Jeunes miroirs du Djôrô/De 2 000 FCFA à une entreprise de cosmétique bio : le pari gagnant de Fiacre Somé

En 2019, il ne lui restait que 2 000 FCFA après avoir payé son loyer et financé sa première formation. Beaucoup auraient abandonné. Lui a décidé d’en faire le point de départ d’une aventure entrepreneuriale. Six ans plus tard, Fiacre Somé dirige une entreprise spécialisée dans la cosmétique bio, forme des dizaines de jeunes et occupe les fonctions de Secrétaire général des producteurs de savons du Faso. Originaire de Dalgane Gouri, dans la commune de Koper (province du Ioba), ce jeune entrepreneur est le premier invité de la rubrique « Jeunes miroirs du Djôrô », à travers laquelle Bafujiinfos met en lumière des jeunes qui, par leur parcours, inspirent toute une génération.

Orphelin de père alors qu’il est élève en classe de cinquième, Somé Nibè-Yérou Fiacre refuse très tôt de laisser les difficultés décider de son avenir. Après un brillant parcours scolaire, il décroche son baccalauréat série D au Lycée provincial du Ioba avant de poursuivre ses études en Sciences économiques et de gestion à l’Université Nazi Boni en 2018.

Mais la réalité universitaire est tout autre

« J’ai vite compris que la vie n’était pas ce qu’un enfant de mon rang espérait. Il fallait trouver une solution pour poursuivre mes études tout en vivant dignement. »

Ne disposant d’aucun capital pour lancer une activité, il observe attentivement les besoins de ses camarades étudiants. Il comprend alors que l’entrepreneuriat peut être son salut.

Le pari des 2 000 FCFA

Lorsque les étudiants bénéficient de l’aide du Fonds national pour l’éducation et la recherche (FONER), Fiacre prend une décision qui changera sa vie.

Plutôt que de consommer cette aide, il investit d’abord dans une formation en fabrication de savons et détergents liquides. Après avoir payé son loyer et assuré ses dépenses essentielles, il ne lui reste plus que… 2 000 FCFA.

Pour beaucoup, cette somme paraît insignifiante. Pour lui, elle devient un capital. « À partir de là, j’ai écrit sur mon mur : « Plus rien ne sera comme avant. » »

Avec l’appui de son colocataire Hubert Dabiré, qui l’accompagne dans la vente ambulante, il se fixe un objectif ambitieux : vendre chaque jour plusieurs dizaines de litres de savon liquide.

Les résultats dépassent toutes les attentes

En moins d’un mois, les 2 000 FCFA deviennent plus de 120 000 FCFA. Cette première victoire lui donne la certitude qu’il peut construire bien davantage.

Se former pour aller plus loin

Au lieu de profiter de ses premiers bénéfices, Fiacre choisit de les réinvestir dans la formation.

Pâtisserie, boulangerie, restauration rapide, laiterie, cosmétique, savonnerie… il multiplie les apprentissages tout en poursuivant ses études universitaires.

Pendant plusieurs mois, ses journées sont rythmées par un emploi du temps particulièrement exigeant.

« Je suivais les formations de 19 heures à 5 heures du matin avant de rejoindre le campus. Je dormais très peu, mais je savais pourquoi je me battais. »

En 2022, il obtient sa Licence en Macroéconomie et Gestion du développement.

Avant même la fin de son cursus universitaire, il engage la formalisation de son entreprise.

Naissance de Dianyel Global Service

Son entreprise, Dianyel Global Service, intervient aujourd’hui dans plusieurs domaines : pâtisserie, boulangerie, laiterie, cosmétique et savonnerie.

Son laboratoire Dianyel Cosmétique devient progressivement le cœur de ses activités.

L’entreprise développe notamment la gamme Body Corrector, composée de produits antiseptiques et de soins cosmétiques naturels, ainsi que plusieurs variétés de savons, dont les savons de Marseille et le Kabakourou.

Fiacre en séance de formation en saponification

Au-delà de la production, le laboratoire est également devenu un cadre de formation où de nombreux jeunes acquièrent des compétences dans les métiers de la cosmétique bio et de la savonnerie.

Remise d’attestation de formation à une apprenante

Les récompenses d’un parcours exemplaire

Les efforts de Fiacre Somé finissent par être récompensés. En 2023 puis 2024, il est finaliste d’un hackathon national consacré à la transformation des matières premières locales en produits de boulangerie et de pâtisserie.

En 2025, son laboratoire est distingué aux Influencers Awards, où il reçoit le prix de la meilleure jeune entreprise bosseuse.

Trophée du meilleur jeune bosseur décroché par Fiacre Somé en 2025

En 2026, il franchit une nouvelle étape en étant désigné Secrétaire général des producteurs de savons du Faso, une responsabilité qu’il entend mettre au service du développement de la filière nationale.

Aujourd’hui, ses ambitions dépassent largement les frontières du Burkina Faso.

« Je vis aujourd’hui de mes compétences. Mon ambition est de faire rayonner la cosmétique bio burkinabè à l’échelle mondiale. »

La marque de savon « Body Corrector » produite par Fiacre Somé 

Un message à la jeunesse du Djôrô

Pour Fiacre Somé, le développement du Djôrô passera nécessairement par une jeunesse entreprenante.

Il invite les jeunes à croire en leurs capacités, à se former sérieusement et à accepter les sacrifices indispensables à toute réussite.

« Le meilleur moment pour entreprendre, c’est aujourd’hui. Formez-vous, croyez en vous et acceptez la souffrance d’aujourd’hui pour construire un avenir meilleur. »

Il lance également un appel aux parents, aux aînés et aux leaders communautaires afin qu’ils accompagnent davantage les initiatives des jeunes.

« Arrêtons de décourager les filles et les fils de notre région. Ne faisons pas du Djôrô une région où les jeunes rêvent uniquement d’être employés. Faisons-en une terre d’entrepreneurs, de créateurs de richesses et d’innovateurs. Croyons en notre potentiel et visons grand », a-t-il conclu.

Dalou Mathieu Da 

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