cours dans la commune de Gaoua.
Antoine Bicaba ✍️










