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Les Echos du Sud-Ouest

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MEMORIAL THOMAS SANKARA : Que gagne le tourisme burkinabè ?


Administrateur des services touristiques de son état, Serge Palenfo auteur du point de vue ci-desous s’interroge sur les avantages liés à l’érection d’un mémorial Thomas Sankara. Pour lui, notre pays aura tout à gagner, car, dit-il, « ceux-là qui parlent de son (mémorial Thomas Sankara) coût élevé, doivent comprendre que c’est un investissement qui va rapporter et fonder l’économie du Burkina Faso ». Lisez plutôt !

En érigeant un mémorial Thomas Sankara, nous amorçons le développement du tourisme politique qui est une forme de tourisme par laquelle on cherche à visiter des lieux dans lesquels s’incarnent une histoire, une tradition et un message politique.

Il s’apparente au tourisme culturel et au tourisme de mémoire, mais diffère dans l’application à fréquenter des sites qui témoignent de l’histoire ou de la culture politique du pays ou de la région. Quand ce tourisme est motivé par une fascination, voire un soutien aux idéologies, aux valeurs véhiculées, aux messages politiques portés par les événements se déroulant ou s’étant déroulés sur les lieux en question, on peut parler de tourisme militant.

Le tourisme politique peut être institutionnalisé par une instance politique pour servir sa propre visibilité, voire le message moral et politique qu’elle peut porter. Ainsi, l’association Jean Monnet encourage la visite des résidences des « Pères de l’Europe » pour favoriser « une connaissance plus approfondie de l’Union européenne et de son histoire », dans le but de consolider l’esprit européen et contrer « la montée de l’euroscepticisme ».

Certaines associations ou organismes peuvent favoriser la politique comme but de voyage, pour favoriser la compréhension de certains phénomènes qui animent la vie politique contemporaine. L’agence Via Civis en Europe, se présente comme une « agence de voyage politique » et propose des séjours permettant de découvrir et comprendre les choix politiques urbanistiques à Istanbul, le fonctionnement des institutions européennes à Bruxelles ou la transition post-conflit à Belfast en Irlande du Nord.

Le destin particulier de certaines personnalités politiques et médiatiques a incité des offices de tourisme et des municipalités à mettre en place des circuits de visites des lieux qui ont été fréquentés par ces personnalités, et qui ont pu soutenir le déroulement de leur parcours particulier.

En rappel, en 2015, le nombre des emplois touristiques au Burkina Faso s’élevait à 161 500 dont 71 000 directs et 90 500 indirects. En 2016, les recettes des établissements touristiques d’hébergement et celles des Agences de voyage et de tourisme s’élèvent respectivement à 49 537,5 millions de F CFA et 13 744,7 millions de F CFA. Dans la même année, les établissements touristiques d’hébergement ont enregistré 151 783 visiteurs pour le compte du tourisme récepteur et 336 568 visiteurs pour celui du tourisme interne. Sur la même période, on a enregistré 1 235 millions d’arrivées de touristes internationaux dans le monde, dont 58 millions d’arrivées en Afrique générant des recettes de 1 220 millions de dollars US.

La promotion de la destination Burkina Faso se fait sur la base d’un repère qui consiste en la division du pays en quatre zones touristiques à savoir : l’Est, le Sahel, l’Ouest et le Centre. Cette division est faite aussi bien sur la base des offres touristiques originelles que celles dérivées. Ainsi, l’Est avec ses parcs est propice à la pratique du tourisme de vision et du tourisme cynégétique. Cette forme de tourisme a prospéré à une époque de l’histoire de notre tourisme national. Le Sahel, avec les dunes de sable, se prête à la pratique du tourisme de randonnées. Quant à l’Ouest, c’est un tourisme beaucoup plus culturel qui y est développé. Le Centre avec ses infrastructures favorise le tourisme d’affaires.

Comme nous le savons tous, nous n’avons ni les pyramides d’Egypte ni les chutes du Niagara, encore moins la Tour Eiffel. Et les structures en charge de cette promotion ont de la peine à faire visiter ou revisiter notre pays. Le nombre de visiteurs au Burkina Faso est passé, en 2010 de 427 026 à 488 351 en 2016. Aujourd’hui la situation commande que nous redéfinissions de nouveaux repères pour notre tourisme, car nous n’avons pas su capitaliser certains acquis de par le passé ; ou du moins nous n’avons pas su faire preuve d’imagination.

Les aléas climatiques et l’érosion des sols sont des réalités qui compromettent indéniablement l’avenir de l’agriculture dans notre pays. L’or et tous les autres minerais sont tarissables et leur exploitation est déjà source de grands dommages pour l’environnement. L’un des seuls fondements durables pour notre économie est constitué des services, chose que le régime défunt avait donné l’impression de comprendre sans pour autant poser d’actes concrets pour matérialiser ses discours.

Notre position géographique en Afrique de l’ouest ne nous a malheureusement pas inspirés dès 1960. Et le président Sangoulé Lamizana avait su le résumer en ces termes : « La Haute Volta souffre beaucoup moins du manque de ressources naturelles que du manque d’imagination de ses fils. » Pire, par ignorance ou par volonté délibérée, le régime Compaoré a consenti d’énormes efforts pour effacer l’image du président Thomas Sankara, une icône de la Jeunesse africaine et au-delà. C’était pourtant simple. Il suffisait que Blaise Compaoré érigeât ce mémorial plus tôt et fît son mea culpa accusateur des forces obscures de l’impérialisme ayant abusé de sa jeunesse et de son inexpérience. Le peuple lui aurait sans doute pardonné s’il y avait consacré seulement deux de ses 27 ans de règne. S’il se plaçait dès le départ comme le champion du mémorial, ne se contentant pas de l’élever au rang de héros national, lui-même serait à ce jour un héros national.

