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Les Echos du Sud-Ouest

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PROMOTION DES PERSONNES VIVANT AVEC UN HANDICAP  au sud-ouest: Yaara Kambou toujours déterminé


Les aveugles et malvoyants du Poni disposent d’un centre de formation professionnelle. Ce centre, situé au secteur N° 1 non loin de la base canadienne, est l’œuvre de l’Association Espoir des Malvoyants et Aveugles de Gaoua (AEMAG) dont le responsable est Yara Kambou, éducateur social de formation. Il forme les aveugles et malvoyants en tissage, jardinage, élevage et en transformation des produits locaux. Il héberge également les élèves aveugles qui fréquentent l’école sacré cœur de Gaoua. Bafujiinfos est allé à la découverte de ce centre avec son premier responsable, Yara Kambou.

Bafujiinfos : Est-ce que vous pouvez-nous présenter ce centre ?

Yara Kambou : Ce centre a été mis au point depuis 2016. Tout a commencé depuis 2001 après mon passage à l’école des aveugles de Ouagadougou, l’ABPAM, puisque moi-même j’ai perdu la vue en 1997. Je suis parti faire l’initiation en 1999 à Ouagadougou. J’ai été formé à lire et à écrire en braille et à tisser les chaises et les « lipikos » et depuis que je suis revenu, avec l’appui de certaines bonnes volontés, nous avons créé l’Association Espoir des Malvoyants et Aveugles de Gaoua (AEMAG).  Depuis ce temps, j’ai eu à cœur de monter un projet de formation des aveugles de la ville de Gaoua et en 2011 par la grâce de Dieu, nous avons eu le premier contact avec des partenaires qui se sont manifestés pour nous appuyer. Dieu merci aujourd’hui, nous avons ce joyau.

Bafujiinfos : De quoi est composé ce centre ?

Yara Kambou : Il  est composé d’une salle polyvalente qui sert de salle de réunion et de formation.  Nous le mettons également en  location pour  certaines personnes ou certaines associations qui voudraient tenir des rencontres ou mener des activités.  En plus, nous avons deux dortoirs. Nous sommes en collaboration avec l’école sacrée cœur de Gaoua qui reçoit les enfants handicapés de la vue.  Malheureusement, le système n’a pas très bien pris à Gaoua parce qu’aucune famille n’est prête à recevoir ces enfants pour les accompagner à l’école. Nous les accueillons ici, on les loge, on les nourrit. Par la grâce de Dieu, on a eu un mini car avec nos partenaires qui dépose ces enfants chaque matin pour aller les chercher à midi ainsi que dans l’après-midi et le soir après les cours.

Aussi, nous avons un jardin, qui doit nous servir à former les personnes handicapées. Vous connaissez notre milieu quand quelqu’un ne voit pas on dit tout de suite qu’il ne sert plus. Etre aveugle, ce n’est pas une fin en soi, on peut encore devenir quelqu’un dans la société et apporter sa contribution au développement de la société. On a une porcherie que nous avons bâtie pour leur permettre d’acquérir des connaissances en élevage.

Bafujiinfos : quelles sont les activités que vous menez dans ce centre ?

Yara Kambou : Nous avons tout un programme de formation. On a une mentalité rétrograde au niveau de la région du sud-ouest. Les gens n’ont pas confiance à la personne handicapée de façon générale encore moins celle de la vue. Dès que tu pers la vue les gens disent que tu es un bon à rien,  tu ne sers à rien, il ne faut pas se fatiguer pour investir sur un tel individu parce qu’il ne va rien devenir. Je sais de quoi ces personnes sont capables. Elles peuvent apporter beaucoup dans le développement de la ville donc nous avons concocté un programme de formation allant du général jusqu’à la spécialisation. Nous avons des cours d’alphabétisation en braille, des cours en santé et hygiène communautaire, des cours sur les droits et devoir des personnes handicapées. En plus de l’élevage et de l’agriculture qu’ils vont apprendre, il y a le tissage des « lipikos » et des chaises, la transformation et la conservation des produits locaux. Comment par exemple fabriquer du beurre de karité, du soumbala, de la purée de tomate, du jus de mangues, sécher la mangue, nous comptons inclure tout ça dans notre programme pour montrer à la face du sud-ouest qu’être aveugle, ce n’est vraiment pas une fatalité.

