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Les Echos du Sud-Ouest

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L’abbé Laurent KAMBOU : Ce prêtre qui exporte le lobiri dans les temples français


Laurent KAMBOU, natif de Gnimblékro, est prêtre originaire du diocèse de Bondoukou en république de côte d’ivoire. Fondateur de plusieurs plateformes sur internet, dont « Foi Catholique et Culture Lobi », l’abbé Laurent déborde d’énergie et d’initiatives partout où il passe. Depuis 10 ans, il officie dans le diocèse de Metz dans la paroisse de Hayange en France. Engagé sur tous les fronts, Laurent Kambou reste attaché à sa culture et à son pays. Bafujiinfos l’a rencontré.

« Le prêtre se marie à une communauté pour le meilleur et pour le pire », telle est la philosophie du père Laurent Kambou. Des moments de bas dans sa carrière, le père s’en rappelle. La période la plus difficile est celle de la crise ivoirienne de 2002 pendant qu’il était curé de la paroisse de Bouna. A cette époque, l’évêque et les rebelles demandent aux prêtres de partir de la localité. « J’ai refusé pour la simple raison que je suis prêtre. Le pire est arrivé et je ne pouvais pas partir. A plusieurs occasions j’ai été menacé. Il y ‘a eu des scènes indescriptibles. Mais Il fallait être souple. Bien avant cela le père avait créé le comité des chefs religieux et coutumiers de Bouna pour apporter leur soutien aux populations dans le désarroi total à cause de la crise qui faisait plus de victimes. « L’administration avait déserté et c’est ce comité qui parcourait les différentes localités pour venir en aide aux citoyens ». C’est d’ailleurs dans ces tournées que le jeune prêtre va chuter. Il sera transporté à la PIZAM. Considéré comme mort, Il se relèvera de cette situation mais avec des séquelles jusqu’ à nos jours.

Une aventure inoubliable à Flatchiè

Affaibli par la maladie, Laurent Kambou prend une année sabbatique avant de rejoindre Flatchiè pour la suite de sa mission. Ebahi, le jeune prêtre est frappé par les potentialités économiques et agro sylvo pastorales de la zone. « Flatchiè c’est un scandale économique. C’est une zone abandonnée ». C’est fort de ce constat qu’il s’engage en alliant évangélisation et sociabilité pour le développement de cette localité. Pour atteindre ses objectifs sur le plan du développement, Laurent Kambou organise les jeunes, les femmes, les couturiers, les mécaniciens etc. « Il y a avait des gens qui profitaient de l’inorganisation des populations. Ils ont été trompés plusieurs fois. Ça n’a pas été facile. Des gens sont même allés voir mes parents pour me dire d’arrêter de m’impliquer dans certaines choses ». A Flatchiè, l’abbé Laurent Kambou duplique l’initiative de Bouna. Il s’agit du comité des chefs religieux et coutumiers de Bouna. Grâce  à cette structure, ce gros village va changer de visage. « J’ai pris l’engagement pour le lotissement. C’était pareil pour que l’eau et l’électricité arrivent à flatchiè. Les premières pilonnes (antennes) téléphoniques sont arrivées. Il faut aussi rappeler que le marché n’était pas moderne et j’ai œuvré à cela ».

L’engagement de l’homme a été salué par les populations de Flatchiè. En effet, elles ont tenu à honorer l’homme avant son départ pour la France et Laurent Kambou s’en souvient comme si c’était hier. « Ils ont organisé une très grande fête à mon honneur. Ma messe d’aurevoir ne s’est pas faite à l’église mais au marché. Toutes les confessions religieuses y étaient. En plus de cela une rue a été baptisée en mon nom. Ce ne fut pas l’œuvre de chrétiens mais de flatchiè et cela m’a touché énormément ».

De Flatchiè, Laurent Kambou atterrit en France pour continuer sa mission. Il est affecté à Vergaville qui relève de la paroisse de dieuse et du diocèse de Metz. Comme tout africain n’ayant pas foulé le sol européen, laurent est émerveillé.  « J’ai été impressionné dès mon arrivée en France par exemple par la présence massive de blancs. En France j’étais devenu comme un enfant. Il fallait apprendre à marcher, s’adapter à la nourriture, le climat. Il fait beaucoup froid. L’autre difficulté c’est la culture.  Ce qui fait rire en Afrique ne fait pas rire forcément en France vice versa. Il faut aussi rappeler que tout est fait pour rendre la vie facile aux gens dans tous les domaines. Ce n’est pas le cas chez nous. L’une des difficultés rencontrées par le père est la technologie. « J’avais eu beaucoup de mal au début, je criais au micro et ça n’était pas facile. C’est l’expérience de la mort et de la résurrection. Ici nous avons des églises vieilles de 2000 ans contrairement à chez nous ».

