Dans un paysage musical burkinabè en pleine effervescence, certains artistes parviennent à se démarquer en imposant une signature singulière. Sankara Abdoul Fataho, plus connu sous le nom d’Ekeber, fait partie de cette génération montante qui conjugue créativité, engagement et rigueur professionnelle. Rappeur au style atypique et enseignant de métier, il incarne une trajectoire où passion artistique et mission éducative se nourrissent mutuellement.

Une vocation révélée entre Abidjan et Ouagadougou
C’est en 2016, à son retour de Côte d’Ivoire après l’obtention de son baccalauréat, qu’Ekeber décide de donner une orientation professionnelle à son attrait pour la musique. Installé à Ouagadougou pour ses études universitaires, il franchit un cap décisif. « C’est depuis mon plus jeune âge que j’aime chanter. Mais c’est après le baccalauréat à Abidjan, une fois arrivé à Ouaga, que j’ai réellement pris goût et décidé d’en faire un métier », a-t-il confié.

Fort d’influences croisées entre les scènes ivoirienne et burkinabè, l’artiste façonne progressivement un univers qui lui est propre. Son engagement artistique traduit une volonté de raconter son époque, d’aborder des réalités sociales et de proposer une lecture originale du quotidien.
Le « Rap Décalé », une identité assumée
Loin des codes classiques du rap, Ekeber revendique un style qu’il baptise « Rap Décalé ». Une approche hybride qui mêle rythmes dansants, liberté d’interprétation et textes incisif. « Je me suis inspiré de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso. C’est un mélange, un style dansant qui me permet de m’adapter à plusieurs instrumentales », a-t-il expliqué.
Accessible sans être superficiel, ce registre musical lui permet d’alterner entre humour, critique sociale et introspection. Une polyvalence qui contribue à élargir son audience, tout en consolidant sa singularité dans un univers concurrentiel.

Un album de 14 titres pour marquer son territoire artistique
Avec un album riche de 14 titres, Ekeber franchit une étape importante dans sa carrière. Des morceaux comme « Gbè dans Gbè », « La puissance », « Mandjola » (et son remix), « Move your body », « Enseignant Anitché » ou encore « C’est kohan sahé » traduisent la diversité de son registre.
Plus qu’une simple production musicale, cet opus se présente comme une véritable carte de visite artistique. Chaque titre explore une facette de son identité, entre divertissement et message. « C’est une manière de montrer qu’à Gaoua, nous sommes responsables et savons aussi nous amuser », souligne-t-il.

À travers ce projet, l’artiste affirme sa capacité à structurer une œuvre cohérente, tant sur le plan esthétique que thématique.
L’enseignant, pilier de son engagement
Derrière l’artiste se trouve un éducateur engagé. Enseignant de profession, Sankara Abdoul Fataho revendique pleinement cette double casquette qui donne une profondeur particulière à son parcours.
Dans la salle de classe comme en studio, la logique reste la même : transmettre. Son titre « Enseignant Anitché » illustre cet attachement au monde éducatif. « Je suis enseignant et je connais les réalités du métier. Le jour, je suis avec la craie, la nuit avec mon stylo. J’ai voulu valoriser cette profession essentielle à la nation », a-t-il expliqué.

Cette dualité nourrit son inspiration et renforce la portée de ses textes, souvent imprégnés de valeurs sociales. Une fierté qu’il assume pleinement. « C’est une satisfaction totale. La musique me permet aussi de montrer que les enseignants méritent respect et considération. »
Entre contraintes et détermination
Concilier carrière musicale et profession enseignante exige organisation et discipline. Ekeber s’appuie sur une gestion rigoureuse de son temps : répétitions les week-ends, enregistrements pendant les congés, tournées durant les vacances. « Il faut aimer ce que l’on fait et surtout avoir un planning. C’est ce qui me permet d’avancer à la fois comme artiste et comme pédagogue », a-t-il affirmé.
Dans les salles de classe, son talent artistique devient parfois un atout pédagogique inattendu. « Pendant les cours de récitation ou de chant, certains élèves quittent même d’autres classes pour venir écouter », a-t-il raconté, sourire en coin.

Des défis persistants, mais un cap maintenu
Comme de nombreux artistes émergents, Ekeber fait face à des contraintes, notamment en matière de promotion et de production audiovisuelle. L’insuffisance de moyens pour la réalisation de clips constitue un frein à la visibilité de son travail.
Malgré ces obstacles, il peut compter sur le soutien de certaines figures, dont Adam’s H, RASCOACH et Hamed Sawadogo, qu’il n’hésite pas à saluer pour leur accompagnement.

Une ambition sans équivoque
Déterminé à s’imposer durablement sur la scène musicale, Ekeber nourrit des ambitions à la hauteur de son engagement. « Les projets sont là. Que Dieu nous donne la santé, la paix et la longévité. Vous allez sentir », a-t-il lancé affirmant poser les fondations d’une identité forte, porteuse de promesses pour la scène musicale burkinabè.
Wonomana DA