Bafujiinfos : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Yara Kambou : La première difficulté de la personne handicapée, c’est la famille. Vous allez être très étonné mais c’est la réalité. Comment allez-vous concevoir qu’un couple qui prie Dieu, qui va adorer ses fétiches qui va faire n’importe quel sacrifice pour avoir un enfant et dès qu’ils ont cet enfant, il le refuse parce qu’il est handicapé. Dans le centre, nous internons les enfants scolarisés mais personne ne nous soutient. Les parents biologiques ne nous envoient rien alors que nous devons nourrir ces enfants, nous devons leur donner du matériel hygiénique. Il y a des enfants qui viennent sans vêtements, il y a une démission de la part de la famille. Nous avons aussi des difficultés avec l’entourage. Il y a des gens quand ils me voient, ils disent que je fais exprès. J’ai dit à un que si c’était possible, il fallait qu’on échange. Les propos injurieux, les propos diffamants des uns et des autres nous blessent. Au lieu de vous aider à sortir de vos difficultés, ils vous enfoncent davantage.

Nous n’avons qu’un seul partenaire qui nous a donné les moyens pour bâtir ce centre, ensuite il nous accompagne selon ses moyens. Ce partenaire nous a été très clair, il a dit qu’il va nous accompagner pour une période de quatre ans. Après les quatre ans, il se retire financièrement. Techniquement, il peut être à nos côtés mais financièrement, il ne peut rien faire. C’est pourquoi, il a initié les AGR telles que le jardinage et l’élevage, le tissage et la transformation des produits. Mais encore, faut-il que la population dont j’ai dit qu’elle a une mentalité  rétrograde accepte de venir payer nos produits si on développe des complexes autour de nos activités.

Bafujiinfos : Est-ce que vous avez un soutien de l’état ?

Yara Kambou : Pour le moment, nous n’avons pas un accompagnement de la part de l’état si ce n’est l’accompagnement technique qui ne vient pas tout le temps. J’ai reçu la dernière fois une mission de la SP protection de l’enfance où j’ai interpellé l’état parce que ce nous faisons est une partie du devoir de l’état, parce que c’est l’état qui a l’obligation de faire la promotion des personnes handicapées encore plus des enfants handicapés. Malheureusement, on ne voit pas l’état à nos côtés ne serait que pour subventionner certaines de nos activités. Je vais vous dire un secret, on a failli ne pas avoir le terrain où nous avons bâti ce centre et jusqu’aujourd’hui, nous n’avons pas les documents officiels. Le dossier est bloqué à Ouagadougou jusqu’ aujourd’hui. Pour dire vrai, l’état ne nous accompagne pas.

Bafujiinfos : Quels sont vos projets ?

Yara Kambou : Ce qui me tient à cœur, c’est la sécurité pour ces enfants et ces jeunes qui sont dans le centre. Le centre n’est pas clôturé et tout juste à côté de nous, la LONAB  a mis des moyens colossaux pour construire un centre qui n’est même pas encore exploité. On aurait pu mettre un peu de moyen pour clôturer notre centre. Le Blanc (le partenaire) fait ce qu’il peut mais nous ne sommes pas des enfants du blanc, nous sommes des enfants de l’Afrique, nous sommes des enfants de notre état. Au moins si l’état peut clôturer ce centre pour permettre aux enfants d’avoir une sécurité ça serait bien. C’est vrai que le partenaire nous a pris un gardien mais un gardien dans une parcelle qui n’est pas clôturée, sincèrement, il n’y a pas de garantie. C’est le cri de cœur que je lance.

Entretien réalisé par Dar Flavien DA et Koundoté PALENFO



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