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Les Echos du Sud-Ouest

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PARFAIT KAMBOU ingénieur du son: Une histoire qui date


On le voit souvent dans son atelier entrain de dépanner des appareils, souvent à la tête des marcheurs avec son petit véhicule pour animer ; souvent avec les artistes musiciens qu’il manage ou à travers les artères de la ville de Gaoua pour faire des annonces. Lui c’est Parfait KAMBOU, l’homme de l’ambiance. Il est électronicien autodidacte au secteur N°5 de Gaoua. Bafujiinfos est allé à sa rencontre.

Surnommé « ingénieur du son », Parfait KAMBOU  a commencé très jeune à bricoler. De réparateur radio puis télé à manager d’artistes. L’homme s’est plongé très jeune dans l’ambiance grâce à son père qui était balafoniste et responsables des jeunes à l’époque.  Dès son jeune âge, Parfait Kambou se promenait derrière les fenêtres des fonctionnaires de la ville de Gaoua pour ramasser les piles usées pour en faire des films. « On les ramassait et on les mettait ensemble et on faisait des films. Je découpais des bandes dessinées et je les faisais passer derrière un carton, les enfants qui y trouvent plaisir  payaient  10 F, d’autres donnaient 5 cauris pour pouvoir suivre. C’est comme ça que j’ai commencé » a-t-il expliqué ses débuts. Ayant réussi cet exploit, il s’est intéressé à la technique notamment au dépannage des postes radios. En 1987, il ouvrira au marché de Gaoua son premier atelier de dépannage des postes radios et autres appareils électroniques sans formation .Très vite il sera débordé par le nombre d’appareils en panne qu’il recevait. Deux mois plus tard, il décide alors de déménager au secteur N°5, où il a aménagé son actuel atelier. Ambitieux qu’il est et avec le développement de la technologie, Parfait Kambou décide alors d’aller  à Bouaké en république de Côte d’Ivoire pour se former afin de s’adapter aux nouvelles technologies. Ainsi explique-t-il c’est : «  avec l’arrivée de la CAN Burkina 98 que j’ai eu l’idée d’aller me former à la réparation de téléviseurs puisque à cette époque je savais que beaucoup de gens allaient payer des téléviseurs pour suivre la CAN ; et comme j’étais  spécialisé dans la réparation de postes récepteurs, il fallait que je cherche à connaitre la réparation de téléviseurs afin de faire face à d’éventuels cas de pannes de téléviseurs ». A Bouaké Parfait Kambou dit s’être formé pendant un mois avec abnégation dans la réparation de téléviseurs dans une école technique d’un chinois hérité par un de ses amis d’enfance avec qui ils ont fait le CM2. De retour à Gaoua, Parfait Kambou s’est lancé dans la réparation de télés. « Ma chance, la première télé qu’on m’a envoyé, j’ai pu la dépanner. C’était un vieil homme qui  me l’a envoyée. Il était content et moi aussi» a-t-il précisé.

Parfait KAMBOU, dans l’ingénierie  du son, une histoire qui date

De réparateur d’appareils audio visuels à l’animation musicale il n’y a qu’un seul pas chez Parfait Kambou. Durant son séjour à Bouaké, il dit avoir fabriqué un ampli. C’est cet ampli qui lui donnera plus tard le sobriquet d’ « ingénieur du son ». En effet, avec cet ampli, il faisait de l’animation devant son atelier. Les élèves de la première promotion de l’ENSS (Ecole Nationale de Service Social) devenue aujourd’hui INFTS (Institut National de formation en travail social) ont été attirés par la qualité du son qu’il distillait. Il a été sollicité par un des leurs du nom de Sambaré pour animer la soirée de clôture de leurs activités de fin d’année. Il a été félicité à l’occasion par le Ministre de l’action sociale et le directeur de l’école pour la qualité de son animation. Plus tard il sera sollicité pour accompagner l’équipe de cette école qui devait allé livrer un match de football à Loumbila. Après le match qu’ils ont gagné, une soirée a été improvisée. L’animation de Parfait Kambou a encore impressionné plus d’un. C’est ainsi que Monsieur Sambaré l’a présenté aux  camarades de Loumbila comme étant leur «  ingénieur du son » parce qu’il a animé de 18 heures à 5 heures du matin sans interruption. Il a été félicité par tous et depuis lors le nom est resté. Parfait Kambou va se lancer dans l’animation après avoir été conforté dans une nouvelle expérience réussie. En effet, de Sanwara où il entretenait un moulin, il se rendait à Gaoua pour s’approvisionner en gasoil, arrivé à Tonkara Lamine, il est interpelé par Hien Nako Emmanuel qui voulait à l’occasion de la fête du nouvel an organiser une soirée dans son village. Malheureusement, il n’arrivait pas à brancher ses appareils. Parfait Kambou sera sollicité pour faire le branchement et conduire cette animation. C’est ainsi que chaque cinq jours, il est sollicité pour animer à Tonkar-Lamine. Finalement, il a décidé d’acquérir son propre matériel qu’il attachait derrière sa mobylette « Camico » pour tourner dans les villages pour animer. C’est toujours dans le souci de vouloir rendre service que Parfait Kambou deviendra Manager d’artistes et promoteur de spectacle. En effet, il sera sollicité par Karamanté Hien, pour l’aider à organiser la tournée  d’un artiste venu de la Côte d’Ivoire du nom de Dadié. La première sortie de l’artiste prévue à Gaoua n’a pas eu lieu parce que celui-ci était arrivé en retard. Mais il fallait s’armer de courage. Le lendemain, le cap est mis sur Bouroum-Bouroum. Ça été un succès tout comme à Tonkar-Lamine. C’est ainsi qu’à son retour en côte d’Ivoire tout artiste du nord qui fait de la musique tradi-moderne et qui doit venir à Gaoua, il le met en contact avec le désormais Manager Parfait Kambou.  Au Sud-ouest il dit faire la promotion des artistes comme Westador et Yoro ditarè. Il fut aussi le premier manager de l’arrangeur Auguste. Avant eux il a travaillé avec le regretté Léwis John Bicay.

