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Les Echos du Sud-Ouest

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Gnindé BONZI : « Thomas SANKARA est mon idole »


Gnindé BONZI est Inspecteur de l’enseignement du premier degré (IEPD) de formation. Actuellement, il est formateur à l’ENEP de Gaoua. Après son école primaire dans son village natal, Koumbia dans la province du Tuy, il poursuivra ses études secondaires à Houndé. Il obtiendra le BEPC en 1987 mais par manque de moyens, il mettra fin à ses études pour embrasser la carrière d’instituteur où il gravira rapidement les échelons. Ce pédagogue est aussi écrivain avec à son actif quatre œuvres dont deux sur le père de la révolution burkinabè. Bafujiinfos vous amène à la découverte de cet homme passionné de littérature à travers cette interview.

Bafujiinfos : Présentez-vous ?

Gnindé BONZI : Je me nomme Gnindé BONZI. Je suis  Inspecteur de l’Enseignement du Premier Degré (IEPD) et je suis en service à l’ENEP de Gaoua comme formateur.

Bafujiinfos : Pouvez-vous  nous rappeler de façon succincte de votre parcours scolaire?

Gnindé BONZI : J’ai fréquenté l’école de mon village, c’est Koumbia dans le Tuy,  du CP2 au CM2 puisqu’avant cela,  j’ai fait la classe de CP1 à Sindo dans le nord du Kénédougou au temps de la 1 ère guerre Mali-Burkina. Après les études  primaires je suis allé au  CEG de Houndé où  mon parcours scolaire a pris fin dès la  classe de 3ème, faute de moyens pour continuer. Parmi les enfants de mon père, il faut dire que j’ai été le seul à avoir eu l’entrée en 6e. Ce n’est pas sûr que si je n’étais pas admis, on aurait pu m’ « acheter » la place au collège. Après le BEPC, je voulais poursuivre mais je n’étais pas admis au BEP (brevet d’études professionnelles) et il n’y avait pas l’argent pour me payer la place en seconde. J’ai donc goûté au chômage juste une année et Dieu m’a aidé je suis devenu instituteur.

Bafujiinfos : Et votre parcours professionnel ?

Gnindé BONZI : A notre époque, il y avait une seule ENEP, c’était celle de Loumbila et je fais partie de la 5e promotion, 1989-1990. On recrutait 350 chaque année. Avant nous en 1988, on avait recruté 700. Le besoin était pressant, ils ont appelé ça double vacation. Après ils sont revenus aux 350. Mais nous nous étions précisément 351, je ne sais pas pourquoi. Etant enseignant, j’ai passé le CAP (certificat d’aptitude  pédagogique) selon les conditions requises en son temps. Trois ans après j’ai été candidats au concours des Instituteurs Principaux (IP), la chance m’a souri, ça marché et pendant la formation des IP, il y a un de nos formateurs qui nous avait conseillé de nous inscrire à l’université bien qu’en son temps nous n’avions pas le BAC. Il disait qu’il y avait un test, je crois que ça continue toujours, le test d’entrée à l’université. C’était en 1999. Et même en ce temps quand votre Bac était vieux de plus de deux ans, vous étiez soumis au même test puisqu’on suppose qu’après deux ans si vous ne faites rien, vous désapprenez. Avec d’autres camarades nous –nous sommes soumis à ce test et ça marché. On s’est inscrit à l’université, ce qui nous a permis au bout de quatre ans d’avoir la licence (en linguistique)  parce que la première année a été invalidée. Cette licence nous a permis de nous inscrire au concours des IEPD en 2004 et Dieu merci ça marché. Après l’école à Koudougou, j’ai été nommé  chef de circonscription d’éducation de base de Tansila dans les  Banwa. Après trois ans, je me suis retrouvé   à la direction provinciale  comme agent du développement de l’éducation de base. Je suis ressorti et je suis parti à Di comme chef de circonscription d’éducation de base. J’ai fait un an avant de me retrouver à l’ENEP de  Gaoua en fin novembre 2012.Officilement, j’ai pris service en janvier 2013.

Bafujiinfos : Vous êtes formateur à l’ENEP, comment est-ce que ça se passe ? La tâche est-elle aisée ?

 Gnindé BONZI : c’est un travail qui me plaît, ce n’est pas une contrainte car j’ai aimé former les enfants, les frères, les sœurs. C’est pourquoi j’ai demandé à être formateur. Mais comme tout n’est  jamais rose dans un métier, des difficultés se présentent surtout au niveau des stagiaires que nous recevons.  Il y’a certains élèves-maîtres,  on ne sait pas comment faire pour remonter leur niveau. On nous accuse à tort ou à raison, mais il y a des éléments aussi quand ils arrivent, on se demande par où ils sont passés. Quand les gens les reçoivent sur le terrain, ils demandent qu’ils sont passés par quelle ENEP, alors que tout ne commence pas à l’ENEP.

Bafujiinfos : Par rapport à la baisse du niveau des élèves, on en parle de plus en plus, quelle est votre analyse sur cette question ?

