Burkina/ Littérature : « Le livre est au cœur de tout » Kadidia NEBIE, Volontaire pour la Défense du Livre ( VDL)

Les librairies reçoivent régulièrement de nouvelles parutions d’œuvres qui portent la griffe d’auteurs burkinabè. En effet, de plus en plus de burkinabè prennent la plume et couchent leurs idées. Ces auteurs écrivent pour raconter leurs vécus, transmettre des savoirs, promouvoir les valeurs socio culturelles du terroir. Si le livre s’écrit, sa promotion reste tout de même problématique. En effet, très peu d’auteurs arrivent à vulgariser leurs œuvres par manque d’espace médiatique. Que vaut un livre sans lecteurs ? Ayant constaté que la presse burkinabè s’intéresse moins à la littérature, Kadidia NEBIE, jeune journaliste passionnée de lettres s’est donnée pour mission de mettre en place en 2022 un site dédié aux livres. Elle fait appeler la presse, Ladika. Kadidia NEBIE en Volontaire pour la Défense du Livre (VDL) va ainsi se donner corps et âme à la défense du livre et à la valorisation de la lecture au sein des populations. Mais pourquoi faire la promotion du livre ? Que fait Ladika pour amener les burkinabè à s’intéresser davantage à l’univers du livre ? Quelle place la femme doit occuper dans l’espace littéraire burkinabè ?

 Nous avons posé ces questions à la fondatrice et Directrice de publication de Ladika. La VDL revient dans les lignes qui suivent sur sa passion et son engagement pour le livre.

Lisez plutôt !

« Le livre mérite une vraie voix», Kadidia NEBIE

Bafujiinfos : Pourquoi une presse dédiée spécialement aux livres ?

Kadidia Nebié : Déjà, je dis merci à Bafujiinfos, pour cette fenêtre que votre média ouvre sur ma tribune nommée LaDika/le média du livre. D’entame, il sied de rappeler que ce média a vu officiellement le jour le 07 Février 2022. Sa mission s’articule exclusivement autour du livre. Pourquoi ? Parce que de mon expérience de journaliste, j’ai fait le constat que le livre est très peu abordé ou de façon occasionnelle, dans l’espace médiatique. Et je crois profondément que le livre mérite une vraie voix, exclusive pour porter sa cause. On parle de politique, de musique, de sport, de science mais très peu de livre. Pourtant, le livre est au cœur de tout : c’est lui qui forme, qui éveille, et construit les consciences.

Créer donc une presse dédiée au livre, c’est ma façon à moi de redonner au livre la place qu’il mérite, de créer un pont entre les auteurs et le public, et tous les acteurs qui font vivre le livre. Et surtout de montrer que la lecture n’est pas un luxe, mais une nécessité pour grandir individuellement et collectivement.

Pourquoi LaDika ? Qu’est-ce que ce nom vous inspire ?

(Rire) C’est une question qui m’est adressée en permanence. Je profite donc de votre canal pour faire l’éclairage. Il faut dire que je dois beaucoup au livre. Je suis en très grande partie, forgée par le livre. Et pour traduire cette reconnaissance, j’ai choisi de faire porter mon prénom «Kadi» au média dédié au livre. Mais pour faire subtile, j’ai usé du verlan qui donne Dika et pour insister sur la touche féminine j’ai choisi de l’accompagner avec le déterminant «La» et nous avons tout simplement le beau rendu «LaDika». Il faut dire que ce nom résonne très fort en moi et symbolise une sorte de cri doux: celui de la jeune fille, du lecteur, de l’auteur, de l’écrivain, du livre qui dit « je veux être entendu ». Et j’aimerais que Ladika traduise aux yeux de tous, la détermination, la curiosité et la passion du livre sous toutes ses formes.

«Nous faisons du livre une expérience vivante »

Que faites-vous concrètement à LaDika ?

À LaDika, nous faisons du livre une expérience vivante. Nous menons des campagnes de valorisation des auteurs africains, organisons des rencontres littéraires, et offrons une visibilité médiatique aux écrivains à travers des portraits, interviews, critiques et couvertures d’événements. Pour faire plus technique, nous faisons la diffusion.

Nous avons aussi des campagnes thématiques, comme « Lire pour se choisir, Femmes et Lecture, lire vrai », pour encourager la lecture comme outil d’émancipation . En résumé, nous faisons vivre le livre et ses acteurs à Ladika.

Trois ans déjà, que retenir ?

Beaucoup d’émotions, beaucoup d’apprentissage aussi comme dans toute aventure humaine. En trois ans, LaDika est passée d’une idée à une véritable communauté que je remercie infiniment. Nous avons remporté un trophée de la meilleure promotrice du livre africain, collaboré avec des auteurs et institutions, et surtout suscité un regain d’intérêt pour la lecture auprès des jeunes et des anciens.

Ce que je retiens surtout, c’est que quand la passion est sincère, elle finit toujours par créer du mouvement.

Trophée de la meilleure promotrice du livre africain

Comment appréciez-vous l’univers du livre et de la littérature au Burkina Faso ?

