Chaque année, la direction provinciale de la Culture du Poni dresse le bilan de l’état des sites touristiques de la province. Entre ruines classées au patrimoine mondial et vestiges historique, plus de soixante sites témoignent de la richesse culturelle du Poni. Si les efforts de conservation se poursuivent, le manque de moyens, la dégradation naturelle et la faible valorisation de certains sites freinent encore le rayonnement touristique de la province. Face à ces défis, autorités et acteurs locaux multiplient les initiatives pour préserver et promouvoir un patrimoine aussi fragile que précieux. Le directeur provincial de la Culture a accordé, ce 24 octobre 2025, un entretien à une équipe de Bafujiinfos afin d’aborder ce sujet.

Tous les ans, une sortie d’inventaire est organisée par la direction provinciale de la Culture afin d’évaluer l’état de conservation des sites touristiques. Ce travail de terrain a permis de répertorier une soixantaine de sites répartis dans les dix communes de la province. Parmi eux figurent des sites majeurs comme les ruines de Loropéni, inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, ainsi que des sites secondaires tels que la Tombe de Bafudji ou celle de Nani Palé, le sanctuaire des Rois Gan, le Village des Balafonistes de Sansana, la colline sacrée de Nako, le lac intarissable de Péribgan, etc.
Pour Albert Héma, directeur provincial de la Culture, l’état général des sites reste encourageant. « Pour ce qui est des sites majeurs, l’entretien est effectué de manière périodique », affirme-t-il.
Malgré cela, plusieurs sites connaissent une dégradation liée aux intempéries et à certaines activités humaines. Des initiatives de restauration sont cependant mises en œuvre pour redonner vie à ces patrimoines. « Il y a deux ans, la dalle de l’habitat lobi s’était affaissée. Grâce à l’intervention du ministère, elle a pu être réparée », souligne le directeur.
Cette opération a permis d’enrichir l’offre de visite du musée des Civilisations des peuples du Sud-Ouest et de préserver le caractère historique des ruines de Loropéni.
Une gestion partagée entre l’État et les communautés
La gestion des sites touristiques du Poni ne relève pas uniquement des structures étatiques. À Gaoua, par exemple, la Tombe de Nani Palé est administrée par une association locale, tandis que les sites majeurs restent sous la responsabilité de l’État à travers ses services décentralisés. Pour Albert Héma, cette collaboration reste essentielle mais doit s’accompagner d’une meilleure valorisation :« Il est vrai que certains sites sont de renommée internationale, mais ils demeurent peu connus du grand public. La promotion et la sensibilisation doivent être renforcées », plaide-t-il.
Une fréquentation touristique en baisse
Bien que la province compte environ 60 sites touristiques, les statistiques de fréquentation se concentrent sur deux principaux : les ruines de Loropéni et le musée des Civilisations.
Les chiffres révèlent une baisse marquée des visites sur le site de Loropéni. Dans les années 2000, il accueillait près de 5 000 visiteurs par an. Aujourd’hui, ce nombre est tombé entre 300 et 500, une chute attribuée au contexte sécuritaire. « Tout le monde s’est rabattu sur le musée des Civilisations, qui enregistre chaque année près de 5 000 visiteurs », précise M. Héma.
Le musée devient ainsi la principale vitrine touristique de la région, avec une hausse constante de la fréquentation.
Des moyens insuffisants pour préserver le patrimoine
La fragilité de certains sites exige des restaurations fréquentes, mais l’insuffisance des moyens financiers et logistiques limite les interventions. « Deux millions de francs CFA n’ont pas suffi à couvrir la rénovation de l’habitat lobi », regrette le directeur provincial.
La direction ne dispose pas non plus de moyens roulants adéquats pour se rendre régulièrement sur les sites.
L’un des défis notable est le manque d’appropriation par les communautés locales. Lors d’une visite à Tobo, Albert Héma a constaté des travaux de réfection réalisés avec du ciment : « Quand on met du ciment sur un bâtiment historique, on altère sa valeur patrimoniale. Il faut restaurer selon les techniques traditionnelles pour préserver l’authenticité du site. »
Le secteur hôtelier en quête de compétitivité
La province du Poni compte aujourd’hui 36 établissements touristiques d’hébergement (ETH), dont 24 à Gaoua. Un nombre jugé insuffisant, surtout lors des grands événements. « Quand une activité d’envergure comme le Tour du Faso se tient ici, nous constatons vite que la capacité d’hébergement est limitée », déplore M. Héma.

Plusieurs défis se posent également : manque d’hygiène, insuffisance de formation du personnel, problèmes de sécurité et faible digitalisation. « Beaucoup d’établissements ne sont pas en règle sur le plan administratif. Parmi les 36 recensés, très peu disposent de tous les documents requis », explique-t-il.
Pour y remédier, la direction provinciale organise des sessions de formation au profit des responsables d’établissements afin de renforcer leurs compétences et d’améliorer la qualité des prestations.
Un appel à la mobilisation pour le rayonnement du patrimoine
Malgré les contraintes, la direction provinciale entend poursuivre ses efforts pour soutenir les acteurs du tourisme.
Albert Héma salue la résilience et l’engagement des professionnels du secteur : « Nous devons continuer à donner plus de visibilité à notre patrimoine culturel et touristique, véritable levier de développement pour la province du Poni. »
Des ruines de Loropéni aux tombes de Nani Palé, chaque site du Poni raconte une page de l’histoire du Burkina. À travers ces efforts conjugués, la direction provinciale de la Culture du Poni et les acteurs du tourisme entendent préserver un héritage qui dépasse les frontières locales. Un patrimoine vivant, témoin d’une histoire ancienne, que le Poni veut continuer à faire briller. Malgré les contraintes, les acteurs du tourisme du Poni gardent foi en leur mission de faire revivre les pierres et les traditions pour que chaque visiteur découvre, derrière chaque ruine, l’âme d’un peuple et la fierté d’une province.
Antoine BICABA