L’amour qu’il a pour son métier fait que Parfait ne voit pas les difficultés qui se présentent à lui. « Il y a des difficultés mais avec l’expérience, je sais comment jongler. C’est le début qui est difficile parce que quand un artiste quitte la côte d’ivoire et arrive, il n’a rien. Je suis obligé de tout mettre en jeu. Je mets mon véhicule en marche, mes baffles, je suis obligé de conduire parce que je ne peux pas payer un chauffeur. Après les tournées, je déduis les dépenses et je leur donne le reste parce qu’ils sont mes étrangers. Comme je suis dans le métier même quand il y a des pannes, j’arrive à régler » déclare-t-il. Parfait Kambou ne s’attend pas à une récompense quelconque après les services rendus, même pas une simple reconnaissance. « La reconnaissance a perdu sa valeur.» a-t-il regretté.

L’animation populaire de parfait Kambou, une activité qui ne vient pas du néant

Devenu aujourd’hui un acteur incontournable de l’animation dans les grands évènements et rassemblements, notre ingénieur du son nous a précisé que cela n’est pas venu du néant. Tout est parti avec l’avènement du push manqué de 2015 dans notre pays explique t- il : « Ce qui a fait que je suis rentré dans ça, c’est lors du coup d’Etat, je me lui levé un matin comme c’est devant ma porte (le piquet de grève), j’ai vu des jeunes qui ont pris un baffle porter sur la tête et avec un micro, ils animaient pour monter au camp militaire. Ça ne m’a pas plu, je me suis dit « comment moi je pouvais être là et cela va arriver ». Il faut dire la vérité, je n’aimais pas aussi l’ancien président qui était au pouvoir. J’ai donc créé mon initiative, j’ai mis mon dispositif que j’ai essayé et à leur retour, je les ai croisés pour les aider. C’est avec mes propres sous et mes propres appareils que je les ai aidé jusqu’à la fin, je n’ai rien demandé. C’est à partir de là quand il y a quelque chose, on me sollicite. Je suis comme de l’eau, très simple, celui qui vient avec son problème si ça ne va pas nuire à autrui, je suis prêt à l’aider». Il est également sollicité pour faire les annonces ou les communiqués.

Le métier que Parfait Kambou fait nourrit son homme. Il a pu grâce à ses efforts construire une maison où il habite. Il a aussi acquis des appareils qu’il met en location. L’ingénieur du son a à cœur de transmettre son savoir-faire aux jeunes. Mais les conditions de travail ne sont pas favorables. Il a déjà formé des jeunes qui travaillent à Gaoua, Kampti, Batié, Nako… Si les moyens lui permettent il compte créer un centre de formation pour aider les jeunes désœuvrés qui sont dans la ville.  En attendant, il reste disposé à offrir son savoir-faire dans n’importe quel centre si on lui fait appel. Parfait Kambou est marié et père de deux enfants.

Warhanté HIEN, journaliste à la RTB2 Gaoua. Il connait Parfait Kambou de longue date pour avoir sollicité ses services et travailler avec lui. « C’est un monsieur que j’ai connu d’abord en tant que maintenancier. A plusieurs reprises il a dépanné mes appareils. Les relations se sont poursuivies et avec lui, nous avons à un certain moment créé une structure nommée GAMA SOUND pour promouvoir les artistes de la localité. C’est un homme beaucoup réservé, qui a à cœur le métier qu’il mène. Lorsque vous lui apporter vos appareils, il prend le soin de détecter les pannes et de voir si sur place il y a les pièces de rechange. Au cas contraire, il commande les pièces manquantes à Ouagadougou ou à Bobo Dioulasso. Il n’aime pas beaucoup parler mais il travaille beaucoup. Nous avons commencé avec Dadié qui faisait du tradi-moderne en lobiri. Nous avons fait sa promotion, nous avons tourné dans presque toutes les communes de la province. Ensuite, il y a eu Houston, Palos Brave, Alasco. Nous avons fait la promotion de ces artistes pour essayer de valoriser la culture tradi-moderne au pays lobi ».

Aujourd’hui, Parfait Kambou appelle les jeunes à respecter les aînés car pour lui il n’y a rien de tel. « C’est le respect qui a fait que je suis ce que je suis aujourd’hui. Il n’y a pas un coin où tu vas rentrer et appeler mon nom et on ne va pas t’aider. L’argent ne peut pas tout résoudre. Il faut avoir un bon comportement, respecter les grands frères » a-t-il conseillé.

Dar Flavien DA



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