Gnindé BONZI : D’abord, je dirai que quand on parle de baisse du niveau de l’enseignement au Burkina, c’est un vieux sujet. A notre connaissance, il n’y a pas encore eu  d’études scientifiques qui  montrent que cette baisse a commencé  à partir de telle année. Parlant de l’historique des enseignants au Burkina, ce n’était pas des enseignants qui formaient au début, c’était des moniteurs et autres mais quand les gens en parlent, c’est comme si avant c’était reluisant et après on est tombé très bas. Quand même, il faut reconnaitre qu’il y a des problèmes. A notre niveau, on s’en plaint. Maintenant, qu’elle analyse en faire, il y a beaucoup de causes. On ne saurait toutes les énumérer mais si je prends l’ENEP où je suis formateur j’allais parler de la manière dont les stagiaires  sont recrutés. Aussi à un certain moment on a senti une massification dans le secteur de l’éducation. On a connu un accroissement assez vertigineux des effectifs dans l’enseignement.

Quand on essaie de comparer le temps d’aujourd’hui aux temps reculés, il y a un manque à gagner. Quand nous sommes sortis de l’ENEP, les GAP (Groupes d’animation pédagogique)  fonctionnaient bien. C’est avec ces GAP que nous avons appris à nous faire la main. Vous êtes jeune enseignant, vous prestez devant des anciens qui vous observent après ce sont des critiques. Et même quand on prend les examens professionnels, on n’en parle pas,  heureusement que ces deux dernières années, on est sur le droit chemin sinon, à un certain moment donné, ça ressemblait à du laisser-aller. La correction est plus rigoureuse, quand vous voyez le taux d’admissibilité des autres années par rapport à 2018 ce n’est pas la même chose.

Bafujiinfos : Pour résoudre le problème du niveau des enseignants, faut-il revoir le niveau de recrutement ?

Gnindé BONZI : Ce n’est pas forcément le niveau de recrutement qui pose problème, mais ce sont les épreuves que nous accusons. Quand vous êtes enseignant, il y a un profil que l’on attend de vous. Les épreuves devaient aller dans ce sens. Si on veut recruter un militaire, il y a des épreuves spécifiques. Les épreuves auxquelles nos candidats se soumettent pour venir à l’ENEP, ne sont pas les meilleures pour devenir enseignant. Nous aurions souhaité qu’on revienne aux épreuves classiques. Un petit texte français et une petite dictée permettront  de tamiser. On pourrait ajouter les math et peut-être l’histoire-géographie mais le français et les math, c’est déjà suffisant. Il faut ajouter aussi le sport. Il faut être apte physiquement. Un enseignant doit rester debout. Et on dit souvent que « Le bon enseignant ne s’assoit jamais ».

Bafujiinfos : On parle de redéploiement du personnel, de redimensionnement des CEB, que pensez-vous de toutes ces réformes entreprises au MENA

Gnindé BONZI : Notre Ministère est le plus grand ministère, il absorbe le plus grand nombre d’agents de la fonction publique. Ce n’est pas la première fois, en 1996, il y a eu un redéploiement. L’initiative est louable,  maintenant c’est de voir comment ce redéploiement puisse atteindre les résultats escomptés. Vous allez trouver dans une école ou dans une CEB un grand nombre d’agents. Dans une des directions régionales, il y aurait plus de 80 agents or si on prend les différents services de cette direction par rapport à l’effectif, il y a problème. Il y a des écoles où il y a des IP directeurs adjoints or si une école est dirigée par un IP, le reste doit être des Instituteurs Certifiés (IC) ou des Instituteurs adjoints Certifiés (IAC). Le redéploiement est une nécessité.  Mais le ministre à lui seul ne pourra pas réussir ce redéploiement.

Pour le redimensionnement, je n’ai pas encore la documentation nécessaire pour bien apprécier mais il semble qu’au niveau du Houet par exemple le nombre de CEB sera réduit. Ce qui veut dire que la taille des CEB va augmenter. Or l’objectif était de rapprocher l’encadrement des enseignants. On se demande maintenant quelle sera la manière dont elles seront gérées. Mais il faut attendre de voir. Il semble qu’au Mali c’est comme ça.

Bafujiinfos : Vous êtes pédagogue mais aussi écrivain, comment est-ce que cela a commencé ?

Gnindé BONZI : J’ai toujours aimé écrire et mon rêve c’était de pouvoir écrire un jour. Je disais à mes camarades que même si c’était trente-deux pages, il fallait que j’écrive. Dès mes premières années dans l’enseignement, c’était  autour de 1995-1996,  j’avais commencé à écrire et je m’étais lancé dans le genre roman. J’ai commencé deux ou trois à la fois mais je ne suis pas allé à la fin.  Mais avec le temps, je me suis dit qu’il fallait que je continue. Si on prend mon premier livre souvenir de la révolution, c’est la période de l’histoire du pays qui m’a le plus marqué. Donc quand on commémorait les 20 ans de l’assassinat de Thomas SANKARA,  j’ai écrit rapidement ce livre pendant les vacances. C’est allé très vite. Quand ça me vient à la tête, très rapidement j’écris un chapitre. J’ai fait saisir mais il a fallu attendre 7 ans pour éditer ce premier livre.  Mais après le reste est allé très vite. J’ai quatre livres.

