Le teint clair, le regard souligné par des lunettes transparentes et un sourire généreux toujours aux lèvres, Ella Dambon Kambou dégage une assurance naturelle. Dans la région du Djôrô, elle fait partie de ces femmes qui tracent leur chemin avec détermination, transformant chaque obstacle en opportunité. À la tête de son « Salon de coiffure Doigts Magiques », cette figure inspirante de l’entrepreneuriat à Gaoua ne se contente pas de coiffer : esthéticienne et formatrice passionnée, elle a fait de ses mains un véritable levier d’émancipation pour elle-même et pour ses paires. Portrait d’une femme d’action qui façonne l’avenir, mèche après mèche.
L’histoire d’Ella Dambon Kambou commence sur les bancs de l’école primaire, entre 1992 et 1993. Encore élève, elle profite de son temps libre et des vacances pour pratiquer la coiffure traditionnelle au fil. Son objectif était de subvenir elle-même à certains de ses besoins scolaires. « Je le faisais pour pouvoir acheter mes vêtements d’école à la rentrée », confie-t-elle.
Très tôt, elle comprend que son talent est un atout. Mais le chemin n’est pas linéaire. Elle quitte l’école en classe de 3e et tente l’aventure en Côte d’Ivoire. Là-bas, elle poursuit son apprentissage en autodidacte, perfectionnant son art au contact d’une clientèle variée.
De retour au Burkina Faso en 2004, elle ouvre son premier salon à Gaoua au secteur 5 près de la Sonaposte. Déterminée à faire reconnaître officiellement son savoir-faire, Ella entreprend des démarches pour obtenir un diplôme professionnel. Conseillée par une consœur de Bobo-Dioulasso, elle s’inscrit au Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) et l’obtient avec succès. Quelques années plus tard, elle décroche également le Brevet de Qualification Professionnelle (BQP). Ces diplômes seront déterminants pour elle sur le plan administratif. « Mais avant même de les avoir, je maîtrisais mon métier et je formais déjà des filles », souligne-t-elle avec assurance. Aujourd’hui, forte de son expertise, elle est régulièrement sollicitée pour présider ou corriger les examens du CQP et du BQP dans la région.
Être discipliné, rigoureux pour réussir
Rigueur, constance, discipline et persévérance : telle est l’essence de son parcours. Ella Kambou dirige désormais deux ateliers à Gaoua et forme chaque année jusqu’à six jeunes filles, dont plusieurs sont présentées aux examens professionnels.
Le nom « Doigts Magiques » est né de son expérience ivoirienne. « Quand je coiffais, mes clientes étaient ravies. Elles disaient madame, mais vous coiffez très bien ! Je leur répondais souvent que j’avais des doigts magiques. À mon retour, j’ai décidé d’en faire le nom de mon salon », a-t-elle signifié.
De la coiffure aux soins esthétiques (gommage, soins du visage, manucure), Ella diversifie ses compétences et transmet un principe fondamental à ses apprenantes : « Mon conseil aux apprenantes est de ne pas dormir. Si tu optes pour un métier, il faut l’aimer et te battre pour l’apprendre. »
Une formatrice engagée pour l’autonomisation
En 2016, elle affirme avoir formé 164 femmes en collaboration avec l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE). Elle a également formé des personnes vivant avec un handicap, aujourd’hui installées à Kpuéré. « Aujourd’hui, je suis très satisfaite », se réjouit-elle. Au fil des années, nombreuses sont celles qui, passées entre ses mains, ont ouvert leur propre salon et conquis leur indépendance financière.
Parmi elles, Palenfo N. Séphora. Elle a débuté sa formation en février 2014. Après trois ans auprès de la formatrice Ella, elle ouvre son salon en 2017 et vit bien de son activité. Grâce à son salon de coiffure, Sephora s’est offert sa première moto en 2020. «Si tu suis ses conseils, tu réussis. J’ai ouvert mon salon en 2017, mais je continue de venir vers elle pour bénéficier de son expérience. Nous sommes nombreuses à nous en sortir grâce à elle. J’ai appris au-delà de la coiffure l’entrepreneuriat avec elle » a confié Sephora.

Une reconnaissance nationale
Son professionnalisme dépasse les frontières locales. Elle participe à des compétitions internationales, notamment à Accra, Dakar, … et collabore avec des acteurs majeurs du secteur tels que l’ANPE et l’Association des Coiffeuses et Esthéticiennes du Burkina. Son engagement pour la cause féminine et le développement local a été salué en 2023 par une distinction honorifique. En effet, elle a été faite Chevalière de l’Ordre du Mérite du Développement Rural, avec agrafe Artisanat, par la Grande Chancellerie des Ordres burkinabè.

Une femme de réseau et de responsabilités
Très active dans le milieu associatif, Ella Kambou a été présidente de l’association des coiffeuses de 2011 à 2025, vice-présidente de la Caisse Populaire de Gaoua de 2009 à 2017, présidente du COGES Femme et membre de la délégation spéciale régionale du Djôrô, où elle représente la coordination des femmes. Son ambition aujourd’hui est d’ériger son atelier en un centre de formation moderne et pleinement reconnu.
Un message aux jeunes filles
À la jeunesse féminine, elle adresse un appel à la détermination et à l’engagement. «J’invite les femmes à se battre, à travailler pour elles-mêmes. C’est de ne pas s’asseoir à la maison et dire qu’il n’y a pas de travail. Allez-y à la rencontre des opportunités. Il faut être sérieuse. Les opportunités existent aujourd’hui pour les filles, il faut les saisir », a laissé entendre Ella.
Partie d’une simple passion d’écolière, Ella Kambou a su transformer ses mains en instruments d’émancipation. À Gaoua, elle ne coiffe pas seulement des cheveux : elle façonne des parcours, redonne confiance et tresse, mèche après mèche, l’avenir de toute une génération de femmes du Djôrô.
Wonomana DA












Waouh formidable, Dieu vous accompagné dans votre travail.