L’inspirateur du développement endogène du Burkina Faso a été stoppé dans son élan, mais le souffle du progrès reste par son esprit. Ne soyons pas complices d’une seconde mort du président Thomas Sankara. Sa première mort est certes un assassinat mais, la seconde serait un génocide car, nous allons priver le peuple de son droit élémentaire au bien-être et le condamner à une paupérisation mortelle.

Thomas Sankara est un mythe, un mystère qui doit être entretenu pour donner espoir aux peuples opprimés, aux jeunes, aux femmes et aux Nations en quête de repères. Nous ne voulons pas épiloguer sur la paternité de la révolution d’août 83, mais nous intéresser à son principal animateur qui lui a donné vie et vitalité. La source de développement facile à notre sens, c’est le tourisme, les services. Et le mémorial ne profitera pas seulement à Ouagadougou mais aussi à l’ensemble du Burkina Faso puisque sa mise en tourisme passera par un recensement des vestiges de la révolution, c’est-à-dire les discours, les réalisations et les faits attribués au Président.

A cet effet, des circuits touristiques nationaux, régionaux et communaux avec des commentaires de guidage touristique pouvant aller de la naissance à l’inspiration de partis politiques en passant par son cursus scolaire et sa présidence et même son procès qui devra être suffisamment médiatisé pour servir de lancement à la promotion de notre tourisme politique.  Le mémorial n’est pas seulement pour la symbolique pour que des Burkinabè lui préfèrent un lycée international par exemple. C’est l’image du Burkina Faso dans le monde qu’il faut construire en se basant sur des préceptes usités par Thomas Sankara partout où il est passé pendant sa présidence.

D’aucuns estiment que sous le président Thomas Sankara, des souffrances ont été infligées à d’autres burkinabè. A ceux-ci, nous rappelons qu’aucune figure historique, de Lénine à Nelson Mandela en passant par Mao Zedong, n’est exempte de critiques négatives mais leurs pays s’identifient à eux. Intellectuels des villes, pensons aux couches défavorisées du Burkina Faso en arrêtant les envolées lyriques dont nous seuls avons le secret et créons le consensus autour de la figure pour un renouveau du Burkina Faso.

Nous n’avons pas autre choix car jusqu’à présent, aucun dirigeant du Burkina Faso n’a eu une vision aussi claire du développement humain. Ne nous tirons pas une balle dans le pied car de jeunes leaders politiques d’ailleurs comme Julius Malema, se disent inspirés par Thomas Sankara. Ils viendront tous en « pèlerinage » au Faso, si nous le voulons tous. Sachons que même les Congolais pouvaient développer un tourisme autour de la période dictatoriale de Mobutu Sese Seko, car cet homme fut célèbre quoique…

Taisons cette controverse inutile qui rappelle celle ayant prévalu à l’initiation de l’érection du monument de la Renaissance africaine à Dakar qui fait aujourd’hui la fierté de tout le Sénégal. A ceux-là qui parlent de son coût élevé, ils doivent comprendre que c’est un investissement qui va rapporter et fonder l’économie du Burkina Faso, pour peu que nous soyons imaginatifs parce qu’il créera des milliers d’emplois pour les femmes et les jeunes. Cependant, il faudra des actions courageuses comme le baptême de l’Aéroport international Thomas Sankara de Ouagadougou, le palais de l’intégrité au lieu de palais Kossyam, le combat contre les dérives administratives et sociales qui tendent à faire du Burkina Faso le pays des Hommes dits intègres, etc.

L’administration nationale du tourisme devra, à cet effet, s’adapter par la création d’Offices régionaux et communaux du tourisme qui pourront gérer leur part de l’héritage de Thomas Sankara, la documentation des sites, le relèvement du niveau de nos guides de tourisme, etc.

Si 27 ans d’efforts et de sacrifices n’ont pas pu venir à bout de l’esprit Thomas Sankara, nous devons nous résoudre à accepter le mémorial que nous offre le monde à la faveur des 30 et 31 octobre 2014 où encore, Thomas Isidore Noël Sankara « était présent ».

Serge PALENFO

Administrateur des Services touristiques

Insurgé anti putschiste

Adresse mail : palenfoserge@yahoo.fr

Tél. : (+226) 71 68 40 68

 



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2 thoughts on “MEMORIAL THOMAS SANKARA : Que gagne le tourisme burkinabè ?

  1. Ilboudo Salifou

    Vision très éclairée.
    Vive le Mémorial Thomas Sankara.
    Vive le Burkina Faso.
    La Patrie ou la Mort, Nous Vaincrons !

    Reply
  2. GNESSIEN

    Votre message est percutant, il faut un MÉMORIAL pour le père de la Nation .
    J’en ai fait l’expérience d’un Français qui m’a interpellé à Perpignan par rapport à mon accent( rire) pour me demander si je connaissais le BURKINA et qu’il rêve de voir ce pays car Thomas SANGARA était son héros et l’héros de l’Afrique. Mon cher pays PAYS DES HOMMES INTÈGRES.

    Reply

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