Le Tribunal de grande instance (TGI) de Gaoua a jugé, le mardi 13 janvier 2026, une affaire de pratique de sorcellerie aggravée qui oppose la jeunesse aux aînées. Quatre orpailleurs, Siébou, Sanbou, Ollobou et Tôhbou ( noms d’emprunt), ont été condamnés pour avoir violemment pris à partie deux vieilles femmes, Kôpinè et Kôdinè ( noms d’emprunt), qu’ils accusaient d’avoir mystiquement volé la tête et la côte de leur frère.
Des songes à l’agression
Tout part de la maladie de Dabou ( nom d’emprunt), le frère des prévenus. Persuadé d’être victime de pratiques occultes, le malade affirme voir en songe les deux vieilles femmes l’attaquer. Plus grave encore, il soutient que Kôpinè lui aurait enlevé la tête et Kôdinè, les côtes.
Sous l’effet de la colère, les quatre jeunes s’associant à d’autres jeunes du village décident de prendre l’affaire à bras le corps avant que ne sonne le glas. Les deux grand-mères sont interpellées de force et rouées de coups de verges. L’une des victimes témoigne avec douleur. « Ils m’ont frappée et m’ont ordonné de remettre la côte. Ils m’ont forcée à m’agenouiller pour masser ses côtes. C’est ainsi qu’ils ont dit que j’ai remis la côte».
À la barre, les magistrats du siège et le procureur ont confronté les prévenus à l’incohérence de leurs accusations.
« Est-ce interdit de tomber malade ? Quand votre frère est tombé malade, est-il allé à l’hôpital ? », a lancé le président du tribunal. Tôhbou a répondu par l’affirmatif. Et au président de reprendre si leur frère a eu un traitement pourquoi encore accuser les vielles d’être à l’origine de sa maladie. Les prévenus ont justifié que leur frère voyait les vielles dans ses rêves.
Selon le juge du siège la maladie fait partie de la vie et ne saurait justifier des violences sur des personnes âgées.
Le procureur, pour sa part, démonte méthodiquement les accusations : « Avez-vous déjà entendu qu’on enlève une côte sans chirurgie ? »,« Quand votre frère dit qu’elles ont enlevé sa tête, sa tête était-elle là ou pas ? », a interrogé le procureur. « Sa tête était là », a admis Siébou, l’un des prévenus, incapable d’expliquer comment une tête peut être enlevée sans chirurgie ni changement physique. Le procureur a aussi questionné les prévenus sur leur compréhension même de la sorcellerie, à laquelle ils admettent ne rien connaître.
Bien que les prévenus aient fini par reconnaître leurs torts et exprimé des regrets en invoquant l’aveuglement de la colère, la loi est restée inflexible sur la protection de l’intégrité physique et de la dignité humaine.
Au terme des débats, les quatres jeunes écopent d’une peine de trois ans d’emprisonnement, dont 18 mois ferme, ainsi qu’une amende de 500 000 francs CFA. Le délibéré final de ce procès, qui sert d’avertissement contre la stigmatisation des personnes âgées, est attendu pour le 03 février 2026.
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