Laurent Chante en Lobiri lors des messes

Laurent Kambou vient de loin. En effet, celui qui manie le lobiri sa langue maternelle comme la langue de Molière n’a pas grandi en milieu lobi. Et comme lui-même le dit « Les gens sont étonnés lorsque je leur dit que je ne comprenais pas.  J’ai pris conscience en allant à la source pour apprendre et aujourd’hui je me débrouille bien dans ma langue ». Loin de la patrie, laurent ne manque pas l’occasion de parler sa langue maternelle ou de valoriser sa culture. L’abbé a initié ses fidèles à chanter en Lobiri. La philosophie de ce dernier est claire. « Si je peux annoncer la bonne nouvelle en y ajoutant la forme, en partant de ce que les gens peuvent aimer, il n’y a pas de soucis. Lobi et prêtre ça va ensemble. C’est par exemple le concept de la « Lobitude ». C’est un concept du donner et du recevoir. Je suis lobi et fier de l’être. Tant que la culture n’est pas un frein ou ne passe pas à nous renfermer, il n’y a pas de problèmes. La culture est une passerelle qui nous amène à aller vers les autres. Nous partageons ce que nous avons et nous apprenons des autres ». Il ajoute « Quand j’initie quelque chose que les gens n’aiment pas, je ne force pas ». https://youtu.be/6DAN19EXfm0

Le parcours de Laurent

Laurent Kambou est actuellement étudiant en année de thèse à l’université de Nancy. Il a obtenu sa licence et son master à l’université de Nancy. La problématique du veuvage  c’est le thème abordé par le doctorant. La question des veuves a toujours été une préoccupation pour l’étudiant. C’est une réalité présente et malheureusement des travaux scientifiques se font très rares. Plus concrètement l’étudiant travaille sur la triptyque veuve -veuf âgés en couple. Qu’est ce qui peut pousser des veufs et veuves âgés à se mettre en couple. Il met à contribution l’expérience de la société française qui permet à l’auteur de prendre un peu de la distance sur la culture lobi. « C’est une forme d’anthropologie que je fais, c’est un regard que je porte sur la société française. Et ce regard me permet de prendre suffisamment de la distance sur la société lobi que je connais suffisamment. Je porte un regard sur la façon de vivre le veuvage en France. J’essaie aussi de créer une passerelle entre la manière d’être veuf ou veuve en France et celui de la culture lobi.

Bien avant d’atteindre ce niveau, c’est après la classe de 3ème que Laurent Kambou rejoint le séminaire pour devenir prêtre. Il a aussi travaillé à la traduction de la bible avec la CIL.

Les 25 ans de prêtrise de Laurent c’est pour bientôt

En 2024, Laurent Kambou va célébrer ses 25 ans de prêtrise. D’ores et déjà, le père place la cérémonie sous le signe de l’action de grâce à Dieu. « Pendant ces 25ans de prêtrise j’ai traversé des difficultés. C’est par exemple ma santé un peu fragile et la crise ivoirienne qui a laissé en moi des séquelles. Je place ça sous le signe de l’action de grâce à Dieu, de remerciement envers celles et ceux qui m’ont soutenus ces veuves, veufs, pauvres, ces personnes sans voix ».

Aux jeunes prêtres et à tout citoyen désirant réussir sa mission sur terre, le message de laurent est celui-ci. « C’est d’aimer les gens pour lesquels vous travaillez. Aime ton travail et aime les gens pour qui tu travailles. En général quand les gens savent qu’on les aime pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils ont, ils nous le rendent autrement. Et c’est leur bénédiction qui nous accompagne. Saint Augustin disait « pour vous je suis évêque et avec vous je suis un frère ».

Dalou Mathieu Da



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4 thoughts on “L’abbé Laurent KAMBOU : Ce prêtre qui exporte le lobiri dans les temples français

  1. Patrice Som Tangba

    Le père à beaucoup apporté au diocèse de bondoukou en particulier la paroisse St André Kagawa de Bouna.
    Et il continu de toujours apporter.
    Nous prions beaucoup pour ce prêtre Lobi qui n’a jamais cessé de donner de l’éclat à famille biologique qui est le lobi.
    On le réclame fort à Bouna .
    Et nous sommes certains que il reviendra vers nous un jour.
    Que la vierge Marie soutienne notre père. Amen

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  2. BADIEL Ibrahima

    Grand homme. Puisse l’Éternel le récompenser à la hauteur de ce qu’il a su donner aux populations qu’il a servies. Leur montrer la voie de la prospérité terrestre à côté de celle de la félicité céleste, c’est une très bonne oeuvre, je pense. Courage Monsieur l’abbé Laurent. Dieu vous bénisse !

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