Je dirais qu’il est riche dynamique mais encore timide.

Riche parce que nous avons un grand intérêt pour l’écriture. Nous assistons à une grande poussée d’auteurs (es). De nouvelles parutions voient jour à une forte fréquence. Toute chose qui prouve qu’il y’a du dynamisme dans ce milieu culturel précisément littéraire du Burkina Faso. Je suis particulièrement touchée par les parutions qui portent et relatent notre contexte sécuritaire. Elles traduisent le fait que nos écrivains sont en phase avec leur époque et sont par conséquent dans l’élan et le souci de transmission de l’histoire de notre Faso, aux futures générations. Nous avons des auteurs de talent, des éditeurs engagés, et un public curieux, en témoignent corrélativement la formation des club littéraires et de lecture un peu partout mais il manque une vraie dynamique autour de la promotion et de la diffusion. De nos jours encore, on fait le constat, que des auteurs et autres acteurs de la chaîne du livre réfutent l’idée d’être sous les projecteurs. Il y’en a qui n’ont pas encore compris que le livre est un produit qui nécessite des stratégies de communication afin de mieux se vendre et voyager.

La lecture n’est pas encore perçue comme une habitude quotidienne et un investissement. On lésine encore à voter un budget pour se procurer des livres comme on s’offre des habits et autres gadgets. Pourtant, le potentiel est immense : il suffit d’allumer une étincelle pour voir les choses bouger.

Quelle place pour la femme dans la littérature selon vous ?

Une place centrale. La femme porte la parole, la mémoire, l’émotion. Quand elle écrit ou lit, elle transmet et participe au développement à tous les niveaux.

Je crois aussi que les femmes ne sont pas seulement au stade de consommation de la littérature : elles la produisent, la défendent, et s’en servent pour transformer les mentalités. Et c’est à applaudir.

Lire et écrire, pour une femme, c’est aussi une manière de se choisir, de s’affirmer et de se libérer.

Quelles difficultés rencontrez-vous dans la promotion du livre ?

Elles sont nombreuses : le manque de financement, la faible couverture médiatique, le peu d’espaces consacrés à la lecture, et parfois la faible culture de partenariat.

Mais malgré tout, chaque défi nous pousse, mon équipe et moi à innover, à chercher d’autres voies pour faire passer le message. Parce que quand on aime le livre, on apprend à contourner les obstacles comme on tourne les pages d’un roman (rire) et ce, avec espoir.

En tant que femme, avez-vous des difficultés particulières ?

Il faut dire que le paysage n’est pas un milieu à prédominance masculine surtout pour ce qui est de la production (l’écriture) et de la promotion. J’ai plutôt remarqué que c’est au niveau de l’édition que les hommes tiennent les rennes. Mais je n’y suis pas. Alors «Non» je ne rencontre pas de difficultés particulières liées à mon statut de femme mais j’y mise beaucoup d’énergie autant que les hommes parce que je veux que d’autres femmes voient à travers mon parcours qu’il est possible de s’imposer par la compétence, la rigueur et la passion.

Quelles suggestions pour une meilleure promotion du livre au Burkina ?

D’abord, donner plus de place au livre dans les médias.

Ensuite, impliquer les écoles et les collectivités dans des activités de lecture vivante. Également, je propose de valoriser les acteurs du livre comme les libraires, les promoteurs, et diffuseurs autant que cela se fait pour les auteurs, éditeurs, (à la Filo, à la SNC) parce qu’ils travaillent souvent dans l’ombre et en aval des auteurs et éditeurs pour que le livre vive et rayonne.

Le livre doit devenir une cause nationale, au même titre que la santé, le sport etc… Il est souvent entendu que le livre est un secteur de parents pauvres, pour dire que des parrains, sponsors et des mécènes hésitent à investir dans le livre et moi je réponds que si tous les acteurs du livre travaillent en synergie et se valorisent mutuellement, il y a de forte chance que l’industrie attirent de potentiels investisseurs et soit mieux promue.

«Être maîtresse de cérémonie, c’est une école de présence»

Vous êtes également maîtresse de cérémonie. Parlez-nous de cette autre passion !

La maîtrise de cérémonie, c’est une autre manière pour moi de communiquer et de valoriser la parole. Quand je prends le micro, je ressens la même émotion qu’en parlant d’un livre : celle de transmettre.

Être maîtresse de cérémonie, c’est une école de présence, d’écoute et de confiance en soi, Et j’aime utiliser cette plateforme pour porter des messages positifs, notamment sur la culture, la jeunesse et la lecture. N’hésitez donc pas à me confier la maitrise de vos cérémonies (rire)

Encore merci pour cette lucarne, Bon vent à Bafuji info, merci à mon équipe qui a embarqué dans cette aventure avec moi, merci à tous ceux qui nous soutiennent, et merci à tous d’adopter la lecture.

Dalou Matthieu Da

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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SIB Sansan Philippe Roland
SIB Sansan Philippe Roland
25 jours il y a

Une opportunité pour nous écrivain, tergiversant sous l’ombre de la négligence.

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