Femmes battantes du Djôrô : Suzanne Hien, une artisane du changement au service de l’employabilité féminine à Diébougou

À Baagane, au secteur 2 de la commune de Diébougou, dans la province de la Bougouriba, le cliquetis régulier des métiers à tisser rythme le quotidien d’un centre pas comme les autres. Ici, au cœur de la coopérative « Poli Vaahirou », les fils ne servent pas seulement à produire le pagne Faso danfani ; ils tissent aussi des destins, forgent des autonomies et ouvrent des perspectives d’avenir à des centaines de jeunes filles.

À la tête de cette initiative, Suzanne Hien s’impose comme une figure emblématique de l’entrepreneuriat féminin local. Bien plus qu’une artisane, elle est aujourd’hui une actrice engagée de la lutte contre le chômage et de l’autonomisation des femmes, à travers la formation professionnelle et la promotion du savoir-faire endogène.

Formée durant trois années au métier de tissage, Suzanne Hien fait le choix, dès 2005, de transformer son apprentissage en levier d’impact social. Son ambition : transmettre son savoir et offrir à d’autres jeunes filles les moyens de construire leur autonomie. « Mon ambition était d’aider mes sœurs à apprendre un métier pour garantir leur avenir », a-t-elle confié

Elle débute modestement avec trois apprenantes à domicile, dans le village de Nicéo. Mais très vite, son engagement et sa détermination suscitent l’adhésion. Installée par la suite à Diébougou, elle structure son activité en créant un véritable centre de formation, adossé à une coopérative dont elle est la présidente. Le nom « Poli Vaahirou », qui signifie « jeunes filles, levez-vous » en langue dagara, reflète à lui seul l’esprit de cette initiative.

Aujourd’hui, le centre accueille 28 apprenantes réparties sur trois niveaux de formation. Mais l’impact de Suzanne Hien dépasse largement ces chiffres. Au fil des années, de nombreuses femmes formées se sont installées à leur propre compte, aussi bien à Diébougou que dans des localités comme Gaoua, Dano, Bouroum-Bouroum ou encore Tiankoura.

Une apprenante au centre

Ce modèle, basé sur la formation et l’auto-emploi, constitue pour elle une réponse concrète aux défis de l’insertion professionnelle des femmes dans la région. En favorisant l’acquisition de compétences pratiques, la coopérative contribue à réduire le chômage féminin, à stimuler l’esprit entrepreneurial et à valoriser les produits locaux, notamment le Faso danfani. « Quand je vois mes apprenantes évoluer et travailler dans plusieurs localités, c’est une grande fierté », s’est-elle réjouit.

L’engagement de Suzanne Hien a convaincu plus d’un. En décembre 2024, elle a été décorée par l’État burkinabè, recevant la Médaille du Mérite avec agrafe Artisanat, une distinction qui consacre son apport au développement socio-économique.

Mais derrière cette reconnaissance se cachent des réalités plus complexes. Le centre fait face à d’importantes contraintes financières et matérielles. Les frais de formation, souvent modestes, servent à la fois à entretenir les machines, à acquérir les fils et à assurer le fonctionnement du centre. « Quand les scolarités tardent, tout devient compliqué. Et souvent, nous manquons de moyens pour accompagner les filles en fin de formation », a-t-elle expliqué. À cela s’ajoutent des défis d’infrastructures, notamment l’absence de clôture sécurisée pour un centre qui accueille également des apprenantes en internat.

 

Malgré ces obstacles, Suzanne Hien poursuit son combat avec résilience. Grâce à l’appui du ministère en charge de l’Artisanat et au soutien du Conseil régional du Djôrô notamment pour la construction du bâtiment, la coopérative continue de fonctionner et de se développer.

Et les ambitions restent intactes. « Agrandir le centre, améliorer les conditions d’apprentissage et doubler les capacités d’accueil pour toucher encore plus de jeunes filles », a-t-elle souhaité.

Forte de son expérience, Suzanne Hien lance un appel aux jeunes filles. S’orienter vers l’apprentissage des métiers, gage d’indépendance et de dignité. « Même si ce n’est pas le tissage, il est essentiel que chaque fille apprenne un métier pour pouvoir s’en sortir dignement. Il faut être dynamique et battante », conclut-elle.

Wonomana DA

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