Femmes battantes : Madame Ouattara, l’étincelle du « consommons local » dans le Djôrô

Dans les ruelles du secteur 08 de Gaoua, à un jet de pierre de l’hôtel administratif, une odeur suave de néré, de moringa et de karité flotte dans l’air. C’est ici que bat le cœur de la Société coopérative Maneg Tissé (SCOOP). À sa tête, une figure de proue de l’entrepreneuriat féminin : Madame Ouattara, née Da Nébala Salimata. Véritable ambassadrice de la valorisation des ressources territoriales, elle a transformé les produits forestiers non ligneux en un levier d’émancipation pour toute une communauté.

L’aventure de Salimata Ouattara ne s’est pas construite dans l’opulence, mais dans la sororité. Tout commence en 2012 à Dori, dans le Sahel burkinabè. Épouse d’un agent des Eaux et Forêts, elle observe, avec d’autres femmes de sa condition, la nécessité de s’unir pour briser l’isolement économique. « Au départ, nos activités se limitaient à des cotisations pour des soutiens mutuels lors d’événements sociaux », se souvient-elle.

Mais l’ambition de ces femmes dépasse rapidement le cadre de l’entraide ponctuelle. Sous l’impulsion de Salimata, elles sollicitent l’expertise de leurs époux pour identifier des activités génératrices de revenus pérennes. La décision est prise, elles se tourneront vers la transformation des richesses de la forêt. Grâce à l’appui du directeur régional de l’Action humanitaire de l’époque, 45 femmes bénéficient d’une formation initiale. Munie de sa seule détermination et de « moyens du bord », Salimata Ouattara entame alors sa mue en chef d’entreprise.

L’Ascension de Maneg Tissé : De l’Artisanat à la certification

Le destin conduit la famille Ouattara à Gaoua en 2014. Ce déménagement, loin de freiner l’élan de Salimata, devient le catalyseur d’une nouvelle étape. Elle fonde l’association Maneg Tissé, qui regroupe une vingtaine de femmes et hommes dynamiques de la cité de Bafuji.

Le passage de l’informel à la structure professionnelle se concrétise en novembre 2020. L’association se transfome en Société Coopérative (SCOOP), franchissant un palier décisif pour l’obtention d’une certification de l’agence de coopération allemande GIZ. Cette reconnaissance internationale valide la rigueur des processus de production et ouvre les portes de marchés jusqu’alors inaccessibles.

Une alchimie naturelle aux mille vertus

Aujourd’hui, Maneg Tissé est une véritable référence du goût et du soin naturel. La diversité du catalogue est impressionnante et témoigne de l’inventivité de sa promotrice. Le moringa se décline en piment, huile, savon et infusions. Le baobab (ou pain de singe) est métamorphosé en jus onctueux, en biscuits croquants ou en huiles cosmétiques.

Le savoir-faire de la coopérative s’étend également au néré (café, soumbala sous forme de moutarde ou de conserves), au neem, à la balanites et au karité. La gamme de savonnerie, quant à elle, rivalise avec les plus grandes marques : avocat, miel, aloé vera, carotte ou encore clou de girofle. Chaque produit est une promesse de santé et d’authenticité, loin des additifs chimiques.

La transmission comme sacerdoce

Pour Madame Ouattara, le succès ne vaut que s’il est partagé. Elle refuse catégoriquement la rétention d’information. « Si tu gardes tes connaissances pour toi seule, c’est du mal que tu fais à des milliers de personnes », affirme-t-elle avec conviction. Cette philosophie fait de Maneg Tissé un centre d’apprentissage permanent. Des centaines de femmes rurales, mais aussi des étudiants du Centre universitaire de Gaoua, viennent y apprendre les secrets de la transformation. La patronne est réputée pour son intransigeance sur la qualité. Pour elle, le « naturel » n’est pas un argument marketing, mais une règle d’or qu’elle inculque à chaque stagiaire.

Un rayonnement par-delà les frontières

Le combat pour le « consommons local » porte ses fruits. Les produits de la SCOOP Maneg Tissé trônent désormais sur les étagères des alimentations de la région du Djôrô et de la capitale, Ouagadougou. Mieux encore, ils s’exportent. Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire, Gabon, Togo et même la France. Le savoir-faire burkinabè voyage.

Habituée des grands rendez-vous comme le SIAO (Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou) ou le FESPACO, Madame Ouattara porte haut les couleurs du Djôrô. Ces succès lui ont valu, le 11 décembre 2023, la distinction de Chevalière de l’Ordre du mérite, une décoration qui vient couronner des années de labeur acharné.

Défis et perspectives : L’ambition de l’industrialisation

Tout n’est pourtant pas rose sur le chemin de l’entrepreneuriat. Madame Ouattara pointe du doigt des obstacles structurels persistants. L’approvisionnement: certaines matières premières, comme la balanite, doivent être acheminées depuis Kèlbo, entraînant des délais de livraison de plusieurs mois.

Le packaging : La rupture de stock d’emballages spécifiques à Ouagadougou oblige parfois à changer de format, semant la confusion chez une clientèle habituée à un visuel précis.

Le financement : Le besoin de fonds de roulement pour l’achat massif de matières premières reste un frein à une expansion plus rapide.

Malgré l’appui de partenaires comme PAFA-4R et REDD+ Burkina, Salimata Ouattara voit plus grand. Son rêve ? Transformer Maneg Tissé en une unité industrielle de référence, capable d’offrir des emplois permanents à des dizaines de jeunes et de fonctionner à plein régime toute l’année.

Une leçon de vie

À la jeunesse burkinabè, Madame Ouattara offre une métaphore en guise de conseil : « Quand un enfant naît, il apprend d’abord à s’asseoir, ensuite à ramper, puis à marcher. C’est ainsi que toute chose évolue ». Par cette image, elle rappelle que la patience et la passion sont les piliers de toute réussite durable.

En faisant rimer tradition forestière et modernité économique, cette femme battante du Djôrô prouve que la richesse du Burkina Faso ne réside pas seulement dans son sous-sol, mais dans les mains expertes de ses filles.

Wonomana DA

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