Bafujiinfos : Pourquoi avoir choisi d’écrire sur SANKARA et la révolution.

Gnindé BONZI : L’homme est un personnage pas comme les autres et on ne finira jamais de parler de lui. C’est mon idole. C’est une manière pour moi de véhiculer son modèle pour que la jeunesse s’en imprègne. Certains jeunes pourraient tirer profit. C’est ce qui m’a motivé à écrire sur lui. Les histoires que j’entends par ci par là, quand je les partage il y a des réactions que je reçois surtout dans le bon sens. Et ça m’encourage à aller plus loin. Si vous prenez mon premier livre, « Souvenir de la Révolution »,  la dernière partie a été consacrée à Thomas SANKARA. J’ai intitulé ce chapitre « On raconte que ». C’est la suite de ces histoires qui m’a permis d’écrire le 2e livre » dix petites histoires de « LA LÉGENDE SANKARA ». Quand les gens ont lu, ils se sont intéressés au contenu. On m’a encore rapporté d’autres histoires, ce qui m’a permis d’écrire le deuxième livre sur Thomas SANKARA qui est paru en avril 2019, « Dix autres petites histoires de «LA LÉGENDE SANKARA ».

Bafujiinfos : Les histoires que vous racontez ne sont pas toutes connues, comment faites-vous pour les avoir ?

Quand on prend le premier livre, c’était des histoires qu’on racontait par ci, par là. Je pense que chacun de vous a une histoire à raconter sur Thomas SANKARA. A un moment donné, ça me faisait un bon nombre d’histoires et il fallait les mettre sur écrit. Quand ce premier livre est sorti, il y a des acteurs qui m’ont confié d’autres petites histoires. A la dédicace du premier livre, le 12 octobre 2017, il y avait un collaborateur de Thomas SANKARA qui était avec nous. C’est lui qui a raconté devant l’assistance son témoignage « SANKARA aura une mort rouge ». Je l’ai mis dans mon 2e livre. Même le chapitre sur  l’assassinat raté du  9 octobre 1987, c’est un des acteurs qui me l’a racontée. « SANKARA attaque Léo », c’est d’un homme avec qui nous sommes rencontrés dans un car. Il avait quitté Ouaga pour Gaoua et quand il avait su que c’est moi qui avait écrit les « dix petites histoires », il m’a conté cette histoire et il m’a encouragé  à  continuer.  Par ci par là les gens m’ont raconté des histoires.

Bafujiinfos : Est-ce qu’il y a une suite sur les histoires liées au président SANKARA?

Gnindé BONZI : On ne peut jamais finir d’écrire sur Thomas SANKARA. Tout dépendra de ce que j’aurai comme informations puisque ce sont des choses qu’on n’invente pas. S’il y a des histoires, des témoignages, j’ai ma façon de les emballer. Je souhaite en écrire d’autres.

Bafujiinfos : Les jeunes n’aiment plus lire, en tant qu’écrivain, qu’est-ce que ça vous fait ?

Gnindé BONZI : Je ne comprends pas comment des gens qui sont allés à l’école arrivent à ne pas aimer la lecture. Mon père n’est pas allé à l’école, il a appris le français rudimentaire dans l’armée mais il aimait lire. Il n’avait pas beaucoup de documents, ce sont les mêmes qu’il relisait à chaque fois. Quand j’allais au village, il me demandait si j’avais des journaux ou des livres. Vraiment ça m’a marqué. Mais voilà des gens qu’on a envoyés à l’école et qui n’aiment pas lire, vraiment ça me surprend et c’est   dommage. Heureusement, il y a encore quelques-uns qui aiment lire quand même. En 2015, j’étais à l’amphi avec les stagiaires, on échangeait sur mon premier livre. Ils étaient venus volontairement. On a commencé peu après 15 heures  mais jusqu’à 18 heures,  ils étaient toujours là. Ils m’ont demandé en ces termes « Les gens m’aiment pas lire et vous écrivez beaucoup de livres, qui va vous lire ? »  Je leur ai répondu que c’est des gens comme eux qui sont devant moi qui vont me lire. Il y a des zones quand même où il y a des gens qui lisent.

Bafujiinfos : Est-ce qu’il faut accuser Facebook dans ce désintérêt de la lecture ?

Gnindé BONZI : Avant Facebook, on disait que les gens ne lisaient pas.  On avait accusé la télévision en son temps. Facebook n’est pas si mauvais que ça. Je lis les articles  des différentes presses sur Facebook. Aujourd’hui, il y a plein de moyens de distraction mais si on veut,  on peut lire. C’est une question de volonté.

Bafujiinfos : votre dernier mot 

Gnindé BONZI : je voudrais dire merci à Bafujiinfos.com d’avoir pensé à ma modeste personne. C’est un grand honneur que vous me faites. Je vais souhaiter plein succès, bon vent à Bafujiinfos.

Propos recueillis par Sié Lamine KAMBOU et
Dar Flavien DA

 



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