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Les Echos du Sud-Ouest

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Les malades mentaux au sud-ouest :  Les exclus ou oubliés de la société ?


Les malades sont traités de tous les noms  les plus rabaissant et injurieux. Leur nom commun est utilisé pour effrayer les enfants. On les appelle communément « les fous ». On les rencontre partout dans nos villes comme dans les villages. Ils vivent dans les conditions les plus inhumaines. La société les rejette, eux-mêmes se mettent à l’écart. Pourtant la plupart d’entre eux ont juste besoin de considération et de soins pour retrouver la santé.

Selon  une étude menée par les spécialistes des questions de la santé mentale, au Burkina Faso environ 41% de la population générale souffre d’un trouble mental.

Rita Paré, attachée en santé mentale au district sanitaire de Diébougou,  définit le malade mental comme quelqu’un qui ne réfléchit pas comme les autres, qui ne voit pas les choses comme les autres personnes dites normales.

Les manifestions de la maladie sont multiples tout comme les causes sont diverses, nous affirme Mme Paré. « Il y a d’abord les causes sociales. Il s’agit des conséquences néfastes de différentes drogues que les gens prennent pour travailler. Surtout avec les sites d’orpaillage, cela est un exemple, les gens peuvent prendre des drogues et ne pouvant pas supporter déclenchent des troubles mentaux. Il y a ensuite les causes psychologiques. Par exemple on donne une information choquante à quelqu’un et du coup la maladie mentale se déclenche chez la personne. Enfin, il y a les causes génétiques. Vous verrez que dans une même famille il y a beaucoup de membres qui ont des troubles mentaux ; et pour ça on y peut rien » nous explique l’attachée en santé mentale Rita Paré.

Difficile de se nourrir

La plupart de ces malades trouvent leur pitance quotidienne à travers  la charité des uns et des autres.  Cependant, la majeure partie des malades mentaux  ne sont pas toujours les bienvenues dans certains lieux comme les débits de boisson. Dima Karim est gérant de buvette à Loropéni. «Les malades mentaux sont très fréquents dans ma buvette ici. Quand ils viennent, ils demandent de l’argent, de la boisson ou à manger. On tente de les faire partir de notre lieu de travail car il y a beaucoup de clients qui ne veulent pas voir les malades mentaux. Il y a des malades mentaux qui s’en vont lorsque nous les expulsons, mais il y’en a qui refusent de s’en aller » déclare-t-il avec un ton compréhensif à leur égard.

Certains malades vont souvent jusqu’à troubler la quiétude dans leur entourage.  A Lantao dans la commune de Bouroum-bouroum, Da Héyirèna vit avec son fils. Ce dernier a fui quand nous arrivions juste dans la famille. Da Héyirèna nous confie d’un air désespéré que la maladie de son fils a commencé en Côte D’Ivoire en 2012: « Il dormait beaucoup. Il volait les animaux des gens et les tuait pour manger. Il passait le temps à ramasser les cailloux et les dépose là où il veut. Dès qu’il a faim il devient agressif. Il me battait tout le temps et menaçait de me tuer. C’est pourquoi j’ai fui de la Côte D’Ivoire pour revenir au Burkina. On l’a enchainé pour l’amener  ici au Burkina. C’est moi qui m’occupe de lui actuellement. »

Un phénomène répandu dans le sud-ouest

Ces cas sont fréquents dans la région du Sud-ouest. Le jeudi 17 octobre 2019, le service de communication de la direction régionale de l’éducation nationale (DREPPNF) du sud-ouest publiait sur sa page facebook, qu’un enseignant  ne jouissant pas de toutes ses facultés mentales .Ce dernier a agressé les élèves de l’école centre de Tiankoura le jeudi 17 octobre 2019. Cette situation a entraîné  la fermeture des classes.

Les malades souffrant de troubles mentaux, se font aussi agressés par de tierces personnes. Malgré tout cela, dans la plupart des collectivités territoriales, la question de la santé mentale n’est pas prise en compte dans les plans de développement. Koko MOMO maire de Bouroum-bouroum nous avoue qu’il s’agit d’un phénomène que les collectivités ne maitrisent pas. Et selon lui, il reviendrait aux parents de ces malades de s’occuper d’eux.

Pour faire face à la prise en charge dans notre pays,  la Direction de la prévention et du contrôle des maladies non-transmissibles (DPCM)  et l’ONG Christoffel-Blinden Mission (CBM) , ont lancé un projet dénommé « Santé mentale pour tous au Burkina Faso ». La première phase couvrait la période 2013-2017. La seconde se présente donc comme une continuité. D’un coût total de plus de 511 millions de F CFA, elle couvre la période 2019 – 2022. Le projet est mis en œuvre dans les régions de la Boucle du Mouhoun avec les districts sanitaires de Nouna et Dédougou, au Centre-est avec le district sanitaire de Koupèla  et du Sud-ouest avec les districts sanitaires de Diébougou et Gaoua. Les infirmiers chefs de poste devraient être formés en santé mentale pour leur permettre de prendre en charge tous les cas qui tomberaient dans leurs mains. Cependant la mise en œuvre de la phase II connait des difficultés. Les remous sociaux que connait le secteur de la santé dans le pays n’ont pas permis la formation des infirmiers chefs de poste. Ainsi il revient aux différents districts sanitaires bénéficiaires du projet de faire face aux réalités auxquelles ils sont confrontés.

Plusieurs facteurs font obstacles à la prise en charge des malades par les spécialistes malgré leur bonne volonté. Selon Alain Kambiré attaché en santé mentale au district sanitaire de Gaoua, il y a la méconnaissance de la maladie, les préjugés sur la maladie. Certains pensent qu’il s’agit d’une maladie due aux génies. Alors, ils se rabattent en premier lieux chez les guérisseurs avant d’aller consulter les spécialistes en santé mentale. Il y a aussi la cherté des produits. Les génériques manquent le plus souvent et la plupart des prescriptions sont des spécialités qui coûtent plus chères.

Du citoyen lambda aux spécialistes de la santé mentale en passant par les hommes politiques tous s’accordent à souhaiter de la part de l’Etat burkinabè et ses partenaires plus d’engagements pour la promotion de la santé mentale. En effet, quand on parle de santé mentale, nous pensons à ces malades qui èrent dans les rues. Pourtant Il n’y a pas qu’eux seulement; chacun de nous peut en être du jour au lendemain.

 Le besoin en soins est de plus en plus important et il faut une synergie d’actions afin de mobiliser les moyens pour lutter contre cette maladie.

Lassina Coulibaly



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