Le vendredi 17 octobre 2025, le Centre de formation Camille Kambou de l’Association pour la Promotion Féminine de Gaoua (APFG) a accueilli une activité pas comme les autres. Une trentaine de jeunes filles élèves y ont pris part à une formation pratique sur la fabrication de serviettes hygiéniques réutilisables à base de matériaux locaux.
Initiée par le Réseau Afrique Jeunesse, avec le soutien technique et financier de l’ICESCO et de la Fondation HEYDAR Aliyev (AZERBAIDJAN), cette session s’inscrit dans le cadre du Projet de soutien éducatif et social aux filles déplacées internes et des internats au Burkina Faso. L’objectif : renforcer l’autonomie et le bien-être des jeunes filles, tout en promouvant une gestion saine et durable de l’hygiène menstruelle.

Pendant près de sept heures d’apprentissage intensif, les participantes, attentives et appliquées, ont suivi les instructions de leur formatrice dans une ambiance conviviale d’échanges et de découvertes. Aiguilles, fils, ciseaux et tissus en main, elles ont appris à concevoir un produit essentiel à leur santé.
Après une démonstration pratique à base du tissu traditionnel « kôkô donda », chacune s’est exercée à la découpe, à l’assemblage et à la couture à la main, jusqu’à obtenir une serviette hygiénique réutilisable complète.

Selon Madame Lingani Dorice, chargée du genre au Réseau Afrique Jeunesse, l’initiative vise un but précis : donner aux filles les moyens de leur autonomie. « Cette formation a pour but d’aider les jeunes filles à savoir confectionner des serviettes hygiéniques réutilisables pour leur santé et leur bien-être », a-t-elle indiqué.
Pour Palé Oho Olive, la formatrice, l’enjeu va au-delà de l’apprentissage d’une simple technique. Il s’agit aussi d’un engagement en faveur de la santé publique et de la protection de l’environnement.
« Les cotons jetables que les femmes utilisent comportent beaucoup de risques. Ce que nous faisons ici est plus sain, lavable et réutilisable. Je conseille à ces jeunes filles d’en faire un véritable métier et de transmettre ce savoir à d’autres », a-t-elle confié.
Les participantes, enthousiastes, ont perçu cette formation comme une véritable opportunité. Pour Samiratou, élève participante, l’expérience est avant tout un acte d’émancipation : « Il est très important pour nous d’apprendre à fabriquer nos serviettes nous-mêmes. Nous allons mettre cela en pratique pour éviter d’utiliser celles qui viennent d’ailleurs. »
Sa camarade Sankara Shaïdatou partage le même enthousiasme :« Cette formation nous sera très utile. De retour chez nous, nous montrerons à nos sœurs comment couper et fabriquer, et nous pourrons même en coudre pour vendre. »
Du côté des encadreurs, l’initiative est saluée comme une contribution majeure à la lutte contre un tabou persistant. Dabiré/Hien Isabelle, agent au service de l’éducation inclusive de la direction de l’enseignement secondaire du Djôrô, estime que cette activité aide à lever le voile sur un sujet souvent passé sous silence : « Cette formation est la bienvenue. Elle aidera nos jeunes filles à mieux gérer leurs menstrues, un sujet tabou qui entraîne parfois des abandons scolaires. »
À l’issue de la formation, les organisateurs nourrissent de fortes attentes. « Nous espérons qu’elles sauront confectionner elles-mêmes ces serviettes, les enseigner à leurs camarades et progressivement remplacer les serviettes jetables par celles-ci, pour leur santé et pour réduire les coûts », a ajouté Madame Lingani Dorice.
Cette activité s’inscrit dans une dynamique nationale, avec des formations similaires prévues à Kaya, Ouahigouya et Banfora. Partout, le message est le même : rendre les filles actrices de leur bien-être et de la préservation de l’environnement.
Au-delà de la simple acquisition d’un savoir-faire, cette initiative marque une véritable transformation sociale. En brisant le silence autour des règles et en valorisant les matériaux locaux, elle redonne confiance à ces jeunes filles. À travers leurs aiguilles et leurs pagnes, elles deviennent à Gaoua les ambassadrices d’une génération consciente, entreprenante et fière de son identité.
Wono DA







