Il n’était pas seulement un homme de Dieu; il était un bâtisseur de ponts et un secouriste de l’urgence. Samedi 6 décembre 2025, six mois après son décès, le Pasteur sié Joël Dah a été honoré lors d’une cérémonie d’hommage remplie d’émotion, réunissant à son domicile ses amis, sa famille et les innombrables personnes qu’il a touchées.

Décédé le 15 juin 2025, le Pasteur Dah a vu son héritage magnifié par des témoignages qui ont dressé le portrait d’un homme d’une générosité radicale. La cérémonie avait une signification particulière pour les proches n’ayant pu assister aux funérailles initiales. Kambou Sansan Jonas, le frère cadet du défunt, a justifié l’événement. « Ce n’est pas une répétition des funérailles. Au décès de mon grand-frère, ma grande sœur et moi n’étions pas là. En tant que Lobi ou Birifor, c’est une manière pour nous d’accompagner la grande sœur à vivre son deuil. Dans pareille situation, on a besoin des gens autour de nous », a-t-il expliqué.

L’objectif à travers cette cérémonie était d’offrir un moment de reconnaissance à la hauteur des bienfaits d’un homme dont l’impact a largement dépassé les murs de son église. Les témoignages ont convergé pour dépeindre Sié Joël Dah comme un homme ouvert à tous, connu de toutes les congrégations religieuses, et prêt à courir pour subvenir aux besoins des inconnus. Son frère se souvient d’une anecdote particulièrement marquante, illustrant son humilité et son sens de l’urgence. « Une femme est venue crier au secours pour son enfant souffrant. Joël se lève tout sale du travail, prend l’enfant et se rend directement à l’hôpital. Il était tellement sale et en sueur que les gens ne savaient pas que c’était un pasteur. » Ironiquement, des vendeuses de la pharmacie l’auraient même insulté, croyant qu’il avait attendu trop longtemps pour amener l’enfant. « Il venait au secours de l’enfant juste pour lui sauver la vie », a précisé son frère.
Un Rocher pour la Famille et la Communauté
Pour sa sœur cadette, Marie Chauvet/Kambou, le pasteur Sié Joël Dah était le réconfort incarné. « Il est mon aîné de deux ans. On s’est toujours soutenus. En 2016, lorsque j’ai perdu mon mari en France, c’est lui qui était à mes côtés pendant tout mon deuil pour tout faire. Sa présence m’a fait tellement de bien. » Elle ajoute, avec une émotion palpable, « Je n’arrive toujours pas à accepter son départ, je trouve que c’est trop tôt. C’est pourquoi j’ai tenu à lui rendre cet hommage. »

Le Pasteur Dah laisse également un héritage culturel et communautaire important. Il fut l’un des initiateurs des groupes musicaux des églises protestantes évangéliques à Gaoua et a lutté activement pour la cause de la communauté Birifor à travers l’organisation et sa participation à de nombreux séminaires dédié à la langue birifor. Pasteur Sami Daniel Tioyé a travaillé auprès de lui à l’école Biblique Emmanuel où le pasteur Sié Joël Dah a été directeur. « Il ne m’a jamais méprisé. Les conseils du pasteur Sié Joël Dah ont participé à me construire. C’est un homme de vision. Il m’a toujours dit de viser toujours loin, il m’a toujours encouragé et soutenu. Il se sacrifiait à l’école sur le plan pédagogique que financier pour que l’école avance. C’est lui qui m’a apporté son aide financière pour que je poursuive mes études », a-t-il temoigné.

De Gaoua à Malba, en passant par Batié, des pasteurs ont témoigné à tour de rôle de sa contribution essentielle à la réussite de leur parcours scolaire, professionnel, familial et spirituel.
Des chants vibrants ont été entonnés tout au long de la cérémonie, dont une chanson composée spécialement pour lui par Dani Régué, un artiste marqué par sa sagesse lors d’un séminaire birifor.
La famille a profité de l’occasion pour remercier toutes les personnes qui ont soutenu les proches, de près ou de loin, dans cette épreuve.
Antoine BICABA











