Femmes battantes du Djôrô : à Gaoua, Bohintchèda transforme la bouillie en symbole de dignité

Elles sont nombreuses ces femmes qui, chaque matin, se lèvent aux premières heures du jour pour installer leurs petits commerces à Gaoua. Elles apportent chaleur et réconfort aux usagers non pas avec du thé ou du café, mais avec un mets simple et apprécié qu’est la bouillie. Parmi ces femmes battantes figure madame Hien/Kambou Bohintchèda, une vendeuse de bouillie dont l’engagement dans cette activité remonte à plus de quatre décennies.

Chaque matin, sous son hangar situé à environ 300 mètres à l’ouest du Lycée provincial Bafuji de Gaoua, une odeur appétissante de bouillie chaude au mil séduit. À côté, le crépitement de l’huile dans la poêle annonce la préparation des galettes qui dorent lentement. Ce mélange de parfums attire les passants et crée une ambiance conviviale. Les clients se succèdent : élèves pressés avant le début des cours, travailleurs matinaux ou habitants du quartier venus prendre un petit-déjeuner rapide. Entre salutations, plaisanteries et commandes lancées à la vendeuse, l’endroit se transforme en un véritable point de rencontre matinal où se mêlent saveurs locales, chaleur humaine et animation du quotidien.

Derrière cette casserole fumante se tient Bohintchèda, une femme dont l’expérience dans la vente de bouillie remonte à plus de 40 ans. Selon ses confidences, son aventure dans ce métier a débuté très tôt dans sa jeunesse à Gaoua. À l’époque, elle aidait une dame du quartier dans la préparation et la vente de la bouillie. Une expérience qui lui a permis d’apprendre progressivement les secrets du métier et de se familiariser avec cette activité génératrice de revenus.

Forte de cet apprentissage, elle décide par la suite de se lancer à son propre compte. « Au début, je ne vendais que la bouillie », a-t-elle confié. Mais, face aux attentes de la clientèle et dans le souci d’améliorer ses recettes, elle diversifie progressivement son offre en y ajoutant des galettes. Un choix stratégique qui s’est révélé payant, car ces accompagnements attirent davantage de clients et dynamisent son commerce.

Pour cette mère courageuse, cette activité est bien plus qu’un simple commerce. « J’ai choisi de me battre ainsi pour subvenir à certains de nos besoins, car une femme ne doit pas rester sans rien faire », a-t-elle affirmé avec conviction.

Aujourd’hui, sa clientèle est aussi diverse que fidèle. Les élèves constituent la grande majorité, surtout aux premières heures de la matinée. À leurs côtés, on retrouve des travailleurs, des commerçants et des habitants du quartier qui s’arrêtent pour savourer un petit-déjeuner chaud avant de commencer la journée. Au fil des années, son commerce est devenu un repère pour de nombreux habitants de la ville.

Plusieurs anciens élèves du lycée, devenus aujourd’hui fonctionnaires ou travailleurs, continuent d’ailleurs de faire halte chez elle lorsqu’ils passent dans le quartier. C’est le cas de Dimitri Lèwa Kambou, l’un de ses fidèles clients. « Depuis 2003, je consommais sa bouillie lorsque j’étais élève au lycée bafuji et habitant du quartier. En 2010, je suis allé poursuivre mes études supérieures à Ouagadougou. Quand je suis revenu en 2016, j’ai renoué avec sa bouillie et ses galettes », a-t-il témoigné.

Lèwa Dimitri Kambou

Paulin Da, un autre client de longue date. « Depuis que j’étais élève au Lycée provincial Bafuji, je buvais sa bouillie. Aujourd’hui encore, je continue d’en boire », confie-t-il, tout en savourant tranquillement son petit-déjeuner.

Malgré la fidélité de ses clients, le parcours de Bohintchèda n’a pas été exempt de difficultés. À un moment donné, elle a été contrainte de suspendre temporairement son activité en raison de la hausse du prix du mil, principale matière première utilisée dans la préparation de la bouillie. Mais rester inactive n’était pas une option pour elle. « Comme je ne faisais rien, je me sentais mal à l’aise. J’ai alors repris. Beaucoup m’encouragent à ne pas abandonner. C’est vrai que c’est difficile, mais c’est une activité qui nourrit son homme », a-t-elle expliqué.

Au début de son commerce, elle a également dû faire face au regard méprisant de certaines personnes qui considéraient la vente de bouillie comme un métier réservé aux femmes âgées. Elle se souvient notamment d’un épisode qui l’a marquée. « J’avais avec moi une jeune fille qui m’aidait à vendre. Un jour, quelqu’un est venu lui dire d’abandonner et d’aller chercher un autre travail, parce que la vente de bouillie n’était pas une activité pour les jeunes filles », a-t-elle raconté.

Malgré ces jugements, Bohintchè comme l’appellent ses proches est restée fidèle à son activité. Aujourd’hui, elle est devenue une véritable référence dans le quartier en matière de bouillie, incarnant la persévérance et la dignité du travail.

À travers son parcours, elle lance également un message aux jeunes filles. Pour elle, aucun travail honnête ne doit être méprisé. « Si tu entreprends dans ce genre de métier, il faut t’armer de courage, d’humilité et de patience, car les gens chercheront toujours à te décourager », a-t-elle conseillé.

Convaincue que le travail et la détermination finissent toujours par payer, elle estime que toute activité menée avec foi et dignité peut conduire au succès.

Elle conclue qu’à travers son commerce modeste mais constant, elle incarne ainsi le courage silencieux de ces milliers de femmes qui, chaque matin, participent à faire vivre l’économie locale tout en apportant chaleur et solidarité au cœur de leur communauté.

Wonomana DA

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